SEGUEDEME Mahutin Corneille Chancel
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Défi
Un repas a bercé ma tendre enfance, Ce n’était pas le plus doré, mais le plus gluant ; Avec lui, je repoussais les limites de la panse, De sa préparation, mère en fit un talent. Je clame la pâte enterrée dans le crincrin, Ce mets qui, sans carte, t’invite à l'exquise, T’impose parfois le sommeil au détriment d’un bain, Et laisse au cœur l’empreinte d’une enfance conquise. Père ne dérogeait pas à cette règle : Le dîner, c’était bien plus qu’un banquet ; Il s’en servait pour rebâtir un ventre frêle, C’était sa seule façon de remercier sa dulcinée.
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Ami, Ami, Ami... Si, par Dieu, l’on connaissait la vieillesse, Faisons l’exception de cet âge de sagesse, En posant nos pas ailleurs pour explorer Cette ère d’une manière différente à celle de nos aînés. Ami, Ami, Ami... S’il te plaît, promets-moi qu’une fois vieux, Nous ne céderons point aux esprits anxieux, Et que nous prendrons le temps d’être heureux, Plutôt que d’entretenir des conflits véreux. Ami, Ami, Ami... Dis moi, qu'on ne regrettera pas nos décisions Car on aurait pu faire ce qu'on pouvait Avec ce que le ciel nous donnait Et que malgré tout on a gardé la raison Car vivre restait, la plus grande mission Ami, Ami, Ami... Je ne voudrais point te voir pleurer, Quand, dans tes veines, l’âge aura mis sa glace, Car je n’aurai plus la force de te consoler. Je te dirai seulement que tes douleurs prouvent ta place. Ami, Ami, Ami... Dans tes dialogues ne cherche plus ta raison Essaie juste de donner si possible une leçon Rappelle toi qu'à notre âge, on évitait les vieux Et que les enfants nous rendent la pareille T'énerve pas, car tout se perd sous ces cieux Il serait temps de payer pour nos pagaille Ami, Ami, Ami... Promets-moi de songer à profiter de la vie, Étant donné qu’on ne
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J’ai oublié ce qui m’a pris, mais je me souviens de ce que j’ai dit. Écoute, il faut que je t’en parle aussi. En amphi, lors de ma première année, parmi ces étudiantes « vendeuses » aux pas pressés, j’en remarquai une, source actuelle de ma névrose, chez qui je prenais, à chaque pause, un buffet, un morceau, une petite dose. Et figure-toi que derrière chaque chose que je payais, elle laissait un sourire qui, ma foi, m’attirait. Heureusement, la censure contenait mon émoi, et je pus passer en deuxième année, loin de ce combat. Eh bien Dieu, je l’ai retrouvée, et mon inconscient déjà vacciné contre la censure et ses lois, désormais, par elle, je jure une fois. Cet après-midi, plein de bravoure et de chichis, je marchai vers l’élue, sans bruit. Non pas pour payer, mais histoire de la courtiser. Alors je dis : « Serait-il possible d’avoir autre chose chez vous que vos gâteaux ? » Voyant ma stratégie, elle entra dans le jeu : « Oui, mais vous n’avez pas le prix qu’il faut. » Je poursuivis, un peu plus flou : « Et donc, pourquoi tous ces sourires envoyés ? » Et elle répondit sans détour : « Je vous les vends pour vous attacher à mes produits, chaque jour. » Je pris un coup : elle m’avait
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J’ai vraiment oublié le jour, Mais tout a commencé au CM2. Mr X se donnait le plaisir vicieux De crier : « La mathématique est un jeu ! » Je n’avais aucune raison de douter du vieux. Bah là, au collège, j’ai ouvert les yeux. Peut-être que cela est vrai sous d’autres cieux. À ma rencontre des identités remarquables, Sa phrase m’est revenue, mais telle une fable, Et donc dénudée de sens tant c’était fatal. Au besoin, crois-moi, j’ai beau développer, Réduire et même factoriser de bonne heure, Hélas, l’expression conservait sa longueur. Le mal grandit au niveau de Pythagore, Ce qui jadis « jeu » demandait plus d’efforts. Je m’envolai vers les nombres complexes, Croyant pouvoir amoindrir l’ivresse Que donnaient les propriétés de Thalès, Mais là-bas, frère, je ne vis point la paix. J’ai préféré les calculs de chiffres impairs, De nombres décimaux et de nombres pairs ; Jusque-là, c’étaient, ma foi, des préliminaires. À la vue des fameuses études de fonctions, J’analysai des polynômes avec logique, Je forçais mon esprit à de vaines réflexions. Je compris que Mr X ne disait pas la vérité : C’était juste une phrase euphémisée. Les maths sont tout sauf des jeux, Car au cerveau, elles laissent
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Défi
Tu m’es brusquement revenu, Telle une réalité mise à nue. Qui aurait cru que j’étais toi Et que tu as forgé le moi ? Toi, donc, aux multiples traits, Toi dont on percevait le caractère, Traits dont je ne ferai pas l’impair De bien évidemment faire le sommaire. Mais toi, oui, toi qui ne peux me déplaire, Toi à qui le silence ne put jamais plaire, À qui une heure de classe sans se distraire Était difficile, voire même suicidaire. Et pourtant, malgré ce que tu as été, Une seule réalité est restée : Quoi que tu fusses, je ne pus jamais te renier ; Quoi que tu aies pu faire, je n’ai pas regretté. Non, toi, cette version de moi, Je ne la changerai pour aucun. Sans toi, je ne ferais point le poids ; Et je n’aurais qu’un passé défunt. Où que tu sois, sache que je t’admire. Puisses-tu profiter du moi que tu as produit. Surtout, n’aie jamais de remords ni regret : Tes actes sur moi portent encore de bons effets. Mais tiens ! Le sais-tu ? J’ai appris à me taire, À crier flou ce qui est clair, Et surtout à écrire. Il est l’heure de te dire merci.
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Il y a ce jour dont parle tout le monde, À cause duquel sourit le fleuriste Et dont les roses inondent les boutiques, Car il ne devrait point y avoir de triste. Il y a ce jour dont parle tout le monde, À cause duquel l’amour coule sur TikTok, Pour lequel les couples ne vagabondent, Car ils risquent vite de prendre la porte. Et pourtant, ce jour tant considéré Porte une fête dont la signification a été altérée. Aujourd’hui, considéré comme celui des amoureux, Il rendait hommage à un saint vertueux et courageux. Courageux pour avoir entraver les normes Il fit ce que n'osait faire , personne Martyrisé pour un si grand combat Mal comprendre la fête, reste un coup bas Déguisée à des fins commerciales, Elle est la raison de milliers de cadeaux, Où l’on pense se comporter en être spécial, Une manière d’enjoliver des amours faux. Puisse t'il face à nos dérives ne jamais se décourager Et que de là haut, sur nos amours, toujours veiller Afin que sa lutte se poursuive tout les jours. Oh ! Saint Valentin, priez pour nous !
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La vie recèle souvent des choses singulières, Je m’en vais vous en conter une, presque ordinaire. Censé naître à l’âge pubertaire, L’amour surprend pourtant dans le primaire. C’est ainsi que je rencontrai Gilbert, un confrère, Aux côtés de dame Pierrette, douce dans ses manières. Ignorant encore la valeur de l’argent, Pierrette jurait par les bâtons de craie, innocemment. Ayant très tôt compris ses penchants, Gilbert, habile, se fit rusé amant : De la boîte du directeur, il fit son nid, Comme un oiseau discret, préparant sa vie. De leur amour, nul ne pouvait douter, Au fond, à s’unir, je les encourageais. En évoluant vers les cours moyens, Passant par les cours élémentaires, Où l’enfance grandit sans vraiment se taire, L’homme étant, par nature, inconstant, Gilbert trouva un autre penchant. Très tôt, il découvrit les fables de La Fontaine Et sa flamme, jadis unidirectionnelle, Se partagea entre Pierrette, sa coccinelle, Et la passion pour l’écriture. Gilbert, ne pouvant servir deux maîtres, Refusa de se comporter en traître, Et envers Pierrette coupa sa tendresse, Remplissant la pauvre de tristesse. Notre poète n’écrivit jamais sur l’amour, Risquant de
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Ma belle inconnue... Je l’ai vue dans une de ces séances de poésie, Un soir de décembre où le soleil ne sévissait pas. Elle était là, face à l’auditoire, Et chacun de ses gestes, chaque mot, renforçait ma foi. J’ai dû attendre qu’elle finisse de prester Pour m’approcher et la féliciter. Je sais, vous imaginez déjà mes idées... J’essayais de satisfaire mes pensées. Je me présentai, vil individu sans statut, À la recherche de sa signature. Elle me murmura : « Saviez-vous écrire ? » Et moi de répondre : « Le moins qu’on puisse dire... » Elle me proposa un battle d’écriture. Imaginez ma surprise et le tumulte ! Ce fut un lynchage complet que j’ai reçu, Tant mon patrimoine lexical était mélangé Par la vue de sa beauté. Elle me promit sa signature une autre fois, À condition de la gagner en lui faisant la loi. Lors, a débuté mon amour pour les mots, Et ma dépendance et moi marchions de près. Je me suis promis que j’arrêterais Le jour où je recroiserai ma belle inconnue, Elle et sa peau dorée. Et sûr, je la battrai pour de vrai.
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Mes lettres et Mes mots que je dessinent, L'alphabet et les vers que je malmènent, Dans l'intention de garder ton attention Et surtout de celer en toi, une leçon. Je les ai rencontrés dans de pénibles situations. C'était l'un des après-midi de vacances Où à loisir l'horloge ménageait sa cadence Pour nous faire perdurer dans les heures de latence. Par habitude, les hôtes du Couple de chromosomes X;Y N'attendent que cela pour retrouver leur maillot. Je suis donc la règle et avec un bidon d'eau J'allais, sans permission, trouver mes paires. Après des jeux tête et de jonglage, Des équipes, on a fini le regroupage. Eh bien, la suite, vous le savez tous. Nous patagions des pleurs, des sourires, des grincements de dents et des cris. Alors que de cette combinaison naissaient de belles émotions, J'oubliai que j'y étais sans permission. De l'autre côté, mes parents en tension Attendaient mon retour, emplis de détermination. Tard, dans la soirée, je fis mon entrée Je les vis assis avec une mine étrange Mais aussi et surtout la chicotte en main C'est là que, d'un coup, mon forfait me revient. Je compris alors que, comme les travaux champêtres, Des mains, la chicotte pouvait aussi changer le pa
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Poésie : La raison de ma plume Je suis tombé dans les mots, comme on tombe amoureux, Et je les utilise pour écrire ce que je veux, Ainsi que pour soigner et dissiper vos maux. Pas besoin de forcer les choses, Les mots et les rimes se posent. Quand l’inspiration me surprend, Je me dispose juste à les écrire à temps, Afin que ces multivers ne s’évanouissent. Ainsi, tout vient sous l’empire de l’inspiration. Nul besoin de quelque émotion que ce soit : Une seconde d’inattention, et l’encre coagule. Et s’ils te demandent pourquoi j’écris, Réponds-leur que tu ne saurais le dire… Mais s’ils insistent, dis-leur sans stress Qu’ailleurs, seuls les écrits restent, Alors que les paroles disparaissent. Je mets, dans chaque écrit, de la politesse, Pour qu’ils soient comme des fresques. Plus tard, explique-leur que mes pairs, Bien que scientifiques, ont été de grands littéraires, Et que je n’ai pas voulu déroger à ce critère. Enfin, s’il faut penser pour pouvoir être, Il faut témoigner de la pensée pour dépasser le paraître.
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Poésie : Le théâtre de l'amphithéâtre. Rangé dans un coin de l’amphithéâtre, Je me vois spectateur d’un grand théâtre. Chacun des élèves prêtait sa timide voix Au vacarme assourdissant qui faisait la loi. Les uns clamaient une victoire footballistique, Alors que d’autres se perdaient dans un débat politique. Moi, loin, dans cet enclos multipolaire, Devenais sujet de ces questions discrètes : Mais, qu’est-il donc, pour cette indifférence ? En droit, n’a-t-il point de connaissances ? De quelle politique est-il espion ? Voyant qu’à ces innombrables questions Ne s’accorderait pas leur tacite opinion, Je décidai de solder leur spéculation. Alors, très lentement, je pris la parole, Je relevai la tête et l’épaule. Je me présentai à l’état civil. Vu la prestance de mon élocution, Ils m’ont pris pour un “prof d’énonciation”. Et, ne voulant pas paraître vil, Je continuai de les traîner dans mon artifice. Mais bientôt, un responsable trahit mon affiche Et mit fin à cette grande comédie. Toutefois, je n’étais point couvert d’ignominie, Tant ils ont aimé le théâtre servi.
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