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POLIX Polix

j'aime quand mes personnages m'écrivent le livre. Ils ont bien plus d'imagination que moi.
16
œuvres
5
défis réussis
14
"J'aime" reçus

Œuvres

POLIX Polix

L’agasse l’agace
         1 - La Montagne.
Dans la montagne de l'arrière-pays.

—on prend ce chemin ?
—non le chemin plus haut. Tu ne te souviens déjà plus, nous sommes venus chercher des truffes avec la chienne dans le coin des noisetiers en décembre.
—putain, on en avait trouvé qu'une, grosse comme une crotte de chèvre. Tout ce chemin pour rien.
—c'est la vie du chasseur de champignon. On ne gagne pas à chaque fois. Mais les 6 autres trouvées sous les roures? Hein ? La grosse comme le poing, tu te souviens ?
—oh que oui, tu en as tiré un sacré prix.
—oui, elle a payé la nourriture de la chienne pour l'année.
—tu as une sacrée combine avec tes truffes, et ton boucher qui te donne de la viande gratis toute l'année.
—que pour les truffes blanches, pas les noires, ou des pichounettes pas belles.
—tu es un margoulin. Putain, je me fais vieux à courir la montagne comme ça. Ce soir, je ne vais pas me faire prier pour dormir.

Nous arrivons sur un chemin non balisé. Il faut grimper et passer un éboulement et on tombe sur un chemin ancestral abandonné. Un chemin à âne, encore bien empierré, avec des degrés d'escaliers en pierres taillées.

—tu vois ce chemin, mon arrière-grand-père le prenait avec ses moutons et son âne. Enfin, c'est ce que me disait mon grand-père.
—et à moi, tu me le dis à chaque fois. Tu vas enchainer maintenant sur l'histoire de ta famille. Tu ne changeras jamais. Enfin ça te fait du bien de parler de ça.
—ce camín, il le prenait aussi pour les truffes, mais il chassait à la mouche rabassière. Mon pauvre père aussi était un rabassier, mais on est passé au chien après.
—il y a plus personne qui vient ici, il n'y a plus un chat qui habite ce coin. On ne voit même plus votre mas familial. C'est bien triste.
—pourtant, c'est pollué, tien regarde là-bas dans la rigole mélangée aux feuilles et aux aiguilles de pin, il y a du papier. C'est dégueulasse ! Ils viennent jusqu'ici pour polluer.
—putain, sûr, c'est des couillons ces gens.
—les gens sont des cochons.
—vé, Oh putain d'Adèle ! Ce n'est pas vrai regarde ce n'est pas possible.
—oh vierja pétan, c'est du fric! Oh putain de putain. Je déconne là !
—chut ! Tais-toi, fait comme aux champignons. On regarde, on trouve, on se tait et on ramasse. Il ne faut pas ameuter personne, même s'il y a dégun.
—tu as raison, mais c'est fou. Je deviens calu. Vé ! c'est des billets de 100 euros.
—chut ! Je vois comme toi, des 100, des 50, des 20, des 10, oh putain !
—c'est quoi cette affaire ? On va se baisser et des gens derrière les arbres vont tirer sur un fil de pêche et les billets vont s'envoler.
—t'es couillon, on va ramasser des billets sans chien ni mouche rabassière. C'est plus fort que tout.
—pince-moi putain, quel rêve de merde !
—ce n'est pas possible, je n'ai jamais gagné plus de 10 euros à la fois au loto sur toute ma vie.
—allez à genou, on ramasse.
—ils sont mélangés avec les feuilles, ils sont tout mouillés, ils se déchirent.
—prends le tupperware, là où il y a les œufs durs, enlève les œufs, on met les billets dedans.
—je mets où les œufs ?
—on s'en cague des œufs ! Ramasse, on ne va pas passer la nuit ici. C'est qu'elle est longue cette rigole.
—ce doit être de l'argent volé. Ce pognon a des numéros et il est peut-être marqué chimiquement.
—on ne va pas laisser ça ici, ramasse. Putain mais c'est quoi cette odeur de crevé qui vient de temps en temps?
—quelque sanglier crevé, sûrement. Putain ce n'est pas possible, il y en a pour combien de biftons ?
—ramasse, ramasse, on comptera après. On partagera après. Tu viendras chez moi, on les nettoiera.
—et on se fait choper si les numéros ont été relevés ?
—ramasse bordel, on réfléchira après. Putain d'odeur de merde de crevé.
—il y a des effluves de temps en temps, c'est vrai, ça cocotte dur. Je ne peux pas le dire à ma femme ?
—non, s'ils sont marqués, il vaut mieux pas. Soyons très, très discret. Ramassons, ramassons. Putain, j'ai même plus mal aux genoux ni au dos, c'est miraculeux.
—on est comme des cons, des gamins à la fête patronale devant un tapis de bonbons.
—hihihi. Tu l'as dit, comme des couillons qui trouvent du pognon.
—on descend chercher après, derrière cette petite calade, cette petite chute ?
—on fait toute la rigole, il faut sortir l'autre
Tupperware des pan-bagnat. On se mange vite fait le pan-bagna et on continue vitou-vitou.
—putain, si on peut plus manger tranquille parce qu'on est riche, c'est chiant.
—arrête tes conneries, on n'a pas le temps, il faut rentrer après. Mais qu'est-ce qui pue comme ça ! Saloperie de fragrance de crevé !

Nous avons rempli les deux tupperwares de billets mouillés, maculés de terre rouge ou de terreau noir.
On a tourné de partout pour voir s'il n'y avait pas des billets qui ont volé. Les tupperwares dans les sacs, nous sommes répartis euphoriques sur le chemin. Dix mètres après dans un virage en épingle, on a compris d'où venait l'odeur.
Un homme mort en décomposition avancée, nous fait rendre violemment à la nature, le délicieux pan-bagna et les œufs durs. Le plus dur, c'est de rendre le bon vin qu'on avait bu.
—putain, là, je comprends mieux le pognon.
—allez zou, on téléphone aux flics.
—moi, je n'ai pas de réseau et toi avec ton Bouygues ?
—rien du tout.
—vé regarde d'où sort l'argent, du sac rouge qui c'est éventré sur les pierres, quand ce monsieur est tombé du pierrier.
—putain, la gamelle qu'il s'est prise !
—touche à rien, c'est une scène de crime.
—tu regardes trop les experts à la télé, mais tu as raison.
—il faut quand même vider le sac des billets qui restent, sinon les gendarmes ne vont rien comprendre.
—tu as tes gants ?
—oui, ils restent toujours dans la petite poche de mon sac au cas où, mais je ne les mets jamais.
—tu as l'occasion de les mettre, tu regardes et tu fouilles le sac. C'est un sac léger et pas solide.
—regarde sur le pierrier, il y a une corde bleue et un truc d'alpiniste.
—un mousqueton, pour s'accrocher à un piton. Je ne comprends pas, il n'y a rien à escalader ici.
—et à descendre dans un puits ou une grotte ?
—mon pauvre père, ni mon grand-père, ne m'ont jamais parlé de puits ou de grotte ici.
—sans être l'inspecteur des séries télé, c'est là qu'il avait caché le fric.
—tu as raison sur ce raisonnement, Monsieur l'agent de la police fédérale des USA.
—ce n'est pas quelqu'un de ta famille ou de ton hameau, pour connaître les grottes ou les puits ?
—pas à première vue, bon fouille, et ramasse le fric.
—il y a 3 liasses de 100 euros, et deux liasses de 50. Il y a de la bouffe, et une lampe électrique.
—prends le fric et la lampe, moi, je vais chercher la corde et le mousqueton.
—ne te casse pas la gueule comme le Monsieur, sinon je vais être le seul héritier.
—je t'aime bien, tu es mon pote, mais je ne vais pas te faire ce cadeau.
—on va réfléchir, mais on redescend d'abord, ça pue trop ici, j'en peux plus.
—vé, le mousqueton est souvent utilisé, il y a des traces de frottements bien marquées et bien prononcées.
—pourquoi il allait cacher ce fric dans ce trou perdu, ou pourquoi il allait le récupérer ? On ne sait pas s'il en mettait ou s'il en retirait.
—bonne question à laquelle on ne pourra jamais répondre à moins de trouver la cache, ou le ticket de caisse de la cache.
—la cache doit être au-dessus du petit pierrier. C'est vaste, et cela ne doit pas être marqué sur aucune carte.
—il y avait des mines, des carrières ici dans le temps ?
—mon pauvre père me l'aurait dit.
—pourquoi cacher son fric si loin dans un coin perdu ? Je l'aurais mis dans mon jardin, dans un trou.
—il n'était plus tout jeune notre chasseur d'euro sauvage de montagne. Une petite cinquantaine, on dirait.
—ou une grosse quarantaine, je dirais, tu as vu ses godasses de montagne, elles ne sont pas jeunes ni de la dernière mode.
—son jean est usé, il a l'air sportif, oh putain ! Il a tapé la tête, c'est pour cela qu'il est mort.
—pas dans un pierrier, tu glisses, tu roules, tu te fais mal, tu essayes de te mettre la tête en haut pour arrêter la chute.
—alors il s'est tapé la tête ailleurs, et il est tombé dans le pierrier.
—il y a les rochers au dessus du pierrier. Il a dû glisser, se taper la tête, et rouler dans le pierrier.
—on monte pour voir ?
—non les gendarmes vont le faire, on demandera des nouvelles. Un mort par jour, ça suffit amplement.
—et pendant ce temps, on prend des cours d'alpinisme ?
—ce n'est pas bête. Il va falloir s'entrainer à descendre dans les trous avec une corde.
—et surtout à remonter, c'est plus difficile. Il va falloir acheter du matos pour pépés grimpeurs.
—à mon avis, c'est de ce rocher, tu vois, en dessous il y a encore un bout de sac rouge.
Je prends une photo avec mon téléphone. Je ne sais pas le faire marcher, tu sais toi ?
—je la prends avec mon appareil, voilà dans l'axe.
—ah ! J'ai trouvé, moi, je vais photographier la scène de crime, on ne sait jamais.
—on se trouve en pleine série américaine, putain.
—je donnerais mon téléphone aux gendarmes, toi, tu n'as pas pris de photo. Dès qu'on a du réseau, tu t'envoies la photo sur ton mail, et tu l'effaces du téléphone et l'envoi aussi.
—assassino !! Tu étais dans la mafia avant ou ce sont les séries qui te remontent à la surface ?
—non, il ne faut pas être con pour un détail de merde. Regarde encore dans le sac, pour voir si tu n'as pas oublié des sous.
—tu fais chier, ça pue. Non il n'y a rien, attends, je regarde dans la petite poche sur le côté. Putain, il y a un appareil photo.
—tu vas regarder en gardant les gants, cela ne va pas être facile.
—tu profites de moi, salaud ! Comment ça marche ce truc, à oui. Il y a quatre ou cinq photos de famille, pas de photos de puits ou de grottes.
—vérifies bien, et remets tout en place. Ne mets pas de cheveu, tu n'en as plus sur le caillou.
—c'est malin espèce de beatnik hippie !
—il avait quoi à bouffer ?
—des barres chocolatées, des cochonneries comme çà, et une bouteille d'eau.
—ce n'est pas un gars du pays alors.
—ce n'est vraiment pas un gari d'ici.
—mais c'est un gari qui connaît les trous à rats d'ici comme sa poche. Pas comme moi le fils du pays.
—on ne peut pas connaître les coins à truffes et les coins à Euro souterrains. Il faut faire un choix dans la vie.
—arrête tes cagades, et viens en faisant gaffe qu'on ne voit pas que tu as fouillé. Tiens, jettes ces feuilles sèches où tu as mis les pieds.
—arrête ta série américaine bordel.
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POLIX Polix

Don Rouge
1 - La Fête de l’été.
Réveille-toi, réveille-toi !! Il va être l’heure de la cérémonie, debout, debout,  susurra ma mère.
Je me réveille d’un rêve de chasse, où je courrais derrière un poulain.
Tout paraissait facile, et le poulain commençait à fatiguer.
Voilà qu’on me réveille. Tout se remet doucement à sa place dans ma tête.
Mère Terre ! Je viens de me souvenir qu’aujourd’hui, c’est la fête de Soleil qui s’arrête et qui nait de la montagne dent-de-lion.
Je me précipite hors de la tente, pour voir le ciel, afin de deviner quel sera mon futur.

Car, si l’on ne voyait pas le lever de Soleil dans la montagne, à cause de la brume ou des nuages, je serai aujourd’hui, avec un jeune du clan voisin, désigné, honoré et adulé.

Puis, au milieu du jour après les libations, nous, les deux jeunes, deviendront les esclaves de Mère Terre, nous serons obligés de partir découvrir Mère Terre, seuls, livrés à la nature.
Nous serons le don fait à la Mère Terre, le don du jour de Soleil.
Que quelques nuages semblent occuper le ciel, j’ai toutes les chances de ne pas partir.
Malgré mes 17 soleils arrêtés, je n’ai pas trop le désir de partir faire le don de moi à notre Déesse Mère Terre.
Il fait froid, dans ce matin gris. On devine le jour se lever. Il éclaire d’un pâle halo gris, le ciel derrière la montagne située à l’est de la vallée que nous occupons pour le jour du Soleil arrêté.
Je m’écarte des gens qui commencent à se lever, pour aller faire mes besoins.
Je suis angoissé.
Mon avenir est lié à ces quelques nuages, selon le bon vouloir de la déesse Mère Terre.
Les gens commencent à rires, à se chamailler, des bébés pleurent, des enfants crient. Dans l’ensemble, ils ont l’air heureux de participer à ce jour de fête.
Les feux commencent à être alimentés pour préparer le déjeuner du lever.
Les pleurs d’enfants, les rires des gens, dans la nuit mourante rassurent.
Le bois qui brule, la fumée, les aliments qui cuisent embaument le campement.
Je surveille le ciel, tout en cherchant du regard mon futur associé dans le grand voyage, si grand voyage, il y avait.

C’est un garçon un peu plus vieux que moi à son aspect. Il a été, comme moi, désigné depuis longtemps par les anciens.
Je suis roux, d’un roux flamboyant, je suis le seul de toutes les personnes de la tribu à avoir cette couleur de poils.
On m’a dit, que c’est à cause de ma couleur que je suis désigné.
On m’a dit depuis toujours, que je ne ressemble pas aux autres, que je suis sûrement un envoyé de Mère Terre, de ce fait, je dois être le futur don pour Mère Terre.

Moi, pour paraître comme tout le monde, j’ai toujours essayé d’être le meilleur dans toutes les activités de chasse, de pêche, de cueillette, pour arriver à échapper à cette désignation du don. Rien n’y a fait jusqu’à présent.
Mon nom est Don Rouge.
Je suis un des meilleurs à la chasse au poulain, une chasse de course de fond, de stratégie et de volonté. Une chasse où il faut courir très longtemps derrière un poulain jusqu’à ce qu’il se fatigue, et quand il commence à ne plus pouvoir courir, on l’achève d’un coup d’épieu court.
C’est ici, dans cette vallée sacrée, que se pratique cette chasse.
C’est une vallée herbeuse, avec un ruisseau qui y serpente, plantée de quelques arbustes seulement, ce qui facilite la chasse aux poulains.
Je me demande pourquoi je pense à tout ça, ce n’est pas le moment.

Il y a des rites pour débuter cette journée de fête.
Il faut boire une bouillie faite par l’ensemble des femmes.
Mettre sur son visage les peintures aux deux couleurs des Dieux de la fête.
Aller se rassembler devant la montagne sacrée. Se mettre derrière notre pierre plate sacrée, dont on a désherbé les alentours.
—maman, donne-moi la bouillie.
—tiens mon fils. Aujourd’hui, c’est un grand jour, Don Rouge, mais je pense que tu resteras encore avec nous.
Cela fait déjà huit soleils arrêtés qu’il fait beau, qu’on voit très bien Soleil naitre de la dent-de-lion.
—il y a pas mal de nuages, on voit mal, il fait encore bien nuit.
—mais non, aie confiance.
—tant que Soleil n’apparaitra pas, je ne serai pas tranquille.
—c’est vrai, on ne sait jamais ce que nous réserve Mère Terre. Si tu es désigné, tu ne dois partir à la découverte que 24 lunes.
—tu as déjà vu des Dons revenir, toi ?
—non, mais les anciens disent que quelques fois un Don sacré peut revenir, et là, c’est un grand bonheur qui va arriver à tous les humains de la tribu.
—un grand bonheur pourquoi ?
—on dit que, des dons ont apporté des connaissances nouvelles qu’ils ont vues ailleurs. Ils ont apporté par exemple des graines d’arbres qui ne poussaient pas ici.
J’ai, je crois, 33 soleils arrêtés, et je n’ai jamais vu des dons revenir.
—33 plus un soleil-arrêté aujourd’hui maman.
—oui et toi 17 !!
—tout le monde de la tribu a un soleil arrêté de plus aujourd’hui.
—tu n’as jamais su compter mon fils, 33 plus 1 ca fait trente-quatre, tu ne sais peut-être pas ce mot ?
—oui avec mes doigts, je sais, regarde. Tu vois ? Je sais.
—c’est bien, il n’y a pas beaucoup de monde qui savent faire ça. D’ailleurs, je ne dois pas oublier de faire un trait dessus sur mon os calendrier, ni sur le tien.
Je me demande pourquoi je fais ces traits ce ne sert qu’à moi, et ça ne sert à rien quand on y pense.
—il n’y a que toi qui sais ce que ça veut dire tous les traits que tu graves sur ses os.
—bon, vite, il faut se mettre en place pour la cérémonie.
—je connais le protocole. Le chaman près de la pierre sacrée avec ses aides, derrière lui les chefs de clan, les chasseurs et les pêcheurs au troisième rang, les autres hommes au quatrième rang.
Derrière les hommes, le groupe des femmes. Nous les Dons, nous sommes au dernier rang avec les sans statut et les esclaves.
—cela va être la bagarre aussi dans les rangs des femmes
—pourquoi ?
—les femmes des chefs veulent être en tête de leur groupe comme leurs hommes
—et comme souvent, ils ont plusieurs femmes...
—oui, c’est la bagarre
—de toute façon, tu n’as pas d’homme, maman.
—oui, bon, on ne parle pas de ça, dit maman d’un air agacé.
—pour moi, il n’y aura pas de bagarre, je serai dans le groupe des esclaves comme le futur esclave à la Mère Terre.
Tout cet ordonnancement des places pour la cérémonie a été âprement discuté, durant tout cet hiver.
Cela a généré beaucoup de conflits, menaces, de négociations, de chantages entres les membres du clan. Les autres clans ont eu le même cheminement.
Ce matin, tout ce bel ordonnancement allait se mettre en place.
Il y allait avoir surement quelques échauffourées encore à venir.
On entend Chamane et ses deux aides appeler au rassemblement pour le rite du lever de Soleil.
C’est l’heure.
Les cinq chefs de clan qui sont là pour assurer l’ordre, aident à rameuter les gens.
—viens vite Don-Rouge, je vais te mettre les deux couleurs pour la cérémonie.
Ma mère pris de la poudre de charbon pour me dessiner un masque autour de mes yeux.
Ce qui représente la nuit.
Avec cette même couleur, elle me dessine sur le front le symbole Mère Terre.
J’ai droit à ce symbole, car je suis un Don.
Avec un peu d’ocre, elle dessine Soleil au dessus du symbole Mère Terre.
Il faut faire vite, le jour commence à avancer.
Le chamane et ses deux aides se sont placés près de la pierre sacrée.
Chamane regarde la tribu, les deux aides nous tournent le dos, ils surveillent la dent-de-lion.
Chamane demande le silence, qui se fait lentement. Puis il commence à nous conter solennellement la légende des hommes.

—il y a très longtemps, avant que naissent les hommes, il n’y avait sur Mère Terre que des végétaux, et des animaux.
Soleil tomba amoureux de la Terre. Comme la Terre ne voulait pas de lui, il lui fit un somptueux cadeau.
Ce cadeau qu’on peut voir dans le ciel, un cadeau argenté, un cadeau lumineux.
Oui hommes ! Il lui fit cadeau la Lune.
Une Lune toute ronde.
Mère Terre ne voulait toujours pas de Soleil.
Soleil dépité, eu une idée, oui, une idée géniale.
Il donna une forme différente tous les jours à la Lune.
La terre intriguée daigna la regarder.
Elle s’amusait de voir tous les jours la Lune changer de forme, disparaître, et revenir.
Mère Terre commença à regarder Soleil d’un autre œil. Elle fut conquise.
Il y eut de grands tremblements, oui ! Quand
Soleil prend Mère Terre, Mère Terre tremble.
Nous l’avons tous senti ses tremblements pas plus tard qu’il y a 5 soleils arrêtés.
Nous avons tous vu, tous entendus, les rochers énormes qui se sont détachés. Ils ont roulé dans un gigantesque fracas.
De cet amour, entre Soleil et Mère Terre sont nés les hommes.
Aujourd’hui, nous allons rendre hommage à notre père Soleil.
Notre père Soleil qui ne se lève, ni ne se couche jamais à la même place, pour plaire à la Mère Terre.
Aujourd’hui, hommes, Soleil à atteint le point le plus à gauche de son lever
Il a dormi, là dans la montagne, dans la dent-de-lion. Il va se lever là !! Exactement là, dans la dent-de-lion.
Regardons, et attendons, son lever.
Cette Montagne est une Déesse. À chaque lit d’où Soleil se lève, si on étudie bien, Déesse Montagne nous indique ce que l’on doit faire.
Ce continuel déplacement de Soleil règle notre vie. Soleil avec la Déesse Montagne, nous conseille et nous commande. C’est notre calendrier.
Aujourd’hui, Déesse Montagne et Soleil, nous disent que :
C’est la fête, car c’est le moment de chasser les jeunes poulains qui sont nés cet hiver.
C’est la fête, car toutes les plantes sont en fleur, et cela va vous apporter des fruits pour le début de l’hiver.
C’est la fête, car Soleil fait de grands jours, donc l’on a plus de temps pour chasser.

L’esprit de la Mère Terre est sur cette pierre sacrée. De là, elle va voir son époux se lever.
Nous, ses fils, nous allons être avec elle, pour voir le lever de notre Père.
Si ce lever est caché par quelque chose, nous devons lui donner en sacrifice, cette fois-ci, deux jeunes.
Ces deux jeunes, vous les connaissez depuis longtemps.
Ils ont été désignés par la Mère Terre. La Mère Terre leur a donné des signes pour qu’on les reconnaisse.
Don-Rouge parce qu’il a les poils roux comme un renard.
Don Blanc parce qu’il est né avec une mèche de cheveux, blanche comme une hermine.
Je vous rappelle la loi de Mère Terre.
La loi dit : que les Dons doivent s’éloigner de cette pierre, et aller découvrir le monde pendant 24 lunes et après si Mère Terre les a protégés, ils peuvent revenir.
Chamane se retourna pour vérifier ou en est Soleil. Et il reprit.
—il y a eu beaucoup de dons qui sont partis à la découverte.
Il faut admettre que très peu sont revenus. Mais il y a des dons qui sont revenus.
Ils ont apporté des connaissances, des graines, des histoires de ce qui se passe au-delà de ce que l’on voit.
Souvenez-vous que les grands arbres qui poussent près de nos grottes !
Les grands arbres qui donnent des fruits secs en automne, qui nous donnent à manger quelques fois l’hiver, quand la chasse est mauvaise. Hé bien, ces arbres viennent de la besace d’un don qui est revenu. De même que les fruits rouges âpres qu’on mange aussi en automne, et qu’on peut garder longtemps dans nos grottes viennent de ses courageux dons !

Chamane se retourne encore pour voir ou en est le lever de Soleil.
Il fait encore noir, le ciel change de couleur autour de dent-de-lion. Il devient, de plus, en plus clair.
Cette réunion, dans le noir, faiblement éclairée par les feux du champ, semble irréelle.
Je suis au côté de Don Blanc, avec les esclaves et les sans statut.
Don Blanc, un petit trapu, avec une énorme barbe, sa mèche blanche lui barre la tête, il a attaché ses cheveux graissés avec un lien.
Son visage a une particularité. On ne voit qu’une moitié de sa bouche.
Sa moustache recouvre le reste de sa bouche. Il lui manque des dents à droite, donc, il ne peut pas se ronger sa moustache aussi rase qu’il ne l’aurait voulue.
Il me regarda, et dit à voix basse :
—tu verras, même si Soleil n’est pas caché, le chamane et les chefs nous donnerons à Terre Mère quand même.
—c’est quoi cette bêtise ? Tu penses que c’est le moment de plaisanter ?
—j’ai surpris une conversation.
—tais-toi et écoute.
Chamane reste un long moment immobile le dos tourné aux clans. Il a les mains tendues vers le ciel, et on peut commencer à deviner ses mains. Les mains de chamanes ont toujours un doigt coupé. Les deux aides n’ont pas encore ce signe de reconnaissance des grands chamanes.
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POLIX Polix

Du grain de sel au grain de sable
                  
01 – La plage.
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas pêché dans cette petite anse du massif de l'Estérel.
Pour être perdue, cette petite plage, elle est perdue, discrète et difficile d'accès.
Ce n'est pas la plage propre qu'on aménage pour les touristes. Elle est encombrée de bois flottés, de vieilles tongs dépareillées, de bouteilles en plastique, de débris de filets de pêche, d'algues qui fermentent en se décomposant dans une odeur de pourri salé, en bref, un vrai désastre écologique.
Je suis là, dans ce petit vent froid et salé, sur une langue de rochers, au cœur des bruits répétitifs des petites vagues qui viennent mourir sur le sable ou s'écraser sur les rochers. Il y a aussi le son incongru de l'air poussé et compressé par la mer dans une petite grotte sous-marine qui souffle un râle surnaturel.
Je suis seul devant l'immensité de la mer et du ciel, une canne palangrotte à la main qui s'immerge dans un trou d'une dizaine de mètres sous les rochers. Mes sens sont aux aguets en attente d'une touche, prêts à réagir immédiatement pour ferrer.
Cela ne pite pas beaucoup, comme on dit ici, il n'y a pas de touche franche.
Je surveille de temps en temps l'accès à la plage, j'ai un rendez-vous avec un gros poisson de la pègre. Il veut me consulter pour avoir mon avis, et sûrement me proposer un coup.
J'ai toujours travaillé seul, discrètement, je ne sais pas comment ni pourquoi, il a besoin de moi.
Je n'ai fait que deux gros coups dans ma vie, ce qui me permet de vivre tranquillement, discrètement, sans flamber, je travaille de temps en temps, en tant qu'artisan électricien pour donner le change et être couvert socialement. Je choisis des chantiers faciles parce que je commence à devenir vieux.
Ah, une touche ! Je ferre. Je sens au bout de la ligne le poids d'un poisson qui se défend, il a l'air beau et lourd. C'est un beau sar qui sort de l'eau. Je tourne la tête, un homme descend vers la plage, avec une canne et un seau à la main. C'est peut-être mon rendez-vous qui arrive.
Il me regarde, porte son index droit sur la bouche en signe de silence. Il s'installe à l'opposé de l'endroit où je suis. Il sort un petit carnet vert et écrit quelque chose dessus. Il se déshabille, se met en slip de bain, puis met ses vêtements en boule. Il vient vers moi après avoir déchiré une feuille du carnet vert. Il refait le signe de silence et me tend le papier. Il retourne à sa place, déplie sa canne à pêche, accroche son bas de ligne et appâte l'hameçon. Je suis interloqué. Je finis par lire son mot. « Mettez-vous en slip, je suis sous écoute, faite comme si vous l'étiez aussi. Rendez-vous loin des portables contre la falaise. Merci »
Il fait froid, je vais attraper la crève avec ses conneries. Il doit se cailler aussi. Je me presse de me déshabiller et de filer au lieu-dit.
Dans quelle merde, je me mets ?
C'est un violent ce type, il faut s'en méfier, obéir et respecter ce monsieur, j’y suis obligé.
Je vais essayer de refuser poliment ses propositions.
Il me rejoint sans sourire après avoir fouillé dans son seau. C'est un petit homme maigrelet et chauve. Il doit être très intelligent et violent pour être un chef de la pègre. Il doit avoir des appuis pour savoir qu'il est sur écoute.

— bonjour Astri,
— bonjour Monsieur.
— appelle-moi Eugène, faisons vite, je me pèle.
— oui Eugène.
— je vais monter un coup, j'ai besoin d'un bon électricien pour le préparer et agir. Plus qu'un électricien, un électronicien et un bricoleur de génie. Tu ne risques rien dans ce coup, si tu ne laisses pas de trace. Tu n'es jamais tombé, tu n'es pas répertorié pour sur ADN, ni sur tes empreintes. C'est ta force, et notre force.
Tu auras les plans et instructions dans une boîte aux lettres. Tiens voilà la clef, l'adresse est sur l'étiquette.
— je touche combien ?
Si ça réussit, tu auras un demi-million d'euros, sinon rien.
— pourquoi m'avoir choisi ? Comment savez-vous que j'ai fait un coup ?
— c'est mon secret, et tu as fait deux coups. Tu vois, tu ne me balades pas, je suis bien renseigné.
— je veux bien étudier la faisabilité. Je donnerais ma réponse après. Ne me dites pas où ça se passe. Je ne veux rien savoir.
— c'était prévu. On communiquera que par courrier, à l'ancienne, une enveloppe, un timbre, l'adresse du nom écrit sur la boîte aux lettres. Ce sera toujours la même boîte aux lettres.
— ok, Eugène.
—le courrier doit se relever le lundi à 5 heures du matin. Les flics dorment ou sont repérables à cette heure. J'ai confiance, tu n'es jamais tombé parce que tu es prudent, discret, très méfiant. Et ça me plaît.
—combien de gens seront au courant de mon existence.
—personne, si on se débrouille bien, il n'y aura que moi. Ce sera mon dernier coup.
—ok, Eugène. Le demi-million sera payé comment ?

Eugène me regarde, se met à ricaner, me tape sur l'épaule.
—l'argent est déjà dans un paradis fiscal. Tu auras un compte informatique et tu auras des bitcoins. Tu les vendras pour les transférer sur un compte à toi.
C'est là que tu peux te faire coincer. À toi de bien jouer.
Bon, je te laisse, j'attrape la crève à poil. Ciao Astri. Ne perds pas la clef, passe lundi à la boîte aux lettres à 5 heures. Soit rigoureux, et pas de téléphone pour aller à la boîte.
—ciao Eugène, merci. Je te tiens au courant. Je jouerai serré.

Eugène va se rhabiller et continue sa pêche. Je fais de même de mon côté en rangeant bien la clef de la boîte aux lettres. Je me repasse la conversation, pour ne pas oublier un détail.
Il ne s'appelle pas Eugène cet animal, je ne dois même pas penser à son vrai nom, pour ne jamais me couper plus tard, on ne sait jamais. Il faut que je me renseigne pour ces bitcoins, j'y comprends rien à ce truc, j'ai lu quelque part, que la pègre s'en servait pour blanchir de l'argent ou pour transférer des fonds sans trace.

Bien, je vais laisser venir, et savoir ce qu'il veut que je bricole en électricité. Que puis-je faire de miraculeux en électricité, en électronique ou en bricolage ? Pas aller au compteur et le couper bêtement pour un demi-million d'euros. Non, il y a un truc. C'est quoi l'embrouille ?.
Tient, ça pite, hop ! Une girelle sort de l'eau. Dommage, il fait trop froid, il n'y a pas de daurade au bord. C'est une jouissance à pêcher cette bête, quand on la ramène, il semble au pêcheur, qu'il remonte un fer à repasser.
Je ne pêche pas souvent, alors que c'est bien sympa. Dommage que cette plage soit si sale, et ce souffle de cette grotte finit par lasser et irriter. J'en ai marre, je vais rentrer, je n'ai même pas acheté à manger pour pique-niquer ici.
Mais avant je vais tester ma nouvelle trouvaille, mon invention. Je prends mon téléphone, je compose un numéro, j'attends de passer sur la messagerie, et je raccroche. Normalement dans les cinq minutes, un autre téléphone va me rappeler, me dire des phrases enregistrées, je vais répondre et dire tout haut que j'arrive de suite.
ÇA devrait bien marcher, je teste ce mécanisme depuis une semaine.
Je laisse mon téléphone sur la boîte de pêche, je relance ma ligne. Il suffit d'attendre 5 minutes et je pourrais partir avec une excuse valable.
Voilà ça sonne, c'est bien le numéro de mon téléphone robot. Je parle fort pour que monsieur Eugène entende. Je raccroche et je range ma canne et je m'en vais, sans un regard au soit-disant Eugène.
C'est beau le massif de l'Estérel, en couleur chaude, en végétation, en odeurs, en silence. C'est sauvage, grandiose, beau comme un premier matin du monde.
Je roule doucement pour rentrer chez moi, j'ai faim, mais je prends mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas pu dire non, quand il m'a parlé du demi-million d'euro. Ma cupidité a été la plus forte.
Devenir demi-millionnaire en Euro, je n'y avais jamais pensé. J'étais multimillionnaire en francs. Mais, depuis les euros, j'ai perdu le titre de millionnaire. Bon, on va voir et peser la faisabilité de ce coup, ne nous emballons pas.
Trouver une affaire, c'est toujours un coup de chance, ou de hasard. Là, ça me tombe du ciel sans raison. Comment a-t-il su pour mes anciens coups ?
Je ne vois qu'une fuite de la banque, j'ai toujours travaillé en solitaire, la seule faiblesse, c'est de blanchir l'argent pour le remettre dans le circuit légal. C'est incompréhensible qu'il soit au courant.
Je vais rentrer, cuire et déguster mon sar. Il y a longtemps que je n'en ai pas mangé. Celui-là, je sais d'où il sort. Même s'il n'y aura pas grand-chose à manger, le plaisir de la pêche doit finir devant une assiette pour la récompense.
Dans un plat allant au four, un peu d'huile d'olive et des tranches fines de tomates au fond, on met dessus le sar vidé truffé de basilic, on décore de tranches de citron, on verse un grand verre de vin blanc au fond du plat. On arrose le poisson d'un filet d'huile d'olive et hop ! 25 à 30 minutes à four chaud.
Je n'ai pas de vin blanc, ni de belles tomates, ni de citrons non traités. Il faut que je m'arrête en route.
La girelle sera pour le chat.
Mais à quelle heure ça va me faire manger tout ça ?

Au fait, lundi, c'est dans cinq jours, cinq jours de vacances avant les emmerdes. Profite de ces cinq jours Astri… Profite !
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, ma cupidité va me mettre dans de sales draps, mais un demi-million d'euros cela ne se refuse pas.
Jamais deux coups sans trois, l'adage se vérifie.
Putain, ça me rajeunit, et ça me donne un coup de jeune cette affaire.
 
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Questionnaire de l'Atelier des auteurs

Pourquoi écrivez-vous ?

pour le plaisir des mots, et le plaisir de voir, d'entendre, de sentir mes personnages écrire le livre.
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