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Défi
Inconnu Day


En plein milieu de l’immense désert de Neyukisïa, un monde fantastique au multiples facettes, une légende subsistait depuis déjà plusieurs siècles. On racontait que si on restait de nuit dans les pics montagneux qui se trouvaient légèrement au nord d’un petit village déguenillé, un dragon sortait d’entre les pics rocheux et vous dévorait, vous faisant disparaître à jamais. Bien des aventuriers et des guerriers étaient partit en quêtes de ce dragon, mais aucun n’en était jamais revenu.
- RAAAAAH !
Récemment, un jeune homme était arrivé au village-de-la-dent-creuse. Alors que plus personne n’avait tenté l’expérience depuis plus de dix ans, il était prêt à aller vers une mort certaine.
Un énergique reflet brillant parcourait la scène à une vitesse folle, percutant instant après instant les crocs et les griffes qui menaçait de déchiqueter le jeune et courageux guerriers.
Ce jeune homme était très grand. Il portait une armure de cuire épaisse et une lourde épée était suspendue dans son dos. Un petit sac accompagnait l’arme dans ses vas et viens, au rythme des pas de l’homme. Il serait passé inaperçu si seulement il n’avait pas son avant bras gauche recouvert d’un bandage jaunie par le voyage.
Le dragon se redressa et rugit de toute ses forces, au comble de la colère. Instinctivement, le guerrier fit un bond en arrière, prêt à esquiver l’attaque mortel que s’apprêtait à lancer l’être mythique qu’il combattait.
De mémoir d’habitant, on n’avait jamais vu un homme de cette taille être aussi maigre. On pouvait entrevoir chacun de ses muscles noueux bouger. Ses cheveux légèrements ondulés enserraient un regard profond comme la nuit. L’homme avait traversé le désert sans aucun bivouac dans le seul et unique but d'occire un être que beaucoup considéraient comme imaginaire. Le tavernier, étonné de la singularité de l’homme qui avait atterri sur l’un de ses tabourets, lui servit son meilleur alcool. Un homme aussi étrange ne survivra pas.
De puissantes flammes rouges jaillirent de la gueule du monstre chimérique, soufflant et brûlant tout sur leurs passage. N’écoutant que son courage, le jeune guerrier enfonça ses puissantes jambes dans le sol et s’élança avec fougue vers la bête. Frôlant à chaques instants le crachat incandescent, il resserra sa prise sur son arme et d’un puissant coup d’épée, frappa le torse du dragon. Comme il s’y attendait, le tranchant émoussé refusa de pénétrer la peau écailleuse qu’il avait rencontré.
- Pas assez fort ! Pesta-t-il contre lui même.
Il voulu retenter sa chance, mais une ombre fondit sur lui avant. Sans comprendre comment, il se retrouva dans les airs, entouré de morceaux de roches arrachés au sol par la violence de l’impact.
Le tavernier avait longtemps dévisagé le visage de son curieux interlocuteur.
- Quel est ton nom, étranger ? Avait-il finit par demander en se tournant vers ses étagères de bois pour y ranger les verres qu’il venait d’astiquer.
Aucune réponse n’arriva. Le silence devint si pesant que l’homme s'apprêtait à répéter sa question, n’ayant pas d’autre sujet.
- Brögd.
- Comment ? Demanda l’homme, qui ne s’attendait plus à obtenir une réponse.
- C’est mon nom.
Le silence retomba, répandant une ambiance malsaine dans la grande pièce.
Le guerrier s’écrasa lourdement contre la paroi de pierre qui constituait la caverne où il se trouvait. Il retomba par terre, légèrement sonné. Il n’eut pourtant pas le temps de souffler, car une gerbe rougeoyante fondit sur lui. Instinctivement, l’homme poussa sur ses jambes et roula sur le sol, esquivant in extremis les flammes du puissant dragon.
- Bon sang ! Jura-t-il en se frottant le visage, déjà couvert de suie et de terre.
L’espace d’un instant, il posa ses yeux sur son corps et remarqua que son armure de cuire était en morceaux. Il n’aurait plus de seconde chance.
Il ne pouvait plus s’enfuire, car la bête bloquait à présent l’entrée de la grotte qui constituait son nid. Cela faisait déjà plusieurs minutes qu’il combattait, mais le monstre en face de lui n’avait toujours pas une égratignure. La situation se dégradait seconde après seconde.
“Je n’ai plus le choix, je vais tenter le tout pour le tout.” Se dit-il pour lui même en resserrant sa prise sur sa vieille épée. Alors que le dragon en face de lui s’apprêter de nouveau à cracher des flammes, le colosse hurla toute sa rage de vivre et fondit avec une détermination implacable vers le puissant reptile.
- Dit moi, Brögd-le-voyageur, d’où viens-tu ? Demanda le tavernier en servant une consommation à son énigmatique client. Comme il le pensait, l’homme ne lui répondit pas tout de suite. Il serra de sa main noueuse le verre et le vida d’un trait. Puis il farfouilla dans ses affaires avant de sortir quelques piécettes qu’il plaqua sur le contoire d’un geste sec.
- Au revoir.
Dans un silence parfait, le voyageur se leva et sortit du petit établissement. Le tavernier recommença à respirer en observant les pièces que son client lui avait donné.
- Quel homme étrange… Dit-il pour lui même en épongeant son front avec son torchon.
L’homme fondit avec la rapidité du desespoire vers un être définitivement plus fort que lui. Alors que n’importe qui aurait reculé, Brögd prit son courage à deux mains et plongea dans l’océan de flamme qui sortait de la gueule de la bête. Il le traversa en un instant et profita de cet occasion pour prendre appuie sur l’épaule du monstre. Il se propulsa dans les airs jusqu’à poser les semelles de ses sandales sur le plafond. Là, il pointa son épée vers le bas.
- Meurt !
Alliant la force de ses jambes et celle de la gravité, il piqua droit vers le crâne du dragon où son épée s’enfonça d’un bon pied.
Il pensait pouvoir crier victoire, mais c’était sans compter sur l’incroyable résistance physique de la bête qu’il chevauchait. Le monstre se mit à hurler et bougea dans tous les sens pour déloger le guerrier de son crâne. Celui-ci s’agrippa fermement à son arme, bien décidé à rester à l’abris le temps d’en finir. Mais les choses ne furent pas aussi simple, car le dragon se mit soudain à se dresser sur ses pattes arrières et à cogner son crânes contre les parois. Balloté dans tous les sens, le guerrier vit à plusieurs reprise les parois s’approcher de lui, mais eut la chance d’éviter de peu une blessure éternelle. Cette chance ne durerait pas, car il se sentit projeté vers le haut. Il devait partir du sommet du dragon ou il serait écrasé contre le plafond. Il agrippa son épée pour la retirer, mais il avait beau la tirer, rien n’y faisait. La vieille lame émoussée était profondément ancré dans les os du crâne dragonesque. Le plafond se rapprochait à une vitesse folle. D’ici une seconde, tout sera terminé. Durant cet instant, Brögd perdit la notion de ce qui se passait autour de lui. Tout se passa extrêmement vite. Que ce soit l’attaque inespéré du dragon ou ses propres mouvements, il n’avait plus conscience de rien. Son corps et son esprit fonctionnaient seuls, sans son consentement. Quand il reprit possession de ses atouts, il tombait, son épée dans la main. Il fixa son arme dont il ne comprenait pas la présence. La pointe de la lame était brisé et probablement toujours enfoncée dans la tête de son ennemi. Dès lors qu’il prit conscience de sa situation, il vit les choses autrement. Il n’était plus un simple homme qui tombait droit vers le sol, mais un guerrier qui longeait le flanc écailleux de son invisible belligérant. Il fit pivoter son centre de gravité jusqu’à pouvoir enfoncer son épée dans la peau de la bête. Brisé, la lame ne risquait pas de s’enfoncer profondément à travers l’épiderme rugueux, mais elle suffit à ralentir la chute de l’homme qui pût attendre le point faible de son adversaire. A cet endroit, la peau était bien plus fine et dépourvue d’écailles. Brögd n’avait pas un instant à perdre. D’un geste décidé, il agrippa d’une main ferme une des écailles du monstre et lui plongea son arme dans le ventre. Un jet de sang émergea des entrailles de la bête, hurlante de douleur. Elle s’agita de plus belle et commença à se jeter contre le sol, tentant désespérément de chasser l’homme de sa panse. Si Brögd était maintenant presque sûr que le monstre ne survivrait pas, il n’était pas certains qu’il y arriverait aussi. S’il tombait ou se prenait ne serait-ce qu’un seul coup, c’en était fini de lui.
“Il faut en finir !”
D’un geste froid, l’homme plongea sa main dans les entrailles du monstre, qui se mit à hurler de plus belle. Positionnant ses pieds contre la peau de la bête, il serra son épée aussi fort que possible dans sa main droite et prit une grande inspiration. Il mobilisa toute la puissance de son corps et éventra d’un seul coup le dragon, arrachant peau et viscère, de l’épigastre jusqu’au poitraille. Un océan de sang se dévida sur lui et le projeta plus loin.
Quand l’homme se releva enfin, il retira de ses yeux le sang noirâtre du dragon. Devant lui s’agenouillait le cadavre du monstre qu’il venait de vaincre.
- Enfin, souffla-t-il en se laissant tomber sur le sol, hors d'haleine.
Il remarqua que son épée était toujours dans sa main. L’arme était dans un sal état. Brisé, elle avait raptissé de moitié et n’était plus bonne à rien. Tout de fois, le guerrier se contenta de la suspendre dans son dos, comme il en avait l’habitude.
Il prit enfin le temps d’observer la pièce où il trouvait. Le plafond et les murs étaient parsemés de mousse phosphorescente qui lui permettaient d’y voir presque comme en plein jour. Il finit par poser son regard sur la carcasse qui gisait sans vie devant lui. Il remarqua alors une tache brillante qui sortait de sa gueule. Curieux, il écarta les crocs de la bête et découvrit une des plus belle chose qu’il n’ai jamais vu. Devant ses yeux écarquillés, une orbe scintillait de milles feus. Une orbe d’une blancheur éclatante.
- C’est… C’est l’orbe de Hrotti ! S’étouffa l’homme en plongeant son regard dans l’objet en question.
Il se perdit plusieurs minutes dans la contemplation infini d’une réalité irréaliste. Cet objet lui retournait un monde auquel il n’appartenait pas, un monde duquel il ne comprenait même pas le fondement.
Finalement, il finit par se lever et s’empressa d’aller récupérer ce qu’il restait de son armure pour fabriquer une protection temporaire afin de transporter l’orbe de Hortti sans l'abîmer.
Selon la légende, l’homme qui possédait l’orbe de Hortti était autrefois le guerrier le plus fort de tout le désert de Neyukisïa. Après des siècles et des siècles de guerres incessantes, cet homme avait conquis un territoire vierge de tout contrôle. Pendant dix ans, il avait fait régner l’ordre et fondé les principales villes de cette région du monde. Mais un jour, cette perle disparue mystérieusement. Aussi puissant que soit cet homme, il ne put empêcher sa propre déchéance et la guerre repris son cours. Depuis, cette pierre est recherché par tous les plus grand despote car on dit que celui qui la possède acquiert le pouvoir de diriger.
Brögd enveloppa soigneusement l’orbe et la plongea dans le fond de son sac. Il remit le cadavre de son épée sur son dos et sortit de la grotte. Dès qu’il dut à l’extérieur, le vent ensablé le frappa de sa chaleur. Au dessus de lui, le soleil blanc semblait vouloir brûler cette région maudite.
“Il me faut une nouvelle épée et quelque chose pour transporter l’orbe…”
D’un pas décidé, le guerrier partie en direction du village. Il en profiterait pour leur annoncer qu’ils pouvaient de nouveau chasser dans leurs montagnes.


***
Un horrible grincement retentit dans l’immonde taverne.
- Bonjour, dit intuitivement le patron, sans aucune motivation. Il était dos à la salle, occupé à astiquer ses verres et à les ranger le plus droit possible.
Il entendit un bruit sourd sur son comptoire et se retourna, curieux.
L’homme laissa échapper le verre qu’il avait entre les mains.
- Mr… Mr Brögd ?! Vous… Vous êtes vivant ?
- J’ai l’air mort ? répondit calmement le guerrier, légèrement agacé ?
Le tavernier souffla un bon coup pour se calmer. Il dévisagea ensuite son client d’un oeil neuf en cherchant une explication rationnel à l’état pitoyable de ses habits et protections.
- Vous avez abandonné l’idée d’aller à la chasse au dragon finalement ?
Brögd ne répondit pas. Il farfouilla quelques instants dans son sac et posa un paquet de chiffons informe sur le contoire.
- Qu’est-ce que c’est ?
Le colosse écarta légèrement les chiffons, dévoilant une partie de sa précieuse cargaison. L’homme, frappé par la subite lumière, recula brusquement. Son dos frappa ses étagères d’où tombèrent plusieurs verres.
- Je voudrais une étoffe pour la transporter.
L’aubergiste ne répondit pas, les yeux plongés dans l’orbe. Impatient, le guerrier cacha de nouveau la relique dans les vieilles guenilles.
- Je suis également à la recherche d’une nouvelle arme.
Son interlocuteur secoua énergiquement la tête et frappa ses joues.
- C’est… C’étais l’orbe de Hortti, non ?!
Brögd sortit une pièce de sa bourse et la plaqua avec impatiente sur le bar de bois usé. Un bruit sec se répandit dans tout l’établissement, provoquant un silence gênant.
- Je ne me suis pas trompé, c’est bien l’orbe de Hortti ?! Insista le tavernier en transpirant à grosses gouttes.
- Je voudrais une étoffe pour la transporter.
- Oui, bien sur !
Tous dans l’établissement avaient put entendre ces mots. Les réactions furent diverses. Alors que certains fuyaient à toutes jambes, d’autres sortirent leurs armes et se levèrent. Une toute nouvelle ambiance se diffusa dans la petite taverne du village-de-la-dent-creuse, une atmosphère propice au massacre.
Le commerçant s’empressa d’aller vers l’arrière boutique en passant par une petite porte ornée d’une clochette. Il l’ouvrit en tremblotant avant de disparaître, se délivrant de l’ambiance menaçante de la salle principale. La porte grinça avant de se refermer dans un tintement agréable.
- Buttez-le !! Rugie aussitôt l’un des clients en fondant sur Brögd.
Il fut suivie par une quinzaine de gredin, armée jusqu’aux dents de poignards, d’épées, de dagues et autres armes tranchantes.
D’un geste assuré, le guerrier saisie d’une main le cadavre de son épée toujours dans son dos et assena une magnifique coup au bandit qui avançait vers lui pour le tuer. S’il avait eut une épée normal, l’homme aurait été tranché en deux, mais au lieu de ça, la lame broya les os qu’elle rencontra, laissant sa proie dans une marre de sang, le cou et l’épaule gauche écrasé. L’agresseur était mort sur le coup.
Alors que n’importe qui aurait abandonné l’idée de tuer un homme possédant une telle force, les brigands se jetèrent sans réfléchir dans la bataille. Résigné, Brögd se leva brusquement en frappant de son arme un nouvel assaillant. Celui-ci eut le ventre une partie de la cage thoracique arraché par l’impacte, le laissant mort dans un jet de sang. Le guerrier enchaîna en donnant un grand coup circulaire. Deux détrousseurs se retrouvèrent sans têtes, remplacées brusquement par un jet de liquide rouge.
- Crêve !!
L’un d’eux, qui était monté sur le bar, tenta d'atteindre le guerrier en sautant de son perchoire. Mais le colosse l’avait vu venir et projeta son poing gauche contre lui avec une tel force que son bras traversa le scélérat de part en part, lui arrachant une partie du thorax et de la colonne vertébrale. Le transpercé voulut hurler, mais seul un flot de liquide vital sortit de sa bouche. Brusquement, il se retrouva projeté à l’autre bout de la pièce, contre ses anciens camarades qui n’hésitèrent pas à le pourfendre une fois de plus pour éviter plus de dommage.
Brögd abattit son épée sur la tête d’un homme aussi haut que lui. Le truand, armé d’une lourde hache, laissa tomber son arme sur le sol. Ses yeux devinrent blanc au fur et à mesure que son crâne se déformait sous la puissance de l’impacte. Il ouvrit la bouche, dévoilant de l’écume ensanglanté. L’espace d’un instant, il tenta de se relever une dernière fois, mais son adversaire abattit sa lame une nouvelle fois, lui enfonçant enfonçant le crâne entre les épaules. Suite au craquement sonore des cervicales écrasés et brisés, l’homme s’écroula, le visage couvert de sang. Brögd-le-voyageur avait déjà exterminé plus de la moitié des clients. Il s’apprêter à en exécuter un autre quand il sentit une violente douleur dans sa poitrine et son bras droit.
- Merde !
Il remarqua que deux flèches métalliques s’étaient profondéments enfoncé dans son bras droit et son torse, l'empêchant de bouger correctement ses muscles. Il voulu les retirer, mais une puissante douleur froide le saisit au ventre.
Il baissa les yeux et vit une lame qui le transperçait, jaillissant de ses entrailles au niveau de l’estomac.
Il eut à peine le temps d'assimiler sa situation que deux autres autres lames fondirent droit vers lui et le transpercèrent de part en part.
- Tu fais moins le malin maintenant ! Brögd-le-chasseur-de-dragon ! Fanfaronna l’un des trois détrousseurs encore en vie. Maintenant dépêche-toi de claquer qu’on puisse récupérer l’orbe !
Brögd resta silencieux, immobile, tel une statue.
- Tu crois qu’il est crevé ? Demanda le brigand qui était dans son dos en relâchant doucement sa prise.
Le colosse respirait difficilement. Autour de lui, tout était trouble.
“C’est donc comme ça que je vais mourir ? Je pensais pas la mort aussi douloureuse...”
- Pas encore ! Il est coriace !
Alors que tous le voyaient déjà enterré, le guerrier se redressa et d’une main ferme, saisie la lame dont la pointe lui avait traversé l’estomac.
- Abandonne, ricana l’un des bandits, tu t’épuises pour rien !
- Ce n’est pas… Terminé ! Hurla de rage le guerrier en prisant d’une seule main la lame rouge de son sang. Une douleure atroce parcourait son ventre et sa main, mais ça n’arrêterait plus l’homme, prêt à tout pour s’en sortir.
“Je ne vais pas mourir à cause d’une stupide orbe !”
Il planta le bout de lame qu’il avait encore entre les doigts dans la carotide d’un des détrousseurs. Celui-ci s’écroula aussitôt, couvert de son propre sang.
- Attention ! Hurla le deuxième homme en tentant de dégager sa lame du ventre de sa victime. Ce fut ses dernières paroles. Brögd le saisit à la gorge et lui broya le cou dans un craquement sonore. Il laissa ensuite tomber sur le sol un pantin désarticulé au cou difforme.
Dans son dos, le dernier brigand se mit à trembler comme une feuille et recula précipitamment. Il trébucha sur un cadavre et se retrouva assit sur son postérieur, face à l’homme qu’il avait tenté de tuer.
A l’autre bout de la pièce, la sonnette tinta une nouvelle fois, signalant l’arrivé du gérant. Celui-ci devint blanc comme un linge en retrouvant sa salle intégralement repeinte de sang et de viscères. Il fixa ensuite son regard vers le dernier homme encore debout. Il était face à un jeune brigand du coin. Celui-ci fuyait comme il pouvait, dos au sol et les mains tremblantes. Il s’était uriné dessus de peur, mais c’était bien le cadet de ses soucies. D’un geste puissant, Brögd-le-chasseur-de-dragon lui explosa la tête d’un seul coup de sa lame émoussé. Devant la cervelle, le reste de la boîte crânienne et les muscles effilochés, le tavernier se pencha en avant et vomi le peu qu’il avait mangé.
Le guerrier retourna s’accouder au bar, le visage fermé. L’aubergiste s’empressa de s’approcher de lui et posa l’étoffe sur la table en tremblant.
- Voi… Voilà votre co...co...Commande.
Son interlocuteur était immobile.
- Monsieur Br..Bro...Brögd ? Vous al...al...Allez bien ?
Le petit homme remarqua alors les deux sabres encore enfoncés dans le ventre du colosse.
- Bordel !!
Il ne put supporter la vue du sang qui s’échappait des fentes créées par les lames et se mit à vomir dans l’évier que cachait le bar. La cuvette de cuivre était emplie d’un liquide rouge bordeau.
Brögd lâcha un gémissement de douleur, puis le tavernier entendit deux sons métalliques successifs.
- Bon sang, ça fait mal. Crachat Brögd en essuyant son menton du sang qui avait coulé.
L’aubergiste se redressa et s’étonna de trouver son client toujours debout alors qu’il était éventré quelques instants instant plus tôt.
- Vous êtes encore en vie ?
- Il faut croire que mon heure n’était pas arrivé. Se contenta de répondre l’homme en soufflant. Il avait vraiment cru que c'en était fini de lui.
Il allait reprendre là où il en était quand il remarqua que son interlocuteur trembler en fixant son ventre.
- Qu..qu..qu..Qu’est-ce que c’est que ça ?!
Brögd baissa les yeux sur ses blessures.
- Bon sang, qu’est-ce que !
Le guerrier n’en croyait pas ses yeux. Une fine fumée blanche s’échappait de ses blessures au fur et à mesure que celles-ci se refermaient. Une petite minute plus tard, le puissant colosse était sans une égratignure.
- C’est… C’est impossible ! S’écria le petit commerçant en écarquillant ses petits yeux habitués à l’obscurité. Profanation ! Vous n’êtes plus un humain !
- Peu importe, le voyageur saisi l’étoffe qui était sur le bar et l’enroula autour de l’orbe. Combien je vous dois ?
- Partez. Prenez ce que vous voulez, mais partez !
Brögd ne comprenait pas la réaction de l’homme, mais cela l’arrangeait de ne pas payer, donc il fourra l’orbe bien protégé au fond de son sac, chargea celui-ci ainsi que son épée sur son dos et sortit de l’établissement. Là, une trentaine de villageois observaient la scène. Ils tenaient tous des haches et des fouches, prêt à se battre si c’était nécessaire. Le voyageur inclina légèrement la tête en signe de salutation et se dirigea vers la sortie du village.
Le vent soufflait sur les rues poussiéreuses du petit village. La poussière mêlée au sable formait une sorte de fin nuage ambiant qui à la longue irritait la gorge des habitants et voyageurs. Brögd-le-chasseur-de-dragon s'apprêtait à laisser un dernier regard vers les villageois quand il sentit une violente douleur dans son épaule. Machinalement, il plongea sa main dans son dos et retira d’un coup sec la flèche qui s’était enfoncée dans ses muscles une seconde plus tôt. Un petit ruisseau de sang commença à couler le long de son bras, mais très vite, la blessure commença à émettre une petite fumée blanche. Deux secondes plus tard, elle n’était plus.
Le guerrier se retourna alors vers les villageois pour trouver celui qui l’avait attaqué. Tous pointaient leurs armes vers lui et hurlaient leurs peurs et leurs dégouts.
- Vas-t'en d’ici !
- Ne reviens jamais, sal monstre !
- Disparaît sal démon !
- Ne remet jamais les pieds dans notre village !
C’est sous un flot d’insulte mêlant l'appellation de démon à celle de monstre que Brögd quitta le village-de-la-dent-creuse, marchant droit devant lui à travers le désert.


***

Environ dix jours de marche ininterrompue plus tard, Brögd, guidé jusque là par le hasard et les tempêtes de sable remarqua une forte agitation au loin. Dans le désert le plus grand du monde, voir de la lumière au loin pouvait signifier plusieurs choses. Dans le meilleur cas, il s'agissait d’une ville, repaire de truands et sous le contrôle des êtres les plus vicieux de tout le continent. Il pouvait également s’agir d’un simple mirage causé par la chaleur étouffante et le soleil de plomb. Auquel cas, soit vous aviez de l’eau, soit vous vous apprêtiez à mourir dans les deux heures.
Cela faisait maintenant plusieurs années que Brögd voyageait dans le désert à la recherche de nouvelle aventure et il avait déjà expérimenté chacun des cas possibles. Son corps s’était endurcis au fur et à mesure des combats, le rendant aujourd’hui invulnérable au climat inhospitalier de la région. Le guerrier étira ses muscles puissant et se décida à aller voir, piqué au vif par sa curiosité. Motivé par la perspective d’un lieu qu’il ne connaissait pas, il planta solidement ses sandales dans le sable, pas après pas.
Deux bonnes heures plus tard, le chasseur-de-dragon put enfin identifier le phénomène vers lequel il se dirigeait. A environ dix minutes de sa position, un bâtiment défiait le désert tout entier : le casino Riddle. Tristement célèbre pour changer de propriétaire deux à trois fois par mois, il était la plaque tournante de l’argent sale de toute la dimension. Tous connaissaient cet endroit où plus de la moitié des clients rentraient chez eux les deux pieds devant.
Si cet endroit était loin d’être fréquentable par le commun des mortels, il avait pour lui deux atouts uniques qui en faisait une des merveilles du désert de Neyukisïa : sa devanture plaqué or et ses jardins de fontaines et les échanges d’informations venant de tout le continent, des villages les plus reculés jusqu’à la capitale de Neyukisïa elle-même !
Alors que le guerrier n’avait vu personne depuis des jours, il commença à croiser d’autres voyageurs. Certains voyageaient à dos de bête qu’il n’avait encore jamais vu, d’autres moins chanceux arrivaient à pied, prêt à tout pour tenter leur chance. Tous venaient dans l’unique but de s’enrichir un maximum, peu importe les moyens. Mais un avertissement leurs rappelait que ce n’était pas qu’un simple jeu : des dizaines de corbillards tirés par des esclaves partaient du bâtiment pour ramener ce qu’il restait des dépouilles des joueurs les plus chanceux. Les autres étaient réduits en esclavage ou tué et recyclé dans les cuisines ou dans le trafic. Les pires truands de la région avaient une imagination incroyable pour ce genre d’affaire.
Brögd pouvait maintenant voir la devanture du superbe casino. Toutes les lettres de Riddle étaient resplendissantes, comme si elles venaient d’être polies. Le soleil de début d’après-midi les rendait éblouissante. Sous les six lettres d’or, un escalier de marbre blanc descendait jusqu’au sable pour accueillir les voyageurs jusqu’à leur dernière demeure. Le puissant guerrier observa pendant plusieurs minutes le long escalier que montaient précipitamment les joueurs. Il n’était pas le seul, car une étrange caravane s’était arrêté au même endroit que lui pour discuter joyeusement en contemplant le plus beau bâtiment de toute la région. Parmi eux, un homme posa sur le sol une sorte de trépied de bois. Il y installa un rectangle de bois sur lequel était tiré du tissu. Il plongea ensuite les mains dans ces affaires et en sortit des baguette au bout desquels on avait fixé des poils, une petite planche de bois et des pots contenant de la poudre. Curieux devant ce phénomène étrange, Brögd s’approcha et observa attentivement l’homme, dont les cheveux commençaient à manquer. Celui-ci se mit à verser quelques pincés de poudre coloré sur sa planche de bois, puis il prit sa gourde et laissa tomber une goutte sur chaque petit tas.
“Quel est cette étrange alchimie ?” Se dit le colosse en penchant la tête sur le côté. “Il faut être fou pour gâcher son eau ainsi !”
Le vieil homme au sourcil bien plus garnis que sa chevelure trempa soudain un de ces bouts de bois dans les liquides colorés, puis se mit à barbouiller le tissu blanc qui patientait devant lui depuis maintenant quelques minutes. Ses gestes étaient vifs, inconstants. Il semblait dans un état second. Les traits de couleur étaient de plus en plus nombreux, mais ne ressemblaient pour l’instant à rien de concret. Il suspendit soudain son mouvement.
- Vous n’avez jamais vu de peinture, jeune homme ?
Brögd mit un certain temps à comprendre que l’artiste s’adressait à lui. Il pensait jusque là qu’il était possédé ou quelque chose du genre.
- Excusez-moi. Marmonna le guerrier en inclinant la tête.
Il s'apprêtait à partir, mais l’homme le retint d’un geste de la main.
- Restez-donc, vous ne me gênez pas.
- Comme vous voulez.
Le colosse resta donc à regarder l’addition sulfureuse de toutes ces lignes de couleurs. L’ensemble rappelait maintenant vaguement la devanture qui s’élevait devant les deux voyageurs.
- D’où venez-vous, mon ami ? Finit par demander l’homme sans même tourner la tête.
Brögd ne prit pas la peine de répondre.
- Moi je viens d’une petite ville bien au sud d’ici. Elle s’appelait Saint Bodie. Mais il y a quelques années, elle a était presque entièrement détruite par les flammes. Mon atelier de peinture a était complètement brûlé. Depuis, je voyage. De temps en temps, les hommes puissants font appel à mes services pour essayer de laisser une trace dans l’histoire. Le vieillard toussa quelques instants en suspendant ses gestes. Par exemple, je viens ici pour peindre le nouveau directeur du casino. Il se fait appeler Monsieur Riddle, mais selon les rumeurs, il viendrait d’un tout petit village très au Sud d’ici. Encore plus que Saint Bodie.
- Au sud, vous avez dit ? S’étonna son interlocuteur en étirant ses muscles endolories par le voyage.
- Enfin bon, de toute façon tous les directeurs de ce casino se font appeler Riddle.
- Vous avez dit qu’il venait du Sud, c’est bien ça ?
- J’ai hâte de voir à quoi il ressemble ! De tous les hommes dont j’ai peint le portrait, les directeurs de ce casino sont des plus originaux !
Brögd remit son sac dans son dos et se dirigea vers l’escalier de marbre. Lasse, il fit un discret signe de la main à l’artiste, qui ne se rendit même pas compte qu’il était partit. Cet homme était de toute façon trop occupé à peindre et à monologuer pour lui répondre.
Une bonne minute plus tard, le géant arriva devant deux immenses portes d’un bois soigneusement huilé. Les deux portiers s’empressèrent d'entrouvrir les deux battants jusqu’à ce qu’il ai juste la place à entrer. Il arriva dans un nouveau monde. Autour de lui n’était qu’agitation, vice, argent sale et brouhaha. Il n’était que dans le hall, mais celui-ci était encombré de tellement de monde que le colosse se sentait à l’étroit. Ici se croisaient ceux que le casino avait rendu riche, ceux qu’il avait mis sur la paille et ceux qui venaient tenter leurs chances. Autour de ces hommes, des prêteurs intallaient leurs stands sur chaque centimètre de terrain libre. D’un côté ils prêtaient de l’argent à ceux qui entraient, de l’autre ils récupéraient leur dut des vainqueurs et des vaincus, la boucle était bouclée.
Alors que Brögd allait se diriger vers les salles de jeux pour chercher des informateurs, il remarqua un mouvement de foule. Intrigué, il s’approcha d’une sorte de petite scène sombre. Soudain, la lumière s’alluma sur un homme de taille moyenne portant une cape dorée. Il portait également un haut de forme de cuire et des vêtements fait de peau de reptile. Ses chaussures étaient dans un cuire tannée très précieux recouvert d’une peau que le guerrier reconnu en un instant : de la peau humaine.
- Bienvenu à vous, cher joueur ! Moi, Mr. Riddle, directeur du casino Riddle, est honoré de vous accueillir dans le plus bel établissement de tout Neyukisïa ! Vous trouverez ici tout ce qu’il faut pour vous divertire et dans la discrétion la plus total. Il fit un clin d’oeil à la femme qui était au premier rang. Celle-ci rougit immédiatement en posant ses mains sur ses joues. Sur ce, que la fortune soit avec vous !
Des soldats sortirent de derrière lui et écartèrent la foule comme on tranche un bout de viande. Ils créèrent une grande allée que le directeur emprunta tranquillement en prenant bien soin de dévisager toutes les femmes présentes. Il s’arrêta mystérieusement à la hauteur de Brögd, qui dépassait la foule d’une tête.
- Gardes ! J’invite cet homme à déjeuner avec moi ! Laissez-le approcher.
Sans comprendre ce qui se passait, Brögd se retrouva dans l’allé de soldat à suivre cet énigmatique régent. Celui-ci marcha tranquillement jusqu’à un couloir en continuant son numéro, jusqu’à ce que le bruit particulier d’une porte qu’on verrouille se fasse entendre. Il retira aussitôt sa cape et son haut de forme en soufflant.
- Trente secondes de plus et j’étais cuit. Je ne peux décidément pas supporter la foule. Lâcha-t-il en faisant craquer sa nuque. C’est bien toi Brögd, n’est-ce pas ?
- En effet.
- Tu ne me reconnais pas ?
Le colosse ne répondit-pas.
- C’est moi, Magata !
- Tu as beaucoup changé. Répondit son interlocuteur sans conviction.
- Le costume y est pour beaucoup. Mais tu as bien plus changé que moi ! La dernière fois qu’on s’est vu, nous faisions la même taille !
- Possible.
Les deux amis montèrent l’escalier qui apparaissait devant eux avant d’arriver devant une porte plaqué or. D’un geste de la main, magata fit signe au titan de le laisser faire. Il saisit la petite poignée de cuivre et la tira vers le haut avant de la pousser dans la porte. L’éblouissante issue s’ouvrit soudain dans un petit grincement de porte bien huilé.
- Si on n’ouvre pas correctement la porte, le système de sécurité s’active et on finit découpé en morceaux dans les sous-sols. Et je ne le conseil à personne de vivant, c’est pire que l’enfer là dessous ! Expliqua l’homme en se grattant la tête. Après toi.
Il laissa l’honneur à son invité de pénétrer dans la partie privé du casino : les bureaux personnels du grand patron. Comme il pouvait s’y attendre, tout était décoré avec goût. Des couleurs chaudes mêlées de marbre rafraîchissant permettaient de rendre cet espace très agréable. Brögd remarqua soudain une présence féminine, puis il aperçut une bonne dizaine de femmes installées sur les multiples sofa de l’espace. Si elles étaient toutes plutôt dévêtues, certaines exhibaient sans le moindre gène leur poitrine, voir tout leur corps. Parfaitement à l’aise dans cet environnement, Magata se promena parmi toutes ces créatures, en effleurant certaines de temps à autres. Si Brögd ne fut pas troublé par toutes ces femmes et leurs tenues volatiles, il s’étonna de la présence parmi elle de femme-animal, notamment des femmes félines. Leurs attributs pour le moins inhabituel ne pouvaient qu’accentuer leurs beautés, déjà presque surnaturel.
- Dit-moi si mes compagnes te gênent, je les renverrais dans leurs appartements.
- Tu es toujours aussi bien accompagné. Commenta Brögd sans prendre la peine de répondre. Il connaissait son ami et il avait déjà eut l’occasion de voir ce genre de scène.
- Que veux-tu, il semblerait que j’attire naturellement les plus belles créatures de ce monde ! Il pointa du doigt deux sofas installés l’un en face de l’autre. Que dirais-tu de t'asseoir pour discuter ? Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas vu, que tu dois avoir des dizaines d’histoires à me raconter !
A peine eut-il finit sa phrase qu’il s’affala de tout son poids dans le récamier bordeau. Tandi que le guerrier s’asseyait en face de son hôte, une jeune femme-chat rejoignit Magata. Celui-ci corrigea sa position pour lui permettre de se blottir contre lui. Il se pencha ensuite pour l’embrasser avec de se relever en laissant machinalement ses mains caresser cette impertinente créature.
- Alors, que fais-tu dans le coin ? Demanda machinalement le régent.
- J’ai entendu parler de cet endroit comme une plateforme d’échange d’information.
- Je vois… Tu cherches quelque chose en particulier ? Un homme que tu veux retrouver ?
Brögd secoua la tête.
- Tu cherches un moyen de gagner de l’argent rapidement ? Ce n’est pas les moyens qui manque ici.
Une fois de plus, son interlocuteur fit signe que non. Avant que le jeune patron ne se casse plus la tête, le guerrier saisit son sac et en sortie une masse de cuire et d’étoffes vaguement sphérique. Il la posa à côté de lui et retira avec précaution le tissue qui entourait ce fameux objet. Quand Magata comprit enfin ce dont il s’agissait, il blanchie et manqua de s'étouffer. La chevelure de la jeune femme lové contre lui se dressa, surement parce que son amant venait de crisper ses mains d’une façon incontrôlée contre sa mince poitrine.
- C’est… C’est bien l’orbe d’Hortti ?
Le colosse acquiesça d’une signe de la tête.
- Où l’a tu trouvés ?! Demanda le don juan en planta son regard dans les yeux de son ami.
- J’ai tué un dragon dans les montagnes, à l’Ouest.
- Passionnant ! Ces créatures sont si rare ! J’aimerais tellement en avoir !
- Je crains que ce soit compliqué.
D’un geste désolé, Brögd tira son arme et la montra à son ami. Plus de la moitié de l’arme avait maintenant disparu et ce qu’il en restait s’effritait instant après instant.
- Je vois… Dommage. Concéda le jeune homme en s'intéressant de nouveau à l’orbe.
- Que vas-tu en faire ? Tu as l’intention de chercher les objets de la légende pour devenir le roi de ce désert ?
- Non. Obtenir un tel pouvoir ne m’intéresse pas.
- Tu veux la vendre alors ? Tu en tirerais surement de quoi vivre correctement jusqu’à la fin de tes jours !
- Je ne veux pas la vendre non plus.
- Tu es toujours aussi compliqué mon cher ! Rassure-moi, tu ne comptes pas t’en servir pour affronter des nations aux moins ?
Brögd ne répondit pas et regarda au fond de l’orbe, comme s’il y avait quelque chose à l’intérieure.
- C’est de la folie pure ! Même pour toi, c’est impossible de l’emporter ! Cet orbe te donnera la crédibilité et le droit d’entrer en conflit avec les plus grands, mais ne te garantira pas la victoire.
Le colosse décida une fois de plus de ne pas répondre.
Son interlocuteur soupira en ramenant la jeune fille chat contre lui.
- Depuis mon combat contre le dragon… Le guerrier s’arrêta soudain.
- Continue, l’encouragea Magata en se penchant en avant, intrigué.
- J’ignore pourquoi et comment, mais ma résistance physique à beaucoup augmenté.
“Ce doit être un véritable monstre maintenant !” Se dit le régent en observant son ami de la tête au pied.
- Je suis pas sûr que ce soit suffisant. Il y a beaucoup de véritable monstre dans ce désert et certains sont surement plus fort que toi.
- Possible.
Les deux hommes se jugèrent, le regard planté dans celui de leur interlocuteur. Ils étaient parfaitement immobile, rendant soudain l’ambiance pesante. La jeune prétendante eut beau gesticuler en s’étirant sous les doigts du patron du casino, celui-ci resta fixe tel une statue. Au bout de plusieurs longues minutes, le régent regarda le plafond en soufflant.
- Tu es fatiguant comme type.
Brögd ne répondit pas, mais souria intérieurement.
- Pour fêter nos retrouvails, je vais te donner une information qui pourrait t’intéresser. Mais que l’on soit claire, je te l’offre, mais c’est exceptionnel !
- Bien, je t’écoute.
- Si tu avance d’une centaine de kilomètre vers l’Est, du rentrera dans le territoire d’un nouveau seigneur. Ce seigneur n’est au pouvoir que depuis un an, mais depuis maintenant 1 mois, il provoque les autres seigneurs et enchaîne victoire sur victoire. Ensuite, il prend possession des terres des vaincus et en massacre la population. J’avoue qu’il me préoccupe, car selon mes informateurs, il se dirigerait en direction du casino. Et avec la force armée sous mes ordres, je ne pense pas pouvoir résister plus de 3 jours. De plus, une rumeur circule comme quoi ce seigneur serait en possession d’une arme mystique.
- Merci pour l’information. Conclu le guerrier après avoir réfléchi quelques secondes.
Il se leva, étira ses muscles peu habitué à autant de confort et se dirigea vers la porte.
- Hey, attend ! L'interpella son ami. Ne part pas comme ça, je veux faire un marcher avec toi !
Brögd s’arrêta sans pour autant se retourner.
- Si tu comptes t’occuper de cet affaire, je te propose de te fournir un nouvel équipement en échange. Qu’en dis-tu ?
- J’accepte.
***
Deux semaines plus tard, à environ 60 kilomètres du casino Riffle en direction de l’Est, un homme observe un petit village. Les quelques bâtisses qui le compose et ses habitants semblent survivre de la cueillette et des maigres récoltes faites grâce à un semblant d’agriculture. Le nombre d’habitant ne devait pas excéder cinquante.
L’homme, un officier du royaume de Ugrin, commandait une bonne trentaine de soldats, tous armé jusqu’aux dents. Il se tourna vers ses hommes, rangé en cinq lignes de six.
- Soldat, pas de quartier ! Vous connaissez les ordres. On tue les hommes, les femmes, les enfants, les animaux, on récupère tous les objets de valeurs et on crame tout ! Compris ?!
- Oui, chef ! beuglèrent les hommes en bombant le torse.
- Bien, alors en avant marche !
- Oui, chef !
Dans le seconde, les hommes d’armes se mirent en marche, droit vers le village. Les habitants, occupé à leurs occupations quotidienne, ne firent pas attention à un bataillon de plus qui traversait leur village. Il n’était pas rare que des corps armés s’arrête chez eux pour se reposer du long voyage qu’ils avaient fait. Ces rencontres étaient très souvent agréable pour les deux parties.
Mais cette fois c’était différent. L'officier qui ouvrait la marche s’approcha d’un homme visiblement carpentier.
- Excusez-moi ? L'interpella-t-il.
- Oui, qu’est-ce que je peut faire pour vous ? Demanda poliment l’homme en s’approchant.
D’un geste brusque, le guerrier sorti son épée et ouvrit l’homme du ventre jusqu’à la gorge. Celui-ci fit d’abord un pas de recule, puis un jet de sang éclaboussa l’homme d’arme. Enfin, le pauvre carpentier s’écroula, déversant la totalité de son liquide vital sur le sol. Les passants jusque là figés se mirent à hurler en fuyant.
- Exterminez-les !! Hurla le jeune responsable, un sourir béant arrosant son visage de la furie destructrice.
Aussitôt, ses hommes s’éxécutèrent, courant après chaque être humain qu’ils voyaient, tel un simple prédateur après une proie. Parmi ces hommes, certains n’étaient que des jeunes recrus. Ne supportant pas la vue de l’horreur, quelques-uns sombraient dans une folie meurtrière qui les poussait à s’acharner encore et encore sur de pauvres cadavres déjà sans vie depuis longtemps. Ils faisaient preuve d’imagination pour les mutiler, les écorcher, étaler leurs viscères, le tout sous des rires infernaux digne de démons.
Dans la petite rue principale, il n’y avait plus rien de réel. Tous avaient quitté la réalité pour s’approcher petit à petit d’un enfer augmenté. Le sentier qui faisait autrefois la fierté du village devint petit à petit rouge vif.
A l’extrémité du village, une femme courait droit vers le désert, poursuivie par trois hommes. Elle tenait dans ses bras son enfant, prête à tout pour le sauver. Mais la sous-nutrition bridait ses forces. Elle fut très vite à bout et trébuchant sur une pierre, la pauvre femme se retrouva à rouler par terre.
- Pitié, tuez-moi, mais épargnez mon enfant !! Supplia-t-elle, totalement paniquée.
Des larmes mélangées au sang coulaient le long de son visage, tachant sa peau mate et ses cheveux clairs.
- Tu connais les ordres, ma belle ! Déclara le soldat en exhibant un sourir sadique.
Un de ses collègues donna un violent coup de pied dans sa faible victime, provoquant l'hilarité du groupe et les plaintes douloureuses de la jeune femme.
- Tu penses vraiment qu’il suffit de chialer pour qu’on t’épargne, pauvre conne ?
L’homme d’arme pointa sa lance vers le chemisier de la mère de famille qui tentait vainement de cacher son enfant derrière son dos. Retenant des larmes de rage et de honte, la jeune femme dégrafa son vêtement et laissa aux trois hommes en face d’elle le plaisir d’observer ses formes intimes. D’abord surpris, ceux-ci éclatèrent de rire.
- Elle est vraiment trop conne ! S’écria l’un d’eux en agitant son épée.
Il fit un pas vers la jeune victime et fit fondre sa lame en direction du cou de la jeune femme. Instinctivement, celle-ci ferma les yeux, attendant sa mort.
Un bruit sourd retentit, suivi d’un hurlement.
- Enfoiré ! Hurla le soldat à la lance.
Le trio n’avaient pas vu que pendant leur altercation, un homme venait d’arriver au village. Celui-ci venait de trancher les deux bras de l’épéiste d’un seul coup d’une épée surdimensionné.
Tandi que le blessé hurlait toujours en regardant son sang s’écouler vers le sol, les deux autres resserrèrent leurs prises sur leurs armes et fondirent vers le nouveau venu.
D’un seul coup de sa nouvelle arme, le colosse trancha les deux soldats ainsi que leurs armes et leurs équipements. Les deux cadavres éparpillèrent une quantité de sang impressionnante qui ne tarda pas à recouvrir la scène. Dans un dernier hurlement de folie, le troisième homme tomba face contre terre, éclaboussant la femme du sang de ses camarades.
Le guerrier contempla la scène un instant avant de s’approcher de la mère de famille. Instinctivement, celle-ci se précipita vers son enfant pour le protéger. Mais l’homme n’en fit rien, il se pencha vers le sol, récupéra le chemisier maintenant imbibé de sang, l’essora et le tendit à la jeune femme, dont la poitrine était couverte de gerbes rouges.
- Désolé pour tout ça. Dit-il simplement en tournant les talons.
A la fois surprise et rassurée, la femme jeta un oeil à son sauveur avant qu’il ne se perde dans les méandres sanglant du village.
- Comment vous vous appelez ? Bégaya-t-elle, encore tremblante.
- Brögd. Répondit le guerrier avant de s’enfoncer dans le première rue.
Là, il tomba nez à nez avec plusieurs soldats qui se jetèrent sur lui sans réfléchir. Instinctivement, le guerrier abattit son arme flambant neuve. Un instant plus tard, les hommes tombèrent sur le sol, tranchés en deux. Quelques villageois l’observaient en tremblant, ne sachant s’ils devaient l’acclamer ou en avoir peur. Ils prirent leur décision la seconde suivante, quand une lance surgit soudain du ventre de l’homme. Un des hommes du royaume d’Ugrin avait projeté son arme en plein dans le dos du colosse. Mais ce n’était pas ceci qui effraya les autochtones, mais le fait qu’il se contente de retirer l’arme de son corps en grimaçant avant de retourner se battre. Le jeune soldat s’était approcher pour achever son adversaire, mais il ne s’attendait pas à le voir guérir. Il passa l’arme à gauche avant de comprendre ce qui se passait, la cage thoracique broyé par un des formidables coups du gauche de son adversaire.
- Comme à l'entraînement ! Hurla l’officier en s’éloignant le plus possible de la zone de combat.
Brögd remarqua qu’il était maintenant entouré d’une bonne quinzaine d’épéiste et de lancier. Ceux qui restaient devaient être occupé à exterminer la population. Le voyageur allait se préparer à être attaqué, mais il eut la surprise de voir ses adversaires tourner les talons et prendre leurs jambes à leurs cous. Sans réfléchir, il assura sa prise sur son arme et leur couru après à travers les quelques ruelles du village. Mais au détour d’une intersection, il sentit un violent choc dans son dos. Il avait l’impression d’avoir reçu une volée de flèche, mais il eut beau passer sa main sur ses muscles saillants, ses doigts n’effleuraient que du sang.
“Qu’est-ce qui se passe ? J’y comprend plus rien.”
Il vit soudain une pierre tomber de la maison qu’il longeait depuis une petite dizaine de pas. Il releva la tête et aperçut un homme perché sur le toit.
- Je t’ai eut sal monstre ! S’écria l’homme en fanfaronnant. J’étais dans la division magique de Neyukisïa avant, tu ne feras jamais le poids contre moi !
Comme pour appuyer ses propos, le mage tendit sa main vers son adversaire. Aussitôt, des flèches formées de vent se matérialisèrent avant de fondre sur le guerrier. Celui-ci fit pivoter la jambe et put placer son bras entre la magie et son corps. Il savait pouvoir bloquer l’attaque, mais il ne s’attendait pas à une telle douleur. Son sang ruisselait sur le sol, provenant de son dos encore en cours de cicatrisation et de son bras où les flèches de vent s’étaient enfoncées de deux bon centimètres dans la chaire.
- Bon sang ! Jura Brögd en serrant les dents pendant qu’une fine fumée s’échappait de son membre meurtri.
- Il est temps d’en finir ! Vague de feu meurtrière !
Le magicien tendit son bras et commença à accumuler de l’énergie dans le creu de sa main.
“Merde !”
Une fine sphère se forma jusqu’à atteindre le diamètre d’une pièce de monnaie.
- Adieu ! S’écria le magicien, triomphant.
Il y eut une énorme explosion de lumière.
Quand tous recouvrèrent la vue, Brögd-le-voyageur était toujours debout. Il avait son épée dans la main et la maison à côté de lui n’était plus qu’un tas de gravats enflammé. Alors que le mage pensait l’emporter, le guerrier avait profité d’un moment d'inattention pour frapper le mur porteur de la petite bâtisse, qui s’écroula sur elle-même comme un château de carte. Le soldat était sûrement mort écrasé par les décombres. Le colosse pensait avoir quelques instants de répit, mais plusieurs soldats se jetèrent sur lui, toute lame dehors. Ne s’attendant pas à une attaque en embuscade, le combattant ne parvint qu’à tuer un des assaillants. La douleur se mit de nouveau à assouvir son corps. Trois épées et une lances transperçaient son corps de part en part, lui donnant une vague ressemblance avec un porc-épic.
- Magne-toi de crever enfoiré !! S’écria l’un des soldats, très vite imité par ses compagnons.
Aucun ne comprenaient la raison du stoïcisme de leur adversaire. Pourtant, cela aurait sans aucun doute prolongé leur vie. D’un geste froid et palpitant, Brögd prit entre ses mains les têtes de deux de ses agresseurs. Il contracta ses pectoraux d’un seul coup et avec une puissance effroyable, fracassa les deux crânes comme s’il s’agissait de vulgaires oeufs. Les deux soldats s’écroulèrent, une bouilli de sang et de cervelle s’échappant d’un morceau de métal poussiéreux et tordu en guise de boîte crânienne. Les trois autres restèrent pétrifié devant ce qu’ils venaient de voir. Ils n’avaient jamais cotoyé la mort d’aussi prêt. Avant qu’ils n’aient pus faire le moindre mouvement, Brögd arracha les armes qui le transperçaient et contre-attaqua. Il brisa les cervical du premier d’un coup de poing, son cou n’ayant réussi à encaisser l’impact. Alors que les deux derniers se remettaient à peine du choc, il saisit un énorme pan de bois qui servait autrefois comme charpente et l’abattit sans ménagement sur les deux hommes. Ceux ci furent projetés contre le baraquement d’en face où ils s’écrasèrent dans un craquement sonor. Il était peu probable qu’ils aient survécu.
L’homme profita des quelques instants de répit qui lui étaient donnés pour souffler. Si les attaques qu’il avait essuyé n’étaient pas mortels, elles restaient très éprouvante. Le guerrier avait beau résister, il ressentait la douleur comme tout le monde. Dès qu’il eut repris son souffle, il fit craquer ses épaules, rangea son épée dans son dos et repartit en direction de la rue principale. Là, il tomba sur une petite dizaine de soldats, essoufflés et couvert de sang. Leur chef, reconnaissable à son uniforme cintré et à la médaille qu’il arborait, maintenait une dague contre la joue d’une jeune adolescente.
- Jette tes armes ou je bute la gamine ! Hurla l’officier au bord de l'hystérie en appuyant brutalement sa lame contre la jugulaire de la jeune fille.
Celle-ci était couverte de sang. Sa fine tunique déchiré ne tenait sur son corps frêle que grâce au sang et aux larmes qui avaient ruisselées dessus. Le tissu collait le corps de l'adolescente, dévoilant ses formes et son intimité. Elle était tremblante et la ligne transparente coulant le long de sa jambe indiquait que la peur la prenait au cou. Brögd eut pitié de cette jeune fille. Il saisit son épée et d’un geste froid, il la planta dans le sol de trois bonnes mains.
- Parfais… Murmura l’officier en reculant d’un pas. A l’attaque !
Pensant pouvoir l’emporter, les quelques Ugrinois restant fondirent vers le colosse, toute lame dehors. Le plus rapide voulu porter un coup à l’estomac du voyageur, mais celui-ci saisi la double lame d’une main avant de faire pivoter son adversaire d’un habile jeux de jambe. Avant de comprendre quoi que ce soit, l’attaquant s’était retrouvé à terre et sans arme. Il allait se relever, mais son adversaire ne lui en laissa pas l’occasion. Du tranchant de la main, le colosse brisa les cervicales du jeune assaillant qui trépassa dans l’instant. Les autres soldats voulurent soudain faire demi tour, comprenant leur erreur, mais il était trop tard. Tandi que certains se jetaient au combat avec l’énergie du desespoire, d’autres fuyaient à toutes jambes en pleurant, affolés par la peur de mourir. Emporté par son élan destructeur, Brögd attrapa son épée, la retira du sol et la souleva de façon à positionner la pointe vers le ciel.
- Prenez-ça !
L’homme contracta tous les muscles de son corps. Une puissance phénoménal se dégagea alors de lui. A cet instant, tous comprirent que leur vie était terminé. Le guerrier abattit son arme verticalement, créant par causalité un puissant vent tranchant qui parcourra toute la rue. En un instant, les soldats étaient passé d’homme bien portant à tas informe de viande humaine, recouvrant le sol de leur liquide interne et de leurs viscères. L’attaque avait était si puissante que les bâtiments des alentours étaient maintenant couvert de craquelures. L’officier, dernier survivant de cette hécatombe, tomba à la renverse en pleurant.
- Sal monstre, ne t’approche pas !
Perdant tous ses moyens, il se cacha derrière la jeune fille à demi-dénudée en tremblant.
Brögd s’approcha doucement, sous les yeux attentifs des quelques villageois ayant survécus à la rixe du royaume de Ugrin. Ses pas éclaboussaient ses jambes du sang de la chaire à canon de ce nouvel empire. Il arriva à la hauteur de son dernier adversaire et se pencha vers lui. Doucement, il plaça sa main contre la tête de la jeune adolescente prête à tourner de l’oeil avant de saisir la tête de l’officier de sa main droite.
- Pitié, ne me tue pas !! S'égosilla inutilement l’homme en urinant de peur. Il n’était pas prêt à mourir et c’est ce qui faisait la différence entre une mort digne et une mort inutile. D’un geste brusque, son bourreau précipita la tête du malheureux contre le sol, provoquant une explosion du crâne ainsi qu’un jaillissement de sang et de cervel qui vint salire le dos de la fille qui venait de frôler la mort. Celle-ci voulut hurler, mais le son resta coincé dans le fond de sa gorge. Se décidant de mettre fin à son calvaire, son sauveur prit l’adolescente dans ses bras et la porta jusqu’aux survivants. Toujours tremblante, la pauvre demoiselle serra sa poitrine dénudée contre le torse aux muscles noueux de son porteur. Être collé au corsage naissant d’une jeune villageoise aurait fait de l’effet à n’importe quel homme, mais Brögd, insensible depuis toujours aux charmes extérieurs, n’y prêta même pas attention. Il arriva vers les habitants et déposa sa passagère dans les bras du premier venu, un homme courbé en deux qui semblait être le plus agée des survivants. Une fois sa livraison accomplit, il fit un pas de recule et contempla les survivants. Sur la cinquantaine d’âmes que contenait ce village, seule une petite dizaine avaient survécu. Parmi eux, un homme en robe blanche se comportait d’une étrange façon. Il semblait mal à l’aise depuis qu’il était arrivé. Alors que le guerrier commença à le dévisager, celui-ci leva ses bras vers le ciel, un petit bout de bois blanc dans chaques mains.
- Vas-t'en, démon ! Monstruosité pécheresse, que les dieux te punisse d’être née ! Que le mal qui te ronge te consume dans les flammes de la souffrance et que ton sang impure se répande sur la terre tel une pluie providentiel ! Délira l’homme en fixant désespérément le ciel, cherchant dans l'étouffante étendue blanche un quelconque signe de ses seigneurs.
“Encore un de ces prêtres exorcistes…” Commenta le jeune homme pour lui même en observant la réaction des autres habitants. Si la jeune mère de famille qu’il avait sauvé semblait assez amical à son encontre, les autres étaient plus effrayé que rassuré par sa présence. Dans le fond, le héros les comprenait. Non seulement son apparence de géant à la minceur morbide était étonnante, même pour un voyageur, mais sa nouvelle capacité à survivre aux pires attaques faisait de lui quelqu’un de quasiment invisible. Il comprenait finalement les sentiments de ces pauvres gens qui venaient de perdre une bonne partie de leurs familles et de leurs amis.
Après les avoirs observé quelques minutes, le colosse tourna les talons et continua sa route en direction du royaume de Ugrin. Il sentit un réel soulagement provenant des survivants. De son intervention dans ce village, seul subsisterait les morts et les traumatismes. Il en était mélancolique, mais il se rendit fatalement compte que partout où il allait, les gens ne retiendraient de lui que la mort qu’il avait semé. Arrivé à l’extrémité du petit village, Brögd s’apprêta à tourner les talons pour jeter un dernier regards aux habitants quand il remarqua qu’un homme venant droit du désert s’approchait. Aussitôt son corps se raidit. Il le sentait, ce n’était pas qu’un simple voyageur. Ce voyageur avait beau être à plus de cent mètres, une aura tournoyait tout autour de lui. Êtes-ce de la puissance ? Brögd n’arrivait pas à juger précisément la force du nouvel arrivant. Au cours de sa vie, il avait pourtant rencontré et affronté un grand nombre d’adversaire. Jusqu’à maintenant, il avait su quelle différence le séparait de son adversaire, qu’il ait l’avantage ou non. Mais en ce jour, c’était très différent. Cet homme respirait la confiance en soit et la force. Sa silhouette se précisa petit à petit, transperçant le sable soulevé par le vent, le soleil et la chaleur comme si ce n’était qu’une simple brindille qu’on pouvait écraser à jamais d’un seul pas. A son allure, il arriverait au village d’ici une à deux minutes. Le guerrier profita de ce court lapse de temps pour observer le voyageur dans ses moindres détails. Il était, lui semble-t-il, un peu plus petit que lui, mais il était bien plus musclé. Alors que Brögd se dissocier par sa maigreure et la protection de cuire qui recouvrait son bras gauche, l’homme semblait se présenter par sa musculature parfaitement sculpté de façon à obtenir l’équilibre ultime entre la puissance et la vitesse. Il portait une courte tignasse noire que le sable n’avait pas épargné. Il avait une trace de brûlure qui partait de sa joue pour descendre jusque sous la tunique marron qui protégeait son corps du soleil. Malgré tout ça, ce qui impressionna le plus le-chasseur-de-dragon fut l’épée que l’arrivant transportait dans son dos. Si ces dimensions étaient relativement proche de son arme, il s’échappait de cette lame une puissance inexplicable. Pour la première fois depuis des années, Brögd eut des frissons. Cette épée n’était pas une simple arme, il en était certain. Il était sur le point de sombrer dans les méandres de son imagination quand il se rendit compte que l’homme s’était arrêté à quelques mètres de lui. Il le fixait, les pieds fichés dans le sol, tel une majestueuse statue. Leurs regards se croisèrent et à cet instants ils surent. Peu importe ce qui se passerait, ils étaient destinés à combattre l’un contre l’autre.
La scène était gravée dans le temps. Seul le sable porté par le vent était encore en mesure de bouger.
Tout de fois, l’étranger décida de briser le silence.
- Quel est ton nom, voyageur ?
- On me nomme Brögd. Répondit le guerrier après avoir hésité à répondre pendant quelques secondes.
- Si tu es toujours vivant, c’est que les hommes qui sont venues ici ont échoué, j’imagine.
Le jeune homme hocha la tête.
- Je vois. Es-tu celui qui les as vaincu ?
- C’est exacte. Je les ais tous tué. Jusqu’au dernier.
- Etonnant ! S’écria le voyageur en souriant. Que dirais-tu de tester ta force contre moi ? Proposa l’homme en saisissant la poignée de son arme de sa main droite.
Pour tout réponse, Brögd dégaina l’épée de type claymore qu’il transportait dans son dos et se mit en position de combat, prêt à en découdre.
- Tu m’en vois ravis !
Le jeune guerrier s’attendait à se retrouver face à un adversaire de talent, mais il n’imaginait pas qu’on pouvait le surclasser avec autant de facilité. Alors qu’il était déjà en garde, son adversaire dégaina son énorme épée d’une seule main, fondit vers lui et lui assena un coup d’une telle puissance qu’il se retrouva projeté dans un des baraquements. La bicoque miteuse s’écroula aussitôt, recouvrant de décombres le colosse.
- C’est déjà fini ? Ricana l’étrange voyageur en déposant sa large lame sur son épaule. Un petit effort, voyon !
Le bâtiment en face de lui se mit à gronder. L’instant suivant, Brögd s’en échappa après avoir détruit une bonne partie des décombres d’un grand coup d’épée. Il remarqua du coin de l’oeil que les quelques villageois survivants avaient accouru en entendant le combat. Il n’eut pourtant le loisir d’analyser leurs réactions, car son adversaire fondit sur lui aussitôt. Il voulut profiter de l’élan que ce dernier avait prit pour le prendre à revers, mais les choses ne se passèrent pas comme prévu. Avant de comprendre ce qui s’était passé, l'étranger s’était retrouvé dans son dos, tandi que lui sentait une violente douleur secouer son poitrail et son épaule. Il n’avait pas baissé sa garde, mais son adversaire lui était suffisamment supérieur pour passer outre sans qu’il ne puisse ne serait-ce que réagir. Il gramassa pendant que la longue rainure de sang se refermait en émettant une fine fumée blanche.
- Quel pouvoir peu commun. Commenta l’assaillant en observant sa victime. Tu es décidément un adversaire intéressant.
Brögd aurait aimé répliquer, mais il était bien trop essoufflé pour en prendre le temps. S’il ne se battait pas mieux que ça, il allait mourir.
- Bon, maintenant essaie de survivre à ça !
L’étranger saisit son épée à deux mains et se mit à courir à une vitesse impressionnante vers le jeune homme. Sa lame, pourtant surdimensionné, sciait l’air avec une facilité surnaturelle. Devinant le type d’attaque, le colosse saisit son arme comme un pieux et l’enfonça profondément dans le sol. Il n’eut même pas le temps de vérifier la position de son adversaire quand il ressentit la puissance de l’impacte dans tout son corps. Sous ses pieds, le sol craquela avant de céder à cause de l’incroyable force auquel il était soumis. Si la lame de la Claymore bloqua l’épée adverse, l’impacte avait suffi à faire reculer le-chasseur-de-dragon d’une petite dizaine de mètres, malgré le fait que son épée n’est pas quitté le sol. S’il avait réagi un instant plus tard, il aurait été tué sur le coup, une bonne partie du buste arraché par cette frappe. Mais il n’eut pas le temps de se reposer, car son adversaire n’était déjà plus qu’à quelques mètres. N’écoutant que son courage, Brögd retira son arme du sol et se jeta contre l’homme. Les deux lames s’entrechoquèrent violemment, au point de provoquer des gerbes d’étincelles qui aveuglaient pour un instant les deux combattants. Profitant de son habitude à ce genre de phénomène, le possesseur de l’orbe de Horti se mit à attaquer de toutes ses forces, ne laissant pas un instant de répit à son surpuissant adversaire. Il devait l’atteindre coûte que coûte et c’est dans cette optique qu’il multipliait ses attaques, frappant dans tous les sens. Il connaissait ses capacités et savait qu’il lui suffirait de toucher son adversaire une seule fois pour le mettre en difficulté. Pour la première fois, l’arrivant semblait être en difficulté, bien qu’il paraît chaque coup sans jamais se laisser déborder par la force pourtant impressionnante de son jeune adversaire.
“Maintenant !” Se fit Brögd pour lui-même, après avoir suffisamment frappé son adversaire pour le mettre dans la position qu’il attendait. D’un geste sagement exécuté, le guerrier commença à amorcer une offensive ayant pour objectif la tête de son adversaire. Celui-ci amena sa lame au devant de son crâne à une vitesse toujours aussi déconcertante, mais son jeune ennemi avait anticipé cet action et entreprit aussitôt de changer d’action. Il tira brusquement son arme surdimensionné vers lui et amorça une rotation tout en faisant un pas vers le flanc de l’inconnu. Malgré sa vitesse et sa force, l’étranger ne put rien faire face à un adversaire déjà placé. Mais tandi que Brögd emmenait sa lame à la rencontre de la chaire de son formidable antagoniste, il remarqua que celui-ci avait les yeux braqués sur lui. Alors, il comprit.
Cette scène n’avait duré qu’un instant. Au cours de cette échange et pour la première et dernière fois de ce combat, Brögd avait blessé son adversaire. Tout de fois, celui-ci se releva aussitôt, une légère égratignure parcourant son flanc droit. Alors que le colosse avait mis toute sa force dans cette attaque, celle-ci avait à peine déchiré les vêtements de l’énigmatique inconnu.
- Je tiens à te féliciter ! S’écria l’inconnu, souriant. Cela faisait des années que personne ne m’avait blessé. Mais maintenant je vais devoir passer aux choses sérieuses.
A partir de cette instant, Brögd ne fut plus en mesure de saisir un seul des mouvement de l’homme qu’il combattait. Il avait beau agiter son arme dans tous les sens en espérant atteindre sa cible par un heureux hasard, les coups pleuvaient. A chaque instant, son corps était à nouveau meurtrit. Dès qu’il posait les yeux sur son corps, il ne voyait que du sang et une fine vapeur blanche omniprésente au niveau de ses blessures. Mais alors qu’il commençait à penser qu’il lui restait une once d’espoire, il sentit son long et mince corps devenir étrangement lourd. Autour de lui, tout s’assombrit. Il commença à vaciller. Il remarqua alors que devant ses yeux, seuls dansaient les jets de son propre sang, dont l’extraction brutale ne lui semblait même plus douloureuse. Sans comprendre ce qui lui arrivait, Brögd s’écrasa face contre sol, colorant à son tour ce dernier de son sang.
Debout face à sa carcasse inanimé, l’inconnu le jugea d’un oeil mêlant le respect et la déception.
- Ainsi il y avait bien une limite à ton pouvoir.
Il remarqua alors le sac de cuire qui était toujours accroché au dos de l’homme qu’il venait de vaincre. Un objet venait d’attirer son attention : un objet à la forme sphérique étonnamment bien emballé.
Pour Brögd, tout était noir. Il émergea quand il sentit une douce chaleur réchauffer son corps meurtrit. Doucement, il ouvrit les yeux. “Rouge” fut le premier mot qui lui vint à l’esprit. Il baignait dans son propre sang. C’était un miracle qu’il ait survécu. Il tenta de se relever, mais ses muscles protestèrent. Refusant d’écouter son corps qui lui indiquait pourtant son effroyable état d’épuisement, il remonta ses bras vers ses épaules et apposa ses mains dans son sang pour prendre appuie. Serrant les dents à cause de la douleur qui remuait tout son organisme, il parvint enfin à se tenir sur ses bras pour observer ce qui s’était passé. Se concentrant sur ce qu’il voyait, il vit d’abord du feu. Puis tout se fit plus net et il discerna ce qu’il avait devant les yeux. Devant ses orbites fatigués dansaient les flammes allumées sur les maisons du village. Toutes les habitations étaient détruites et en feu. Se souvenant soudain d’un détail, il regarda autour de lui en tournant doucement la tête. Ses cervicales lui faisaient mal comme si elles étaient rouillées. Il finit par tomber sur ce qu’il cherchait. A quelques mètres de lui, quelqu’un avait posé son sac de cuire. Au vue de sa forme, celui-ci avait été vidé de son précieux contenu. Brögd se serait douté de ce fait, mais c’est ce qu’il vit accroché à son sac qui le bouleversa. Il reconnut à son corps frêle et dénudée l’adolescente qu’il avait sauvé plus tôt dans la journée. Mais ce qui acheva cet homme pourtant habitué aux massacres fut le troue béant que cette jeune fille présentait maintenant à la place de sa tête. Elle avait sans doute cherché à protéger les affaires de son sauveur, mais cette action s’était retrouvé inutile. N’en supportant pas plus, Brögd saida sous la douleur insoutenable. Ses mains glissèrent sur le sang et il se retrouva à nouveau le visage dans la flaque de liquide corporel, inconscient.

***



Une agréable chaleur voyageait dans le corps de Brögd. Il sentit que l’ambiance tamisé n’avait plus rien à voir avec le petit village où il venait de s’effondrer. Sentant le parquet boisé sous ses doigts, il se releva brusquement et ouvrit les yeux.
“Bon sang, je suis où ?”
Une violente douleur secoua brusquement son corps, le forçant à se rallonger. Sa tête tournait et il avait l’impression que des flammes tambourinaient sous sa peau. Une fois sa douleur calmée, il observa doucement ce qu’il y avait autour de lui. Il semblait dans une chambre. Une douce lumière filtré par des murs en papiers jaunies était à l’origine de la douce chaleur qu’il ressentait. Il jeta un oeil sur son corps, malgré tout curieux de voir ce qu’il en restait. Etonnamment, il était toujours entier. Des bandages tachés ça et là de traces noires enserrait ses membres douloureux et endolories pour limiter au maximum ses mouvements. En dehors de ça, il lui semblait être en un seul morceaux. Prudemment, il recula jusqu’à pouvoir s'adosser afin de se tenir assi. Il remarqua alors que son épée était posée contre son dossier improvisé. Elle était couverte de marque et la lame était fissuré sur toute la partie inférieure. Il allait s’en saisir pour constater l’empleure des dégâts quand quelqu’un frappa à la porte. Celle-ci coulissa aussitôt, laissant entrer une jeune femme en kimono coloré investir les lieux.
- Ah, vous êtes enfin réveillé ! J’ai bien cru que vous ne vous réveillerez jamais !
- Où suis-je ? Demanda l’homme en décidant d’ignorer cette tentative de conversation.
- Vous êtes au bordel Sumata dans la capital de Yamatai. Nous vous avons retrouvé par hasard dans les décombres d’un village à une bonne trentaine de kilomètre à l’Est. Vous êtes endormi ici depuis bientôt deux semaines.
- Je vois…
Sans réfléchir, le guerrier voulu se lever, mais la jeune femme intervînt aussitôt en lui faisant signe.
- Ne bougez surtout pas, je reviens !
Elle parti au pas de course et claqua la porte derrière-elle.
“Quel fille énergique…” Commenta le voyageur alité en savourant le calme retrouvé. Cela ne dura pas, car à peine 5 minutes plus tard la porte s’ouvrit à nouveau, laissant entrer une jeune femme. Celle-ci ne portait son kimono coloré que sur une épaule. Ses cheveux blonds étaient parcouru d’une longue rainure rouge sang et étaient coupés court. Malgré sa poitrine rebondie rappelant le fait qu’il s’agissait d’une femme, on sentait un véritable charisme émanant de cette jeune personne.
- ça fait longtemps. Si je n’avais pas vu ton bras gauche, je ne t’aurais jamais reconnu…
Brögd plongea son regard dans celui de son interlocutrice. Il l’avait déjà vu quelque part, mais où ? Il avait beau recroiser toutes les informations qu’il possédait, il n’arrivait pas à savoir qui lui parlait.
- Tu ne me reconnais pas ? Demanda la jeune fille en prenant un air peiné.
- Non.
Elle émit un souffle d’exaspération avant de s'asseoir à côté de son invité.
- Crétin. Pour taper comme une grosse brute tu es très fort, mais dès qu’il faut réfléchir…
- On s’est déjà croisé quelque part ?
- Je sais pas si avoir passé une bonne partie de notre enfance ensemble peut être considéré comme s’être croisé…
Le guerrier posa son menton entre ses doigts musclés et abîmés par les combats et réfléchi. Il tomba soudain à la renverse en manquant de s’étouffer.
- Eldir, c’est toi ?!
- Evidement, gros bêta.
Elle fit un grand sourir à son ami retrouvé. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas était aussi contente.
- Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Magata ne t’a pas dit ?
- Comment tu sais que je suis allé chez lui ? Demanda Brögd, surpris.
- C’est écrit sur tes armes, imbécile.
- Je vois. Et donc, qu’est-ce que tu fais dans le coin ?
- En faite ce serait plutôt à moi de te poser la question… Je suis chez moi ici…
- Tu vis dans un bordel ?
- Mais non ! Je suis chef de la région, crétin ! Je dirige les terres qui vont du casino Riddle au une quinzaine de kilomètres au nord-est d’ici.
- Je vois. Conclu son jeune interlocuteur en reprenant son air impassible.
- Et toi, qu’est-ce que tu faisais dans un village détruit à moitié mort ?
- Je me rendais au royaume d’Ugrin.
Ce fut au tour d’Eldir de tomber des nues.
- Tu es complètement fou ! Ce royaume détruit tout sur son passage depuis des mois ! Depuis son coup d’état, le dirigeant actuel a plus que triplé la surface de son royaume et détruit quatres royaumes. Même mon royaume de Sumata ne ferait pas le poids s’il était attaqué.
- C’est possible.
- Pourquoi tu voulais aller là-bas alors ?
- Pour les arrêter.
- Et tu pensais vraiment pouvoir faire ça tout seul ?! Tu m’étonneras toujours… Souffla la jeune femme en se détendant. Surtout que les choses sont loins d’être calme en ce moment. Depuis quelques semaines, leurs garnisons trainent dans les environs et attaquent souvent les voyageurs. Si il y a le moindre incident un peu plus important qu’un ou deux villages détruits, je serais obligée de leur déclarer la guerre. Mais tu sais quoi ? Je ne pense pas pouvoir l’emporter.
Brögd regarda dans le vague en écoutant son amie. Il était loin de penser que les choses étaient si compliquées. Il se rappela alors de l’homme qui l’avait défié et serra les poings de rage.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- J’ai affronté un homme et j’ai perdu.
- Vu l’état dans lequel tu étais quand tu as été retrouvé, je me doutais. Mais ce qui m’inquiète, c’est que tu as l’air d’être très fort aujourd’hui. Je me demande quel monstre serait assez puissant pour te surpasser.
- Il m’a prit un objet très précieux et je dois le retrouver.
- Quel genre d’objet ?
- Une orbe.
- Pardon ? S’étouffa la jeune chef.
- L’orbe d’Horti.
- Tu… Tu as trouvé l’orbe d’Horti ?! S’écria Eldir, les yeux exorbités. Tous les chasseurs de trésor de ce désert courent après depuis plus de cinquante ans !
- Et je sais où je vais la récupérer.
- Comment tu veux retrouver un homme seul dans tout ce désert ?
- Il est sûrement à la capitale du royaume d’Ugrin.
La jeune femme se frappa le front en soupirant.
- Tu es vraiment désespérant comme garçon.
Brögd décida de ne pas répondre.
- Bon, de toute façon je ne pourrais pas te raisonner. J’imagine que même si je te dis que c’est dangereux, tu iras quand même.
Le guerrier garda le silence une fois de plus, mais sans tout de fois faire quelques signes de démenti.
- J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi entêté que toi. A part peut être Dag, quand il voulait se battre avec quelqu’un.
- As-tu des nouvelles de lui ?
- Pas depuis la dernière fois qu’on s’est vu. Je ne sais même pas s’il est encore de ce monde.
- Je vois.
- Pour en revenir à Ugrin, j’espère que tu es au courant que leur armée est actuellement une des plus puissantes de ce désert. Si attaquer la capitale suffisait pour détruire ce royaume, ça ferait longtemps qu’il serait en pièces.
- Peu importe.
La jeune femme soupira une dernière fois en croisant les bras sur sa généreuse poitrine. Elle se releva et se dirigea vers la porte.
- Tu t’en vas ?
- Oui, j’ai du travail. Repose-toi ici autant que tu veux ! N’hésites pas à demander à l’intendante si tu as besoin de quoi que ce soit.
D’un geste brusque, elle sortit de la pièce avant de claquer la porte. Se rendant soudain compte qu’il était épuisé, le colosse retourna sagement s’allonger avant de s’endormir paisiblement.
Devant ses yeux sans protections, des flammes brûlaient tous sur leurs passages. Devant le jeune homme, des dizaines de corps informes dansaient une gesticulation impropre à la pureté. Parmi ces cadavres bougeant malgré les flammes, le guerrier reconnu certaines de ses connaissances. D’abord, un homme qu’il avait considéré pendant son enfance comme un maître, devenu aujourd’hui un fantôme ensanglanté. Puis d’autres, qu’il avait parfois tué, parfois tenté de sauver. L’un d’eux se tourna soudain vers lui.
- Vengeance… sembla murmurer le spectre couvert de flammes.
Il se dirigea alors vers le jeune homme, qui instinctivement sortit son arme. L’ama informe de chaires carbonisées s’approcha dangereusement de l’homme avant de se jeter sur lui, de plus en plus agressif. Contraint de se défendre, Brögd trancha d’un geste net la tête et le bras gauche de cet esprit. Il pensa pouvoir enfin souffler, mais soudain, tous les spectres se mirent à l’approcher. La peure commença à s’insinuer doucement dans son esprit. Il allait se plonger dans le combat quand l’être qu’il venait d’ouvrir en deux se releva, privé de sa tête et de son bras.
- Vengeance… Sifflèrent les ombres d’un seul souffle.
Brögd voulu reculer, mais la peur l’avait saisie. Des bras rachitiques et rouges sangs avaient jaillis de la terre et le tenaient fermement. Il voulut s’en débarrasser, mais il était déjà trop tard. Il leva ses yeux vers les corps qui se jetaient sur lui pour le dévorer. Parmi eux, il reconnut le visage déformé de certains de ces amis.
Puis plus rien.
Brögd se réveilla brusquement, hors d'haleine. Il était couvert de transpiration.
“C'était un rêve ?”
Il souffla en son fort intérieure. Autour de la chambre, il remarqua que les lampes avaient été allumé. A part des bruits à la moralité plus que louche provenant de la salle d’à côté, tout semblait calme. Trop calme.
Décident prématurément qu’il se sentait mieux, l’homme prit les affaires qu’on lui avait posé à côté de son arme et se vêtit. Il enfila ensuite ses protections habituels avant de ranger son arme bien amochée dans son dos. Il s’étira ensuite, constatent alors que ses muscles étaient encore douloureux. Il décida de faire fie de sa douleur et sortit de la petite chambre. Il tomba sur une magnifique coure intérieure. Autour de lui, des portes semblables à la sienne parcouraient tout le carré de mur. L’une d’elle, entrouverte, laissait les gens de passages découvrir les activités bruyantes de ses occupants. Un peu gêné par ce domaine qu’il connaissait si peu, le colosse se décida à chercher la sortie. Il avait prévu de chercher une auberge où manger et faire le plein de provision avant de reprendre sa longue route. Il se mit donc à essayer les portes une à une. Parfois, il tombait sur des chambres vides, d’autres fois sur des chambres occupées dont les demeurants l’étaient tout autant. Certains se rendait compte de sa présence et s’arrêter en rouspétant, tandi que d’autres continuaient sans la moindre gêne. Après une petite dizaine de tentatives, Brögd tomba enfin sur un couloir. Il le suivit et arriva à la réception. La pièce était déserte. Une épaisse grille de bois séparait le comptoire et les employées des clients. La solide porte qui séparait le monde de la luxure du monde officiel était ouverte et battait au grés du vent. Le guerrier eu un mauvais pressentiment en posant quelques pièces sur le contoire. Il sortit ensuite du bordel de Sumata et se retrouva dans une ville qu’il n’avait encore jamais vu. Les bâtiments de bois polis rendaient la nuit sombre presque lumineuse. L’homme aurait surement apprécié ce paysage s’il n’avait pas sous les yeux la confirmation de son mauvais pressentiment. Deux éléments lui firent retrouver toute sa vigilance. D’abord, les rues étaient toutes désertes. Ensuite, une épaisse fumée noire s’élevait d’un quartier un peu plus au nord-est. Le colosse avait au début du mal à la discerner, mais il entendit une large explosion. Il n’eut alors plus qu’à suivre les hautes flammes qui dévoraient la ville. Pour une raison qu’il ignorait, il pensa à Eldir. Il le savait, ce n’était pas qu’un simple incendie. Il n’attendit pas plus, ressera ses protections et les liens de cuirs qui maintenaient son épée dans son dos, puis se mit à courir en direction des flammes.
Quelques minutes de course solitaire plus tard, alors qu’il avait jusque-là tranché la nuit de sa présence, Brögd se retrouva éblouis par une puissante explosion provoqué juste à côté de lui. Le bâtiment qu’il commençait à longer avait explosé, soufflant tout le bois de la charpente sur le pauvre voyageur.
Quand celui-ci retira les planches à demi brûlées qui le maintenaient jusque là contre le sol, il entra dans un autre monde. Il avait connu nombre de batail, mais encore jamais de ce genre. Eclairé par des torches, une bonne trentaine de soldat tenaient en joux de leurs lances quelques femmes et hommes qui étaient loin d’être armés pour le combat. Quand Brögd reconnu Eldir parmi eux, il cessa de réfléchir. Il arracha le bois qui emprisonnait encore ses jambes et fondit tel une bête sur les soldats. Ceux-ci eurent juste le temps d’apercevoir l’immense épée se refermer sur leurs vies. En un instants, une bonne quinzaine de soldats étaient tombés, tranchés en deux.
- Brögd !! Cria la jeune femme en s’inquiétant pour son ami.
- Foutez le camp ! Je m’occupe d’eux ! Répondit le guerrier en continuant son carnage.
Il fut vite rejoint par quelques membres de l’armée de Sumata, mais ceux-ci ne faisaient pas long feu contre autant d’adversaire. Encore caché dans les sombres rues, les soldats d’Ugrin étaient sûrement des centaines.
L’homme voulait se jeter corps et âme dans la batail, mais avant de pouvoir s’abandonner à une violence infini, il surveilla ses arrières. Dans son dos, Eldir l’observait sans savoir quoi faire. Entouré de ses soldats, elle hésitait entre se mettre à l’abris et soutenir son ami de sa présence.
- Eldir, dégages de là ! Rugie Brögd tout en découpant l’un des soldats verticalement.
- Non, je ne peux …
- Fout le camps je te dis ! Disparais de ma vue !
Entouré par les flammes et les cadavres ensanglantés, la jeune chef prit une décision.
- D’accord. Mais tu as intérêt à survivre, sinon je ne te pardonnerais jamais ! S’écria-t-elle avant de s’enfoncer dans les ruelles, escortée par ses hommes.
Brögd souffla, soulagé. Maintenant, il pouvait laisser libre course à sa rage de vaincre. Il assura sa prise sur son épée et se jeta sans vergogne sur les pauvres assaillants. Certains tentèrent de résister, d’autre de fuir, mais leurs comportement ne changea pas leurs fin. Ses forces décuplées par la rage, Brögd tranchait tout de son épée surdimensionné, aussi bien les armes que les hommes et les bâtiments. En l’espace d’une dizaine de minutes, le puissant guerrier massacra environ une cinquantaine de soldat. C’est quand ceux-ci commencèrent à se faire plus rare qu’il jeta par hasard un regard à la ville qu’il avait traversé plus tôt. Son coeur manqua un battement. Une immense explosion avait eu lieu dans les bas quartier, dans la direction où s’était échappée Eldir.
Après avoir décapité un dernier soldat, le voyageur tourna les talons et se précipita vers les flammes. A peine avait-il fait une centaine de mètre qu’il reçut un flèche dans le dos. Il comprit que la situation était bien plus compliqué qu’il ne le pensait. Cette batail se passait dans une ville, rendant l'annihilation de l’ennemi bien plus compliqué qu’en terrain découvert. Ignorant la douleur, il continua de courir, tuant tous les ennemis qui avaient le malheur de croiser sa course folle. Quelques minutes plus tard, il arriva enfin à l’endroit où avait eu lieu l’explosion. Un bâtiment entier avait explosé, n’en laissant qu’un vulgaire tas de cendre et de planches à demi consumées par les flammes. Au milieu des lames de feu, deux silhouettes se faisaient face. Sans réfléchir, Brögd fondit entre les deux, mais il eut tout juste le temps d’enjamber les décombres pour découvrir qu’il était trop tard.
Ses yeux se posèrent sur un corps qu’il reconnut aussitôt. Eldir était là, dans la dignité de sa fonction. Elle souriait, tandi qu’une longue ligne de sang coula de sa bouche. Une énorme épée traversait son maigre corps, lui transperçant la poitrine. Au bout de cette lame que Brögd ne put que reconnaître, un homme qu’il avait déjà riait doucement. Il tenait son épée d’une main, l’orbe d’Hortti de l’autre.
- Je t’ai eu, maudite femme. Tu sais maintenant ce qu’il en coûte de s’opposer au royaume d’Ugrin.
- ELDIR !! Hurla Brögd en se jetant sur les deux dirigeants.
D’un geste plein de rage, il attrapa l’épaule de son amie d’une main et retira violemment l'immense morceau d’acier qui la transperçait. Celle-ci se contenta de sourir en reconnaissant son ami.
- Brögd… Tu vas bien ? Demanda-t-elle faiblement.
Ses yeux étaient vitreux, tandi que son liquide corporel coulait le long de son opulente poitrine jusqu’à descendre le long de ses jambes et fouler les terres auxquels elle serait liée à jamais.
- Ne parle pas ! Il faut que tu t’en sortes ! Commença à paniquer l’homme.
S’il trouvait rarement son pareil pour se battre, il était très loin d’être un expert en médecine. Sans réfléchir, il arracha le tissu râpeux qui lui servait de chemise et l’enroula autour du corps de la jeune fille.
- J’ai été heureuse de te revoir… Une dernière fois.
- Dit pas de connerie ! Tu vas t’en tirer !
Le colosse avait beau dire, sa chemise était déjà imbibée de sang et ne suffisait plus à stopper l'hémorragie.
- J’ai passé les plus belles années de ma vie avec toi...
Maintenant complètement paniqué, Brögd réfléchissait à toute vitesse. De grosses goutes de sueurs coulaient le long de son front.
- J’aurais tellement aimée que les autres soit là…
- Tais-toi donc ! Il faut que tu t’en sortes ! Pense à ton pays !
Dans un dernier flot de vie, Eldir souleva sa fine main et la pausa sur celle de son ami. Sans réfléchir, celui-ci la colla contre son corps et la serra contre son buste massif.
- Je part comblée. Merci.
Souffla-t-elle doucement. Une dernière fois.
L’instant suivant, sa tête se posa délicatement contre l’épaule noueuse de son ami.
- ELDIIIIIIIIRRR !! NOOOOON !
Cria l’homme en la serrant contre lui. Des larmes de douleurs coulèrent le long de ses joues avant d'humidifier le corps ensanglanté de la jeune dirigeante.
Au bout de quelques minutes, Brögd déposa le corps d’Eldir sur le sol en prenant soin de lui fermer les yeux et de recouvrir son corps à demi-dénudé. Il se tourna vers l’homme qui venait de tuer son amie et saisit son épée.
- Toi… Tu vas me le payer !
Brögd banda tous ses muscles et se jeta tel une bête enragé sur son adversaire. Celui-ci se contenta de parer le coup d’un simple revers de lame avant de contre attaquer. D’un unique grand coup de pied, le meurtrier projeta le puissant guerrier une bonne dizaine de mètres plus loin, en plein dans un tas de gravats enflammé. Les flammes furent soufflées par l’impact du colosse, mais celui-ci dut tout de fois supporter l'atroce brûlure en plus de la blessure. En effet, le coup de pied qu’il avait reçu lui avait à moitié enfoncé la cage thoracique, rendant sa respiration difficile et extrêmement douloureuse, ce qui l'empêcha de s'évanouit. Incapable de bouger, il contempla son adversaire, triomphant, s’approcher de lui. Il semblait prendre un malin plaisir à exhiber les attributs légendaires devant l’ancien possesseur de l’un d’eux.
Alors que Brögd faisait un effort surhumain pour essayer de se redresser pour se battre,le chef du royaume d’Ugrin s’approcha de lui et lui enfonça l’épaules dans les braises du pied, le maintenant ainsi en place. Le guerrier serra les dents, refusant de laisser à son adversaire le spectacle de sa douleure.
- Ecoute-moi bien, Brögd-le-chasseur-de-dragon. D’ici 3 lunes la porte Est de ma capitale ne sera gardé que par un homme. Si tu le bat, tu pourras te venger et récupérer l’orbe. Chuchota l’homme avant de reculer et de tourner les talons.
- Tout du moins, tu pourras tenter ta chance ! Ricana l’homme en disparaissant parmi les flammes.
Haletant, Brögd un dernier effort surhumain et réussit à retirer son corps des braises. Même si, épuisé et blessé, il marchait difficilement, il voulu prendre son épée pour se battre. Il eut tout juste le temps de la repérer avant de s’écrouler. Avant de perdre connaissance, il leva les yeux, mais ne vit que la silhouette qu’il haïssait disparaître parmi les cendres.
Deux jours plus tard, au sud de la ville, Brögd contemplait un petit monticule de terre décoré de plaques de pierres taillées. L’une d’elle était dressée vers le ciel et un nom y était gravé : Eldir chef de Sumata. Assis en tailleur devant cette pierre, le guerrier semblait plongé dans ses pensées, son épée entre les mains.
“Eldir… Je vais te venger... Ton sacrifice n’aura pas été vain.”
Contemplant une dernière fois la tombe de sa défunte amie, Brögd se leva, rangea son épée dans son dos en grimaçant à cause de la brûlure qui n’avait pas fini de cicatriser. Il tourna ensuite les talons et partit au nord-est, droit vers la capitale d’Ugrin. Il était grand temps qu’il mette fin à tout cela.
***
Avant de quitter la capitale de Sumata, la jeune fille qui s’était occupée de Brögd avait tenu à le faire soigner. La ville avait brulée en quasi totalité, mais grâce aux actes de bravoure du guerrier, une partie de la population avait pu s’échapper. Ainsi, un certains nombre de vivres et de médicaments avaient été sauvé. L’homme eut beau dire qu’il guérirait très bien tout seul, la jeune intendante avait tout de même insisté pour couvrir son torse et ses épaules de bandages pour éviter à la sévère brûlure qu’il avait de le torturait pendant le voyage. Il s’était également trouvé une nouvelle épée, des vivres, de l’eau, de nouvelles protections et avait renouvelé les bandes de cuir autour de son bras gauche. Plus déterminé que jamais, il s’était mis à marcher encore et encore, droit vers sa destination. Même si ses blessures n’étaient pas encore guéries, il tenait tout de même à avancer. Il devait avancer. Instant après instant, minutes après minutes, heures après heures, ses pas douloureux le menaient droit vers de nouveaux combats.
Les jours passèrent et avec eux, sa douleur s’évapora petit à petit. C’était peut être les agréables nuits fraîches qu’il passait endormi dans le sable, à demi enterré ou bien simplement le fait de marcher sans penser à rien, mais il se rendait bien compte que son corps récupéré de son dernier combat à une allure stupéfiante. Il se rendit particulièrement compte de son état quand il regarda le ciel, une nuit. La voûte noire de Neyukisïa le plongeait toujours dans une mélancolie sans nom. Il en profitait alors pour réfléchir à toute sorte de chose, allongé sur le dos et les mains en guise d’oreiller. Puis quand le sommeil se faisait sentir, vers le milieu de la nuit, il scrutait l’horizon à la recherche de lumière. S’il remarquait la présence de quelqu’un, il se contentait de marcher jusqu’à être seul. Sinon il se roulait sur le côté et s’endormait paisiblement, exténué par sa journée passée à marcher sous le ciel brûlant du désert.
C’est à peu près à ce moment qu’il se rendit compte qu’à chacun de ses réveils, il était en sueur. Il remarqua également avoir changé d’emplacement, ou roulé le long d’une dune, ce qui indiquait qu’il avait le sommeil agité. Il avait eut les même symptômes à son arrivé dans le désert, mais cela n’avait pas durée. Il avait déjà vu plusieurs de ses amis mourir devant lui et il avait auparavant connu la défaite. Il eut beau retourner le problème encore et encore dans sa tête, il ignorait ce qui pouvait lui causer ces troubles. Après plusieurs jours de réflexion, il décida que ce n’était pas important et préféra se concentrer sur autre chose. Ses dernières défaites lui avaient apprise quelque chose d’important : son pouvoir n’était pas illimité. Il avait beau avoir acquis des capacités de régénération surpassant de loin celle des autres humains, il n’en restait pas moins un simple être vivant qui foulait le sol de ses pieds. Il devait donc réfléchir à une manière plus économe de combattre, afin de l’emporter sur son terrible adversaire.
C’est après une semaine de marche, alors qu’il vit que ses blessures avaient enfin disparu, qu’il remarqua une petite tache noir au loin. Celle-ci venait dans sa direction. Il pensa d’abord à un animal, mais il finit par remarquer la démarche de celle-ci.
Les dunes de sables chauds avaient laissées place à la terre jaunie et craquelée par le ciel de feu, parsemé de pierres de tailles variables. Celles-ci étaient parsemé et planté un peu partout, rassemblé parfois en âme, d’autres fois solitaire. Selon la légende, il s’agirait des tombes des premiers habitants de ce désert, mais personne ne pouvait affirmer que c’était vrai. L’histoire de la terre qu’il traversait importait peu à Brögd, qui préférait s’inquiéter de sa vie plutôt que de celle d’être déjà mort depuis longtemps. C’est dans cet environnement peu hospitalier qu’il remarqua que la tache noir qu’il voyait au loin s’était arrêtée près d’un âme de pierres. Il n’était pas si loin de l’endroit en question et la silhouette lui semblait beaucoup trop petite pour être un soldat. Sa curiosité se manifesta et il finit par faire un détour en direction des quelques pierres plantés ici et là et formant une forme ressemblant vaguement à un cercle.
Ayant déjà connu des enfants-soldats, il fit preuve d’une extrême prudence. Il s’avança entre les rochers qui le dépassaient de plusieurs mètres pour les plus grands, d’une bonne tête pour les plus petit. Il eu la surprise de trouver un enfant allongé dans l’ombre d’une pierre, les mains derrière la tête. Celui-ci avait l’air de dormir profondément.
- Hey gamin, ça va ?
Le garçon semblait avoir entre 10 et 13 ans. Il portait une tenue noire très longue, mais laissant son bras gauche à l’air libre. Une capuche recouvrait sa tête et un bandage recouvrait son bras droit. Ce qui surprit le plus le guerrier fut le bandeau que le garçon portait sur l’oeil gauche. La longue bande blanche était par endroit tachée de sang et enserrait la tête du jeune voyageur tout en recouvrant sa tempe. Inquiet et surpris de croiser un enfant seul dans le désert, Brögd lui attrapa les épaules et le secoua.
- Hey gamin, réveil-toi !
L’enfant ouvrit soudain les yeux et repoussa avec un calme olympien les mains du colosse qui faisait à elles seules l’équivalent de la largeur de son corps.
- Salut à vous. Commença le garçon, d’une voix étonnement mature.
- Bonjour. Tenta d’enchaîner Brögd, mal à l’aise. Qu’est-ce que tu fais dans le désert, tout seul ?
- Moi ? Je travail, pardi.
Le garçon semblait trouver sa présence tout à fait naturel. Maintenant que Brögd y pensait, en plus de ses vêtements étranges et de sa solitude, son jeune interlocuteur n’était absolument pas effrayé par lui, contrairement à la plupart des gens.
- Tu travails ?
- Oui. Je dois me rendre dans un village au sud d’ici pour tuer un démon. Je manque encore de maîtrise, alors je vais de temps en temps m’entrainer dans cet endroit. Les flux d’énergies sont très fort et le sang qui à coulé ici en fait un emplacement de choix.
Le guerrier le regarda avec des yeux ronds, n’ayant pas compris un mot de l’explication. Il décida tout de fois de faire comme s’il avait comprit.
- Je vois.
Soudain, le garçon regarda vers le ciel.
- Vous devriez rester ici pour la nuit.
- Qu’est-ce que tu racontes, il fait encore jour. Je devrais probablement pouvoir attendre le prochain village avant que le jour ne décline.
- Le prochain village a été détruit il y a maintenant deux mois.
- Qu’est-ce que ça…
Brögd s’arrêta soudain. Il venait de remarquer que l’ombre dans laquelle s’était endormi le garçon était maintenant assez large pour l’abriter lui aussi. Il reposa ses yeux vers le jeune homme et remarqua qu’il ne l’écoutait plus depuis un moment. Le garçon avait sorti quelques branches noircies de son paquetage et les avait disposée en cercle avant de réciter quelques mots que le guerrier ne parvint pas à entendre. Aussitôt, les branches se mirent à brûler, éclairant le petit espace entre les rochers où ils allaient passer la nuit.
- Vous n’avez jamais vu de magie ? S’étonna le jeune homme en fixant le colosse.
- Si. Mais d’habitude, on me tire dessus avec.
- Tout dépend de la raison pour laquel on l’a créé.
Le jeune garçon se plongea alors dans un exposé complet sur les différentes sources de magie et leurs différentes utilisations. Une fois de plus, Brögd ne saisit que quelques mots et oublia tout le reste. Il mémorisa tout de fois deux choses : la nuit se coucha à peine quelques minutes après le début du monologue du jeune homme et l’intriguant garçon était un exorciste pactisant. Il ignorait en quoi cela consistait, mais cette information pouvait toujours lui servir.
Au bout d’un moment, le jeune exorciste se fit plus calme. Il finit par escalader un des rocher et s’assit en haut de celui-ci pour observer le ciel de son oeil unique.
- Je suis triste pour vous.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- J’ai vu un grand malheure vous concernant.
- Hein ?
- J’ignore ce qui vas se passer, mais faites attention à vous.
Brögd ne sut comment réagir à cet annonce. Il choisit finalement d’ignorer le garçon et s'installa contre l’une des pierres pour dormir.
- Tu devrais aller dormir, gamin.
- Vous avez raison. J’irai me coucher dans quelques minutes.
Le guerrier haussa les épaules devant la soudaine mélancolie du garçon. Il rassembla ses affaires, les colla contre-lui et glissa aussitôt dans un sommeil profond dont il avait bien besoin.
Toujours perché, le jeune exorciste observa le guerrier avec compassion et tristesse.
“Quel dommage que personne ne prennent jamais mes prédictions au sérieux.”
Le lendemain, quand Brögd ouvrit les yeux, il était seul. Surprit, il inspecta ses affaires, mais rien ne manquait. Il vérifia le camps, mais ne trouva aucune trace du garçon de la veille. Il commença à se demander s’il n’avait pas rêvé. Après tout, cela faisait des jours qu’il marchait sous un ciel brûlant. Il aurait très bien pu rêver sans que cela paraisse insensé.
Il décida de plus y penser et reprit sa route. Dans son esprit, il ne devait retenir qu’une chose de cette nuit : il avait bien dormi et avait recouvré une bonne partie de ses forces. Ses brûlures avaient enfin cicatrisé et il récupérait de l’énergie jour après jour. Les armées ayant déjà massacré et rasé la plupart des village, il n’y avait plus que quelques voyageur solitaire dans cette partie du désert. Ainsi, les brigands et autre voleurs avaient fui vers des terres plus propice au business, ce qui permettait à Bögd de voyager sans trop s’encombrer l’esprit des habituels consignes de sécurité.
Les jours passèrent. Tous identique, dans ce même paysage désertique où les rochers et l’horizon semblaient infini. La même chaleure, la même terre desséché, les même pierres et une solitude digne d’une montagne commençaient à faire perdre la notion du temps au voyageur. Il avait beau marcher des kilomètres et kilomètres en gardant le même cap, les paysages étaient si semblable qu’il avait l’impression de tourner en rond. Il préféra vite de ne plus y penser et marchait en vidant son esprit pour éviter le moindre doute. On entendait souvent des histoires de voyageur ayant perdu la raison à force de marcher dans ce désert. Assailli par le doute, ils finissaient par tourner en rond avant de sombrer dans la folie, puis de servir de nourriture aux quelques bêtes survivant dans le désert. Ses histoires de pilier de comptoire avaient toujours fait rire le guerrier, mais il en comprenait le fondement aujourd’hui. Il avait beau faire ce qu’il pouvait pour ne pas y penser, cette question finissait par revenir encore et encore, ce qui, à la longue, devenait nerveusement très éprouvant.
Soir après soir, l’homme s’arrêtait auprès de quelques unes des nombreuses pierres que comptait cet endroit. Il s'asseyait contre l’une d’elle, avalait une petite partie de ses vivres et s’endormait.
Nuit après nuit, le même cauchemar revenait. Il voyait tous les gens qu’il avait croisé au cours de sa vie. Il en avait tué beaucoup de ses mains et l’avait rarement regretté, mais leurs ténacités finissaient par provoquer chez lui des crises de paniques. Comble de l’horreur, une personne venait le voir dans chacun de ses rêves. Eldir criait vengeance et tentait de le tuer à chacune de leur rencontre dans l’autre monde. Tout était absurde. Tout n’était que sang et souffrance. Les morts hurlaient après la vie qu’ils n’avaient pas pu avoir. Après chacune des nombreuses tentatives de Brögd pour les faires taire, ils se relevaient et retourner mendier une étincelle de vie. Pendant un temps qui lui semblait infini, le guerrier combattait encore et encore des adversaire déjà mort, ne craignant plus ni le trépas ni l’acier.
A chaque fois, Brögd se réveillait en sueur. Il finit par remarquer qu’il dormait de moins en moins longtemps au fur et à mesure que ses rêves se faisaient de plus en plus violent.
Bientôt, il lui semblait ne dormir plus que quelques minutes. Il avait beau se rendormir, le repos lui semblait interdit. Chaque nuit était plus courte. Au début, il décida de ne s’endormir qu’une fois, remarquant l’état lamentable dans lequel il était à son réveil. Mais les jours passèrent et ses cauchemars l’affectèrent de plus en plus. Alors qu’il n’avait au début qu’une simple appréhension, il finit par ressentir de la peur et du dégoût à l’idée de dormir. Son état était tel qu’au bout de deux semaines de voyage, il prit la décision de ne plus s’encombrer du sommeil. Chaque seconde passé dans les cruelles mains de morphé étaient pour lui comme des mois de torture. A quoi bon être guérie physiquement s’il devait perdre la raison ? Les pouvoirs qu’il avait obtenu grâce au dragon qu’il avait tué lui permettraient sûrement de combler cet carence.
Les semaines passèrent. Ayant profité des longues nuits froides pour marcher, Brögd était arrivé au royaume d’Ugrin et avait passé discrètement les premières lignes de contrôle. Il ne se trouvait plus qu’à quelques kilomètres d’une immense muraille qui abritait l’une des plus grandes villes de tout le désert de Neyukisïa. Les murs noircis par le temps s’élevaient à une hauteur intimidante, même pour Brögd. C’était sans conteste le plus grand bâtiment qu’il n’avait jamais vu. Mais ce qui lui resta le plus à l’esprit, ce n’était pas cette enceinte sinistre, mais les restes d’habitations qui l’entouraient. Il n’était pas rare qu’à proximité des capitales, de nombreux petits villages profitent du passage des marchands tout en protégeant la route. Ici, seuls restaient quelques ruines noircies par les flammes. Tout n’était que désolation. Par endroit, le sol poussiéreux était encore empourpré du sang des innocents que le royaume avait massacré. Brögd jeta un regard empli de vengeance à l'immense édifice. Une volonté immuable s’était emparée de lui depuis qu’il avait passé la frontière, la volonté d’en finir. Il avait prit sa décision au cours de cet éprouvant voyage : plus jamais il ne connaîtrait la défaite. Ne sachant que faire du temps qui lui restait, le voyageur trouva une ruine placée à quelques kilomètres de la porte EST et attendit, allongé en regardant le ciel à travers ce qui était autrefois une toiture. Un ciel toujours d’une obscurité opprimante.

***


Une nuit, une fine lumière parcouru un instant les plaines désertiques du royaume d’Ugrin.
“Il est temps.”
Brögd saisit son épée, la replaça dans son dos, attrapa son sac et sortit de la ruine où il s’était temporairement installé. C’est sous une nuit particulièrement sombre qu’il marcha calmement en direction de la porte EST, une lourde massive faite de bois et d’acier entremêlé. Comme l’avait sous entendu le dirigeant de cet endroit, le guerrier ne croisa aucun soldat, mieux, il ne vit pas un être vivant. Après quelques kilomètres de marche, il arriva au pied de la plus grande muraille de tout le désert. La muraille d’Ugrin était impressionnante, même pour ceux qui la voyaient tous les jours depuis leur naissance. Construitent de pierres noires, elle avait résisté au temps et au bataille mieux que n’importe quel légende. Sa taille était surdimensionnée, mais elle était également férocement gardée au niveau de ses seuls faiblesses : ses quatres portes.
Brögd leva les yeux vers une des pièces de bois les plus mythique de toute l’histoire : la porte d’Ugrin. Seul, il resta sans voix devant l'intimidation prestance d’un tel bâtiment. Il remarqua soudain qu’une ombre avait bougé. Instinctivement, il posa sa main droite sur la longue poignée de son épée. Un rire résonna alors dans la nuit. Un rire qui glaça le sang du guerrier comme aucune voix n’aurait jamais pu le faire.
- J’ai bien cru que tu n’arriverais jamais, commença l’ombre de sa voix anormalement grave. J’étais impatient de commencer.
- Qui es-tu ? Demanda Brögd en dégainant, sur ses gardes.
- Allons, tu ne me reconnais pas ?
L’homme s’avança à la lumière du ciel. Son visage était caché par un capuchon, mais Brögd put entrevoir quelques traits d’un visage qu’il avait vu il y a longtemps.
- Toi ici ?!
- Tu as beaucoup grandi depuis la dernière fois. A l’époque tu faisais à peine la moitié de ma taille.
- Toi en revanche tu n’as pas changé, répliqua le guerrier en se reprenant. Tu n’as pas pris une ride depuis notre dernière rencontre.
- Que de flatterie ! Quand je pense que ça fait des années que je cherche un nouvel adversaire pour m’amuser !
L’ombre se mit à rire, un rire qui dura plusieurs minutes. L’homme en noir semblait à mi chemin entre le plaisir et la joie suprême à la simple idée de livrer un combat d'anthologie avec l’homme qui avait réussi à s’échapper il y a de cela des années.
- Je ne suis pas là pour m’amuser. Je vais passer cette porte et arrêter ce royaume.
- Abandonne, ou je te tuerais comme j’ai tué ton ami. Se reprit l’homme en redevenant soudainement sérieux.
- Tu as peut être vaincu Sygin à l’époque, mais les temps ont changé. Je vais venger mon compagnon et t’envoyer en enfer.
Un tintement métallique résonna dans l’obscurité. La tension était devenu palpable. Les deux adversaires se jaugeaient du regard, sans oser briser l’ultimatum silencieux qui se dressait encore entre la mort de l’un d’eux.
Le vent se mit à souffler et rendit l’atmosphère encore plus sombre en recouvrant le ciel d’une inquiétante masse nuageuse. Dans l’ombre de l’immense muraille, seuls les yeux des deux guerriers brillaient à la lueur de leurs détermination. Tout n’était plus qu’une question de temps, le destin en avait décidé.
Au loin, une pierre roula sur le sentier, poussé par le vent. Ce fut le signal tant attendu.
Avec une rage qui ferait pâlir la pire des créature, Brögd fondit sur son adversaire. Celui-ci resta parfaitement immobile jusqu’à ce que l’homme dégaine son immense épée et l’abatte sur sa silhouette. Il fit éclater la pierre, mais savait que sa cible avait évité le coup. Sans réfléchir, il dressa sa lame devant son corps. Un instant plus tard, celle-ci sonnait des dizaines de coup de l’homme en noir. Celui-ci avait dégainé une simple épée à double tranchant, pas plus longue qu’un bras et fine comme une feuille comparé à l’arme que maniait Brögd. Utilisé en estoc, elle aurait largement suffi à briser l’arme du voyageur si celle-ci n’était pas d'excellente facture. Brögd ne tarda pas à contre attaquer et profita du fait de savoir où se trouvait son adversaire pour abattre son arme tel un gourdin droit devant lui. Il savait qu’il n'atteindra pas sa cible, mais sitôt que la lame fut enfoncée dans le sol, il la releva brusquement, provoquant une violente pluie de pierre et de poussière. Instinctivement, l’homme releva légèrement son long vêtement noir pour tousser, ce qui n'échappa pas à son jeune adversaire.
“Maintenant !”
Après avoir profondément enfoncé ses solides jambes dans le sol sec et poussiéreux, Brögd contracta ses muscles et se propulsa vers sa cible à une vitesse prodigieuse. D’un mouvement ample, il banda les puissants muscles de son torse et brassa les environs d’un puissant coup d’épée circulaire. Emporté par la puissance monumental du coup, la poussière et les plus petites pierres furent emportés au loin, dans les méandres de la nuit.
Cet fois, Brögd ignorait s’il avait réussi. Tout de fois, la longue entaille qu’il sentit s’ouvrir sur son flanc lui indiquait que son adversaire avait eu le temps de répliquer. Le guerrier grimaça tandi que la blessure se refermait douloureusement.
- Je n’ai jamais connu un début de combat aussi magnifique.
Son interlocuteur était trop occupé à reprendre son souffle pour lui répondre. Il se retourna tout de fois et le scruta des pieds à la tête. L’homme en noir avait perdu sa manche gauche, emportée par la bourrasque. Il exhibait son bras gauche, ouvert juste en dessous du coude. Le sang ruisselait sur sa main inerte avant de tomber goutte à goutte sur le sol. Au vu de l’endroit où était la blessure, l’os était sectionné.
- Tu es le premier à réussir à me blesser après si peu de temps.
Brögd aurait dut se réjouir de la blessure qu’il venait d’infliger à son adversaire, mais un détail le dérangeait. Ce maigre bras semblait desséché tellement il était décharné. Cet homme à l’allure si mystérieuse cachait quelque chose et s’il ne le découvrait pas avant la fin du combat, il allait droit vers la mort.
Sachant que les choses étaient loin d’être fini, le puissant guerrier resserra sa prise sur son arme et se mit en garde, l’un de ses tranchants en direction de son ennemi.
- Il est temps de passer aux choses sérieuses, mon chère adversaire. Ne me déçoit pas.
A peine avait-il prononcé ses paroles que l’homme en noir fondit à une vitesse ahurissante sur son jeune adversaire. Réagissant tout juste à temps, Brögd parra l’offensive, mais manqua de relacher son attention. Les deux lames étaient l’une contre l’autre, mais malgré la différence de taille et le fait que Brögd puisse utiliser ses deux mains, aucun ne semblait l’emporter sur l’autre. Le combat semblait de prime abord totalement déséquilibré, compte tenu de la carrure du colosse, mais dans les faits l’homme en noir semblait occulter une bonne partie de ses capacités.
Après un effort surhumain, le voyageur réussi à repousser la lame meurtrière qui avait autrefois fait tomber ses camarades, mais emporté par son élan, il commença à perdre l’équilibre. L’assassin saisit l’ouverture et une ligne de lumière illumina un instant le combat. Brögd n’eut même pas besoin d’attendre la douleur pour savoir qu’il était blessé. L’épée à double tranchant lui avait ouvert les côtes, s’enfonçant profondément dans sa chaire et égratignant les organes. S’il survivrait à une telle attaque, il savait qu’il ne devait pas baisser sa garde une nouvelle fois. Il fit un saut en arrière, dos à la terrifiante muraille, et se remit en garde. Comme il l’avait prévu, les attaques continuèrent inlassablement, visant tantôt sa blessure encore en cours de cicatrisation, tantôt d’autres partie de son corps. Les égratignures causée par la fine lame ne tardèrent pas à faire souffrir le guerrier, qui malgré une atroce douleur refusait d’abandonner.
Il pouvait, non, devait vaincre. Il n’avait pas d’autres alternative.
Quand son esprit le comprit, il recula son pied droit d’un demi mètre et changea de position. Brögd monopolisa toute la puissance de son corps et frappa droit devant lui avec une force dévastatrice. Si l’homme en noir n’avait eu aucun mal à éviter une attaque aussi primitive, il ne s’attendait pas à observer une telle puissance chez un adversaire aussi jeune. La longue et massive épée s’était profondément enfoncée dans la roche, tout en projetant des dizaines de pierres de tailles variables. Le mystérieux guerrier du rester sur la défensive pour ne pas subir de dégât causé par les projections. Il s’apprêtait à retourner à l’attaque, mais il se surprit à entendre un effondrement dans son dos. Sans réfléchir, il tourna légèrement la tête pour savoir d’où ce son provenait. S'il vit qu’une des ruines qui pourrissait à quelques centaines de mètres de là venait d’éclater, il ne put anticiper l’offensive de Brögd qui n’était plus qu’à quelques mètres de lui. Tout allait trop vite. L’homme eu tout juste le temps de se jeter sur le côté pour éviter la puissante lame. Une explosion de pierre et de poussière fut provoquée par l’impact. Quand la poussière retomba, seul restait un cratère au fond duquel gisait un reste de bras écharpé par les projections.
- C’est pas passé loin cet fois.
Le-chasseur-de-dragon tourna les talons pour fair face à son adversaire. Celui-ci grimaçait. Son épaule gauche avait été arraché dans l’attaque, laissant un impressionnant flux de sang dégouliner le long de sa cape noire. Le guerrier resserra encore sa prise autour de son arme surdimensionné. Il y était presque, la victoire lui tendait les mains.
- Cela faisait bien longtemps qu’on ne m’avait pas obligé à l’utiliser.
D’un geste froid, l’homme planta son arme dans le sol pausa sa main sur son crâne toujours caché par sa cape. Il fit doucement tomber sa capuche. Aussitôt, Brögd eut un haut le coeur. L’homme qu’il avait devant lui avait le crâne couvert de cicatrices toutes plus profondes les unes que les autres. Parmi ces marques, plusieurs traits de couleurs partaient de son crâne chauve pour redescendre sur les côtés de son visage. Ses petits yeux noirs étaient enfonsés dans leurs oribites, encerclés par de profondes cernes. Ses lèvres n’étaient plus que deux traits de peau distendu. Son nez semblait avoir été réduit de moitié, comme si quelqu’un l’avait tranché net. Ses joues sèches étaient si creuse qu’on pouvait presque voir à travers. Face à une apparence si abominable, Brögd fut déstabilisé. Il avait souvent vu des blessés ou des morts, mais il était rare qu’un homme survive à un état aussi critique. Cette vue cauchemardesque lui ouvrit les yeux. Il savait maintenant le ravin qui séparait son monde de celui de son adversaire. Il n’y avait aucune sorte de rapport entre l’apparence et la véritable force de cet homme. Brögd était désormais persuadé qu’ils étaient au moins de force égal, mais il sentait qu’il lui restait quelque chose à découvrir de cet homme.
- Qui… Qui es-tu vraiment ? Ou plutôt, qu’est-ce que tu es ?
- On m’a donné le nom de Wang Jin. Je suis un pactisant connu sous le nom de Maigozei.
- Un pactisant ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Je possède les capacités de lier un démon à mon corps pour utiliser sa puissance.
Brögd eut froid dans le dos. Il comprenait enfin pourquoi son corps était dans un tel état. L’homme en face de lui n’était plus qu’une abomination contre-nature. Les lignes qui enserrait son visage se mirent soudain à luire. Aussitôt, Wang Jin se tordit dans tous les sens, poussant des cris atroces et laissant à la folie le contrôle total de la carcasse qui lui servait de corps. Cet ama de chère pourtant si atrocement écharpé se mit alors à regagner en vitalité. D’abord, ce bras gauche que Brögd avait broyé sous ses coups se reconstitua, partie d’os par partie d’os, lambeau de chère par lambeau de chère. Le membre retrouva une peau nouvelle, puis ce fut au reste du corps de profiter des effets régénérants. L’homme dont l’apparence était jadis plus proche de celle d’un vieillard que de celle d’un soldat se mit à rajeunir. Ses muscles enflèrent, sa chaire s'épaissit, sa peau s’étira, son visage retrouva un nouveau souffle. Sous les yeux ébaillis du guerrier, le pactisant avait retrouvé sa jeunesse, sa vigueur et une aura démoniaque sans pareil. Brögd n’avait jamais été doué pour les arts occultes et la raison était surement le fait qu’il ne puisse pas les voir ou les ressentir. A cet instant, dans l’ombre de la muraille d’Ugrin, c’était toujours le cas. Mais son adversaire déversait une telle puissance que pour la première fois, il capta la présence d’un être surnaturel.
- C’est donc pour cet mascarade que tu as donné ton âme ? Grogna le guerrier en se tenant prêt.
- Cet mascarade, comme tu dis, fait de moi un des hommes les plus puissants de cet endroit. Il est temps pour toi d’en connaître la puissance.
Wang Jin se concentra et l’aura noire qui tournait autour de lui s’intensifia. Brögd frémit, l’homme qu’il avait en face de lui était dors et déjà devenu aussi grand que lui. Un craquement sonor retentit. Les os de l’homme croissaient à une vitesse si improbable qu’ils se brisaient avant de se ressouder à nouveau. Quelques secondes après cet étrange craquement, de puissantes griffes recouvrèrent les mains puissantes du pactisant. Celui-ci attrapa son épée comme s’il s’agissait d’un vulgaire brin de paille, le combat était sur le point de reprendre. Cette fois, Brögd savait qu’il avait beaucoup de chance de mourir. L’adversaire qu’il avait face à lui le surpassait sur tous les points.
Au loin, un oiseau criait. La muraille, immobile, éclairait de son ombre étouffante les deux combattants. La nuit s’assombrit. Soudain, une goutte de pluie tomba sur le sol poussiéreux.
Sans crier gare, les deux colosses se jetèrent l’un sur l’autre en hurlant toute leur détermination. Les épées s’entrechoquèrent, produirent des étincelles, tintèrent de leur plus beau son. Sans réfléchir, les deux guerriers se jetèrent l’un sur l’autre, encore et encore. Ils mobilisaient toute leur puissance, tout leur corps, pour résister à leur adversaire et lancer une nouvelle offensive.
Brögd avait perdu toute notion de vie, de mort, du combat, de son histoire. Dans son esprit, un seul ordre se martelait dans sa tête et son corps : frapper de toutes ses forces. Il n’avait pas le choix. S’il avait ne serait-ce qu’un instant de faiblesse, son adversaire le déchiquèterait sans ménagement. Pourtant, malgré cet ultimatum, il sentait la douleur se répandre de plus en plus dans son corps. Les mouvements de son adversaire étaient si puissant qu’à chaque fois que les armes s’entrechoquaient, Brögd mobilisait ses muscles jusqu’à les rompre. Sans son pouvoir de régénération, il n’aurait pas tenu un instant. Mais il ne le savait que trop, il avait une limite à ses capacités de régénération. A chaque choc, ses maigres bras le brûlaient un peu plus. Son épée lui semblait de plus en plus lourde. Il sentait l'inexorable fatigue arriver, mais il savait que s’il ne repoussait pas ses limites, son seul salut serait la mort. Il luttait encore et encore, coup après coup. Autour d’eux, plus rien n’avait de contenance. L’énergie destructrice engendrée par ses deux guerriers brisait les pierres, fissurées la terre et ébranler les petits baraquements en ruine. Si Brögd sentait sa limite approcher, Wang Jin était loin d’avoir le même problème. Son état physique était optimum, tout comme son état mental qui était immuable, plongé dans son offensive. Ce fut bientôt très clair pour le voyageur, s’il ne trouvait pas un moyen pour changer de type d’affrontement, il lui restait très peu de temps à vivre. Les blessures ne tardèrent pas à arriver le long de son corps. Au début de simples coupures, elles devinrent de plus en plus profonde au fur et à mesure du combat. Wang Jin n’était même pas essoufflé, alors que Brögd avait du mal à tenir sur ses pieds. Il n’avait plus le choix.
Alors que son adversaire fondait sur lui un fois de plus, Brögd fit un bon de côté et tenta d’éviter l’attaque. S’il réussit à éviter un choc frontal, il ne put éviter la fine lame de son adversaire qui parcourut son large torse d’un côté à l’autre. La blessure se referma lentement, tandi que le voyageur se remettait en position comme il put.
- Inutile de fuire, c’est la mort qui t’attend !
Le pactisant tourna les talons et fondit sur son adversaire. Puisant dans ses réserves, Brögd frappa droit devant lui. Mais c’était peine perdu. L’impacte fut si important qu’il fit déraper le colosse sur une dizaine de mètre. Son épée, dors et déjà fissurée s’était brisée, perdant un bon tier de sa longueur. Miraculeusement, Brögd avait réussi à rester debout, même s’il ne savait qu’il ne pourrait pas éviter la prochaine attaque.
Observant d’un oeil fataliste l’homme en noir fondre sur lui, le-chasseur-de-dragon décida de jouer le tout pour le tout. Il contracta tout son corps et leva ce qui restait de son arme vers le ciel. Dans une seconde, l’affrontement ultime aurait lieu.
Il vit la lame de l’homme fendre l’air en direction de sa gorge. Instinctivement, il tira son arme vers le bas en utilisant le peu de force qu’il lui restait.
Wan Ji fondait à une vitesse folle vers la victoire. Un mètre. Un grand pas le séparait maintenant du jet de sang que provoquerait sa victime après sa défaite. Mais tout bascula.
Alors que sa lame n’était plus qu’à quelques centimètres de décapiter son adversaire, ses forces disparurent.
“NON !! Pourquoi maintenant ?!!”
Une terreur sans nom s’empara alors de lui. En une fraction de seconde, son corps craquela douloureusement avant de recouvrer son apparence d’origine. De grandes gorgées de sang remontaient de son organisme et gênaient sa respiration. Mais ce qui plongea l’homme dans l’effroi, ce fut de voir le tranchant qu’il avait lui même tant abimé descendre sur lui en appliquant son ultime sentence.
Brögd ne comprit pas tout de suite ce qu’il venait de se passer. Il avait frappé de toutes ses forces, sans même faire attention à tout le reste. Du sang avait giclé et l’avait éclaboussé. Il comprit alors. Les choses se remirent à leurs places dans sa tête et il put enfin assimiler la situation. Wang Jin était à ses pieds. Son poitrail était arraché sur plus de la moitié de sa longueur. C’est dans cet ama de chaire sanguinolente, que l’épée du voyageur s’était enfoncée. L’impact avait été terrible. Le colosse remarqua que ses bras tremblaient à cause de l’effort surhumain qu’il venait de réaliser. Autour d’eux, tout n’était plus que pierre, poussière et sang. Rien n’avait survécu à leur affrontement.
- Voyageur … tenta d’articuler le cadavre.
Par respect pour son adversaire, Brögd retira sa lame et le mit sur le dos. Quand il vit la quantité astronomique de sang que l’homme perdait, le guerrier sut que s’en était fini de lui.
- Son épée…
- Quoi ? S’étonna le colosse qui venait de comprendre que son adversaire tentait de lui dire quelque chose.
L’homme voulu articuler, mais il s’étouffa dans son sang et commença à tousser faiblement.
- Sa … force… Finit par baragouiner le pactisant.
- Qu’ essais-tu de me dire ?
Une masse de sang jailli de la bouche de l’homme. Ses yeux tournèrent au blanc. Sa respiration devint de plus en plus faible. Soudain, son corps se fissura comme s’il s’agissait d’une simple poterie. L’instant suivant, il se brisa en mille morceaux de poussières, éparpillant le peu de sang qu’il lui restait sur l’homme qui l’avait tué.
Brögd resta un moment à fixer ce qu’il restait de Wang Jin. Il avait beau avoir venger un de ses amis, seul restait en lui le goût et l'odeur du sang. Peut être était-ce parce qu’il en était couvert. Après avoir réfléchi aux dernières paroles du guerrier, le voyageur entassa quelques pierres par dessus le cadavre et se dirigea vers la muraille. Le ciel de la nuit s’était à nouveau éclairci. Il avait plut et le sol était devenu légèrement boueux. Il ne restait plus que quelques heures à Brögd pour en finir avec le royaume d’Ugrin, avant le lever du soleil. Il regarda la massive porte et eut un frisson. Il devait se préparer au pire. Il avait enfin retrouvé son souffle et toutes ses écorchures étaient guéries. Par mesure de précaution, il décida de s’adosser à la porte pour laisser le temps à ses muscles de récupérer. Il plongeait son regard dans la nuit, en admirant le temps en train de passer. Une goutte tomba, puis une autre. Bientôt, ce fut une véritable averse qui n’épargna pas le pauvre combattant. Par chance, elle eut au moins le mérite de retirer cette fulminante odeur de sang qui régnait en maître sur la scène. C’était peut être les derniers instants paisibles du jeune homme. D’un air nostalgique, Brögd observa le corps qui l’avait accompagné jusque là. Alors qu’il avait toujours été petit, il avait eu une brusque poussé de croissance à son arrivé dans le désert. Il avait énormément grandi en très peu de temps, si bien qu’avant même que les routes de ses compagnons bifurquent, il était devenu le plus grand d’entre eux. Par contre, même si sa taille avait beaucoup augmenté, il était toujours du maigreure presque insoutenable. Le colosse remarqua alors un détail : son corps n’était plus aussi maigre qu’avant. De puissants muscles saillants étreignaient ses bras autrefois si fins. Et ce n’était pas tout, son corps tout entier s’était recouvert d’une couche musculaire qui l'impressionna lui-même. Depuis qu’il avait obtenu son pouvoir de régénération, Brögd avait totalement cessé de surveiller l’état de son corps, puisqu’il guérissait de chaque blessure instantanément. Cela faisait donc un certain temps qu’il n’avait plus posé les yeux sur lui même. Il prit alors conscience que tous les combats qu’il avait mené ces dernières semaines l’avaient sûrement rendu beaucoup plus fort. Ses yeux finirent par tomber sur son bras gauche. Le membre, toujours entouré dans une grande bande de cuir était le signe distinctif du guerrier. A la suite d’un phénomène inexpliqué, celui-ci s’était retrouvé comme brûlé. Le jeune homme n’en avait jamais parlé à personne et il ignorait encore ce qu’il s’était passé ce jour là, mais il avait toujours scrupuleusement refusé d’aborder le sujet. Dans son esprit, malgré toutes les questions qu’il avait put se poser au cours de ces nombreuses années, il avait toujours eu une sorte de blocage. Ce qui l’étonnait le plus était sans aucun doute que la brûlure encore visible sur son bras n’avait pas était guérie par ses nouveaux pouvoirs.
L’esprit du jeune colosse continua à vagabonder jusqu’à ce que la pluie cesse. Là, il se leva et s’étira avant de remplacer son arme brisée dans son dos.
“Il est temps.”
D’une main puissante, Brögd poussa la porte jusqu’à l’entrouvrir suffisament pour se glisser entre les deux battants. Il était sous l'impressionnante muraille. L’édifice était si large qu’il eut l’impression d’être dans un couloir. Il avança prudemment, mais il ne vit ni soldat, ni garde. Seul les pierres noires de la muraille semblait accepter de lui tenir compagnie. Plusieurs centaines de mètres plus loin, le guerrier déboucha sur ce qui aurait dut être un camp militaire. Le sol était fait de terre tassé par les nombreux mouvements de foule. On pouvait encore apercevoir ça et là des restes de feu de bivouac. Au milieu de cet étrange endroit, à la limite entre la lumière de la nuit et l’obscurité pénétrante de l’effroyable muraille, un homme se dressait. Si Brögd ne put voir de qui il s’agissait, il n’eut aucun doute sur l’identité de ce mystérieux personnage. Il eut un frisson et sentit la pression s’accumuler, pas après pas. S’il faisait demi-tour, ses amis lui en voudraient-ils ? Devant l’immuable personnalité qui l’attendait, l’homme ressentit la peur. Une peur indescriptible, qui mêlait la fascination à l’effroie. Il s’arrêta sans réfléchir à quelques pas de l'empereur du royaume de Ugrin. Le sort en était jeté.
- Ca faisait longtemps, Brögd.
- Trop longtemps.
Le dirigeant sortit son énorme épée de son dos et la posa sur son épaule.
- Si tu es là, c’est que tu as réussi à vaincre Wan Jin. Félicitation.
Le guerrier ne prit même pas la peine de répondre. Doucement, il dégaina son épée et se prépara à l’affrontement.
- Dire que c’est à cause de lui que tout est arrivé. Si seulement nous n’avions jamais croisé sa route…
- Qu’est-ce que tu racontes ? Demanda Brögd qui ne saisissait pas de quoi l’homme parlait.
- Tu n’as pas encore compri ?
- Qu’est-ce qu’il y a à comprendre ?
Pour toute réponse, l’homme se mit à sourir et mis sa main sur ses yeux. Un début de fou rire le faisait vaciller, tel la marche décadencé d’un fou.
- J’aurais dû deviner que tu n’étais pas capable de me reconnaître. Tu ne changeras décidément jamais.
- Te reconnaitre ?
Cet fois, le dirigeant ne tenta même pas de cacher son rire moqueur. Il jugeait de son regard froid et cruel le jeune guerrier perdu dans les méandres des questions. Un élément lui échappait particulièrement et son adversaire voulait lui servir sur un plateau avant leur affrontement.
- N’as-tu jamais remarqué que l’on s’adresse à moi par mon titre et non par mon nom ?
Brögd resta silencieux, immuable en apparence, les pièces du puzzle s’agitaient dans sa tête.
- Je cache mon nom car j’ai toujours refusé d’en changer.
- Qui es-tu ? Finit par demander le voyageur après un long silence. Les éléments se mettaient en place.
- Mon nom est Sygin.
Cette nouvelle fit comme un électrochoc au colosse. En apparence, il était tel une statue, mais son esprit avait la sensation d’avoir pris la foudre. Ce simple nom avait ouvert les portes de sa mémoire. Au dernière nouvel, Sygin était mort, tué par Wang Jin il y a des années, avant même son arrivé dans le désert de Neyukisïa. Les amis du futur empereur le pensant mort, ils avaient suivi ses instructions et avaient continué leurs routes.
- C’est… Impossible… Finit par articuler l’homme, sous le choc.
- Non, c’est bien moi. J’ai survécu à mon affrontement avec Wang Jin et c’est lui qui m’a aidé à obtenir le pouvoir. Grâce à lui, j’ai pu me venger.
Sygin semblait être soudain agité d’une violente colère.
- Te venger ?
- Oui ! Toi et les autres, je vous pensais mes frères d’arme, mais m’avez laissé mourir ! Quand je l’ai compris, vous étiez déjà loin… Fort heureusement, j’ai fini par vous retrouver… Eldir n’est désormais qu’un simple souvenir, Dag est très probablement déjà mort, Magata périra très bientôt dans son casino et toi, tu partira rejoindre Eldir dans quelques minutes.
Brögd était totalement perdu. D’un côté, il était heureux de savoir son ancien compagnon en vie, mais de l’autre, il devait maintenant le tuer.
- Pourquoi ? Finit-il simplement par demander.
- Que veux-tu dire ?
- A quoi ça t'avancera de nous tuer tous ? Depuis que tu as obtenu tout ce pouvoir, tu n’as fait que semer la mort et la désolation.
- Tu veux parler de ça ?
D’un geste triomphant, Sygin sorti l’orbe d'Horti du sac qu’il gardait jusque là dans son dos. Aussitôt, le corps de son ancien propriétaire se contracta. Le pouvoir de cet orbe, qui lui était si inutile semblait bien plus puissant qu’il ne l’imaginait. Si seulement il ne l’avait pas perdu, il aurait peut être pu sauver son amie.
- Tu sembles ignorer la véritable puissance de ces objets.
Une fois de plus, le dirigeant avait vu juste. Brögd regrettait aujourd’hui d’avoir retrouvé cet orbe. Si seulement il l’avait laissé en sécurité, il aurait peut être pu éviter plusieurs plusieurs massacres… Il finit par céder face à toute la colère que lui rappelait cet objet et détourna le regard.
- Connais-tu le nom de l’homme à qui appartenait ces objets ?
Brögd refusa de répondre, le regard dans le vide.
- Cet homme a vécu il y a très longtemps sur cette terre. On dit qu’à l’époque, le sol n’était pas aussi sec qu’aujourd’hui. Mais un jour, des artefacts magiques d’une grande puissance apparurent de part le monde. Dès que les habitants eurent compris les véritables pouvoirs de ces objets, ils combattirent pour en amasser le plus possible. Il ne fallut pas longtemps pour que cette terre ne devienne un champ de ruine. Mais alors que ça faisait des dizaines, voir même des centaines d’années que les batailles se multipliaient, un voyageur pénétra dans le désert et décida de mettre un terme à tout cela. Après bien des combats, il obtenu tous les artéfacts. Dès lors et ce jusqu’à son inévitable mort, cet homme a accumulé tous les pouvoirs et arrêté la guerre. Grâce à la puissance que lui offraient ces objets, il a pu poser les prémices de la civilisation actuel de ce désert en détruisant tous ceux qui lui résistaient. Cet homme se nommait Arngrim.
Ce nom résonna dans les oreilles du jeune guerrier. Il lui rappelait une vieille histoire dont il avait entendu parlé quand il était enfant. Non, c’était bien plus que ça. Au travers le peu de démonstration qu’il avait eu de ces objets, il arrivait à ressentir la puissance divine de cette légende. Il releva la tête et planta son regard dans celui de son ami. Sa détermination était revenu. Dans ses yeux, les flammes d’une justice froide et intransigeante brûlaient.
- Tu comprends maintenant le véritable intérêt de ces artefacts ? L’épée que tu vois là donne un pouvoir de destruction incommensurable à qui sait la manier. Elle est si lourde qu’il m’a fallu plusieurs années d'entraînement intensif pour parvenir à la contrôler. Cette arme si exceptionnelle se nomme Ascalon. L’orbe d’Horti, elle, est bien plus simple d’utilisation. Il suffit de la brandir pour obtenir le pouvoir de soulever les foules et les guerriers. Elle a également le pouvoir de persuader ceux dont la détermination est faible. C’est grâce à cette orbe que j’ai pu attaquer la ville où se trouvait Eldir.
Brögd resserra sa prise autour de son épée.
- Ces artéfacts, que comptes-tu en faire une fois que tu m’auras tué ?
Son interlocuteur ferma les yeux, reposa l’orbe dans son dos et posa sa main sur son front en émettant une sorte de sifflement rauque. Il se mit alors à rire, à s’esclaffer de tout son être. Son corps entier vibrait au son du plaisir immense que prenait son âme à cette idée.
- C’est pourtant évident. Je vais devenir le maître du monde ! J’écraserais d’abord tous les petits chefs qui se disputent ce désert depuis des siècles. Ensuite, je massacrerai le royaume de Neyukisïa et tous ceux qui se diront leurs alliés !
- Tu es fou à lier, ne put s'empêcher de lâcher le guerrier en contemplant l’absurdité qui s’était emparé de son ancien compagnon.
- C’est toi qui est fou de ne pas avoir tenté ta chance quand tu en avais l’occasion ! En ce bas monde, si tu ne saisis pas toutes les portes qui se proposent à toi, quelqu’un le fera à ta place. C’est ainsi.
- Tu as raison. J’aurais dut me débarrasser de cette orbe quand j’en avais l’occasion. Mais il n’est pas trop tard ! Je vais réparer mes erreurs et la détruire ici et maintenant !
- Je t’en empêcherait !
- Alors je te tuerais !
Sygin se remit à rire. Il tourna les talons et se dirigea vers un petit monument pierre qui semblait être une fontaine asséché. D’un geste froid, il déposa l’orbe à l’endroit où avait dut jaillir l’eau autrefois. Il saisit son épée surdimensionné d’une main et se dirigea vers Brögd.
- Je vois que la mort de l’un d’entre nous est inévitable.
- En effet. J’aurais préféré ne pas avoir à te tuer, mais ça semble inexorable.
Brögd serra les dents. Le combat le plus dure aussi bien physiquement que mentalement était sur le point d’éclater. La tension était palpable. Chacun des deux combattants émettait une telle énergie que le ciel sombre semblait prêt à se déchirer.
- Il est grand temps d’en finir, conclu Sygin en se mettant en garde.
Les deux hommes se mesurèrent du regard pendant de longues secondes. Aucun ne voulait prendre l’initiative. Au loin, la pluie avait repris et ne tarderai pas à arriver jusqu’à la forteresse. Le vent s’était mis à mugir de toute sa fougue. Les objets abandonnés ça et là traversaient en roulant le futur champ de batail. Soudain, la foudre claqua, transcendant le ciel de son flash assourdissant. Alors que la pluie torrentiel fonçait sur la terre ferme, celle-ci eut tout le loisir de percevoir les mouvements surhumains des deux guerriers. Ceux-ci fonçaient l’un sur l’autre avec une rage proche de la démence. Les lames s’entrechoquèrent, mais le contact fut si violent que les deux hommes se retrouvèrent projetés en arrière.
“Quel puissance !” ne put s’empêcher de penser Brögd, qui avait ressenti la force de son adversaire jusqu’au fin fond de son être. Le fossé qui les séparait était bien plus profond qu’il ne le pensait. Il n’eut pourtant pas le temps d’y réfléchir, car à peine avait-il reprit son équilibre qu’il chargea à nouveau son adversaire. Celui-ci était bien plus détendu. Il venait juste de reprendre son équilibre et prenait le temps de se repositionner. Éclatant les gouttes d’eaux sur son passage, la lame déjà à moitié en miette du guerrier s'apprêtait à mordre dans la chaire du dirigeant. Elle n’était plus qu’à quelques centimètres de sa peau quand celui-ci réagit. D’un mouvement d’une puissance surpassant de très loin les capacités humaines, il fit pivoter sa lame autour de son corps et repoussa l’offensive d’une seule main. Mais Brögd n’avais pas le temps de savourer son premier échec. Il planta vigoureusement son pied dans le sol humide et pivota. Emporté par sa rotation, sa lame encore un peu plus longue qu’un bras humain repris de la vitesse et fonça droit vers le bras droit de Sygin, qui était à découvert. Emporté par l'élan de son précédent coup, celui-ci n’aurait pas dut pouvoir réagir. Tout du moins, c’est ce que pensait son adversaire, car Sygin tira sur la poignée de son arme pour la projeter en arrière. La lame légendaire jaillit en arrière avec suffisamment de vitesse pour s’interposer entre le bras de son possesseur et l’épée du voyageur. Malgré cette protection improvisé et néanmoins prodigieuse, Sygin ne put éviter la puissance colossale du coup qu’il venait de recevoir. Poussé par sa lame surdimensionné, il dérapa sur plusieurs mètres avant de retrouver son adhérence. Ses pieds puissants avaient laissé de longues ornières dors et déjà remplies par les trombes d’eau qui tombaient du ciel. Dans ses yeux, tout avait changé. Cet fois, il n’était plus question de se relâcher. Son adversaire le tuerait à la prochaine occasion. Sygin se redressa et contracta ses muscles jusqu’à faire craquer tous les os de son corps. Le-chasseur-de-dragon ne fit même pas attention au changement d’état de son ami et continuait d’attaquer. Mais il sentit cette fois que les choses étaient différentes. Utilisant toute la longueur de son arme, l’empereur fit un grand mouliné qui repoussa le guerrier sans aucune difficultée avant même qu’il ne s’approche. Contrairement aux fois précédentes, il se retrouva projeté en arrière avec tant de force qu’il eut la sensation d’être un insecte. A peine avait-il reprit son équilibre qu’il remarqua une ombre fondre sur lui. Il leva son arme instinctivement, juste à temps pour éviter l’éclatement à sa tête. L’offensive avait été si puissante qu’autour d’eux le sol détrempé avait séché. Un court instant, le temps reprit son droit. La réalité s’imposa aux deux hommes, écartés d’à peine quelques centimètres. Ils prirent conscience soudainement de tout ce qui les entourait, de la plus petite des gouttes d’eau aux gigantesques pierres qui formait la muraille qui les surplombait. Bientôt, le jour se lèverait. La lumière envahira à nouveau le monde. Un monde qui vivra désormais sans l’un d’eux.
Un instant sonné par cette prise de conscience, Sygin relâcha quelque peu la pression qu’il avait abattu sur son ami. Celui-ci en profita et parvint à se dégager de l’écrasante lame qui menaçait de l’écharper. Il se remit en garde alors que son adversaire venait tout juste de repérer sa position. Sans réfléchir, Brögd enfonça ses pieds dans la boue et se projeta à la hauteur du dirigeant, sa lame en avant. Il pensait être contré, mais il n’aurait pas pu imaginer ce qui allait suivre. D’un simple revers de son arme colossale, Sygin le balaya comme s’il n’avait toujours été qu’une graine de pissenlit. Ascalon avait prit tant de vitesse qu’en plus de balayait la lourde carcasse du voyageur, elle entama son arme comme du beurre, la réduisant encore de moitié. Brögd s’écrasa plusieurs mètres plus loin, couvert de sang. Dans sa chute, il avait roulé sur les éclats de sa lame qui s’étaient plantés dans sa chaire. Malgré la douleur et l’épuisement, Brögd se releva et se remit en garde. Son ami était à un pas de lui. Il aurait voulu attaquer, mais l’empereur fut plus rapide. D’un simple geste circulaire, il découpa un nouveau morceaux de l’épée de son adversaire, tout en laissant une longue trace sanguinolente dans ses bras et son torce. Ignorant encore la douleur des chaires en reconstitution, le-chasseur-de-dragon tenta une nouvelle offensive. Mais le dirigeant n’était visiblement plus d’humeur à combattre. En plus d’éventrer son ami, il brisa une fois de plus son épée désormais à peine aussi longue que son avant-bras. Alors que Brögd avait posé un genou à terre, pour tenter de retirer la lame qui lui broyait toujours les viscères, l’empereur posa son pied sur son épaule et le poussa violemment. Le guerrier glissa sur le sol boueux, imbibé de pluie et de sang. D’une main il tentait de retirer les éclats de métal plantés dans ses organes interne subitement mis à l’air, de l’autre, il tenait ce qu’il restait de son épée. Il respira un grand coup et se releva en mobilisant tout son corps trempé et couvert de boue. La pluie battante l'empêchait de bien discerner son adversaire, mais avait au moins le mérite de retirer la boue de sa cape et de ses protections, qui par ailleurs étaient en lambeaux. Son adversaire était encore là, à environ un mètre de lui, le fixant impitoyablement. Dans ses yeux, Brögd ne lisait que la fatalité. Sygin leva l’immense Ascalon et porta un nouveau coup horizontale d’une puissance phénoménale. La lame fendit l’air et atteignit une telle vitesse qu’elle créa un petit espace de vide qui aspira l’eau du sol et la pluie qui s'apprêtait à humidifier l’acier de l’arme. Le voyageur eut beau frapper de toutes ses forces, c’était une véritable lame de fond qui fondait sur lui. La bourrasque provoquée par Ascalon fut si considérable qu’elle le projeta à travers la terre et la boue sur plusieurs dizaines de mètres. Quand il arrêta enfin de dérapé, Brögd eut la première surprise d’être toujours en vie. Il se redressa douloureusement. Il ne restait de son arme qu’une simple poignée fissurée. Ses vêtements et ses protections avaient volé en éclat, arrachés par l’impacte. Il savait que son pouvoir de régénération était à son extrême limite et que son état physique lui permettait à peine de marcher. Malgré tout cela, le jeune guerrier se sentait parfaitement calme. Il avait gardé ce point de vue qui lui permettait de prendre conscience de ce qu’il y avait autour de lui. Il sentait son sang qui, porté par une puissante odeure de fer, dégoulinait le long de son corps. Chaque goutte de pluie qui richochait sur son corps semblait laver ses meurtrissures. Derrière cet imperméable manteau de liquide, il savait que Sygin s’approchait de lui, pas à pas. Alors qu’il voyait son bourreau venir vers lui une dernière fois, qu’il savait que ce serait leurs derniers assauts, il se sentait parfaitement impavide. Déployant toute la force qui lui restait, il réussit tant bien que mal à se redresser, mais le simple fait de se tenir debout l’épuisait. Il avait abandonné son épée, ses armures de cuir et sa cape dans la boue. L’étoffe qui lui servait pantalon était déchirée et couverte de sang. Pour la première fois depuis très longtemps, son bras gauche était nu face à la lueur terne du ciel. Une profonde marque brune, presque noire, parcourait le membre de Brögd de sa paume jusqu’à son coude. A chaque fois que le voyageur avait posé les yeux dessus, il avait sentit comme un profond mal être en lui. C’était la raison pour laquel il préférait cacher son bras, qui en plus d’insuffler le dégoût aux autres finissait par le rendre fou. Cette fois, c’en était bientôt fini. Là où il allait, il espérait qu’il n’aurait plus à se soucier de ce membre maudit par les dieux.
L’ombre menaçante de Sygin perça soudain le rideau aqueux qui séparait encore les deux hommes. Il se mit en garde une dernière fois.
- Adieux, Brögd.
Cette fois, le-chasseur-de-dragon le savait, la fin était arrivé. L’atmosphère était électrique. La tension était écrasante. La pluie battante donnait à la scène un environnement apocalyptique. Puisant dans ces dernières ressources, Brögd se mit en position de combat, son poing gauche en avant. Le ciel grondait.
Un éclair zébra soudain le ciel et transcenda le champ de batail de son flash divin. Profitant de la détonation luminescente, les deux guerriers fondirent l’un sur l’autre. Leurs auras étaient si déterminées que des étincelles se mirent à jaillir dans tous les sens. Ascalon fonça à toute allure vers le corps de sa cible, annihilant tout sur son passage. Dans un ultime espoire de victoire, Brögd tendit instinctivement le bras et opposa sa main gauche à la lame légendaire. Celle-ci commença à s’y enfoncer quand un éclair d’une puissante séraphine interrompit la scène de son crache assourdissant. Noyé dans la lumière, les deux combattants ne comprirent pas ce qu’il se passait. Le sang jaillissant de la blessure s’était mit à courir sur la lame jusqu’à l’arracher des mains de son propriétaire. Une pulsation résonna dans Ascalon quand, porté par le sang noir du mystérieux bras gauche, elle se retrouva en contact avec la paume de ce dernier. Ce fut sur cet état de fait que la lumière céda sa place aux ténèbres de la nuit mourante.
Le temps reprit son cours. Les deux guerriers s’entrecroisèrent, poussant leurs vigueurs meurtrières à leurs summum.
Quand Brögd reprit conscience de ce qu’il se passait, il tenait Ascalon entre ses mains et était dans le dos de Sygin. Celui-ci était immobile, comme tétanisé. Dans un sens inquiet pour l’homme qu’il considérait encore comme son ami, le voyageur tourna les talons vers lui. A cet instant, une longue fissure lézarda le corps de l’empereur. Un puissant jet de sang se mit à gicler, tachant de sa couleur pourpre les habits à peine humide du dirigeant.
Le destin avait frappé. Une fois ses dernières forces brûlé, Sygin tomba en arrière, désormais incapable de faire un geste. Son sang gicla avant de courir le long du camps en suivant l’eau ruisselante. Frappé par la grandeur de l’instant, Brögd lâcha son arme. Ascalon se planta doucement dans le sol, laissant à son nouveau maître le soin de savourer l’instant. Le guerrier regarda tour à tour ses mains couvertes de sang et le corps déchiqueté de son ancien compagnon. Il commença à réaliser et se mit soudain à hurler de toutes ses forces vers le ciel cruel. Comme si les dieux répondaient à son appel, la pluie cessa et les premières lueurs du matin résonnèrent. Une tâche de lumière frappa Brögd de la grâce. Mais celui-ci était très loin de s’en soucier. Une profonde douleur déchirait son être, un mal que son pouvoir ne pouvait guérir. Il tomba à genoux et laissa couler ses larmes, tandi qu’il contemplait la carcasse sanglante de l’empereur déchu. Le camps était taché de son sang et le ruissellement s’était chargé de teindre d’un rouge âpre une petite parcelle de la muraille. Taché par son sang et celui de son ancien camarade, les larmes du victorieux tachèrent la terre de leurs douleurs. Dans le fond de son esprit, Brögd avait espéré pouvoir sauver son ami. Malheureusement, le destin s’était montré bien cruel avec ces deux hommes. Alors que le voyageur tombait petit à petit dans un désespoir sans fond, Sygin se mit à bouger pour la dernière fois. Il ouvrit faiblement les yeux et fixa désespérément le ciel blanc.
- Non… Je veux plus.
Il toussota.
- L’orbe ne suffit pas, il m’en faut plus…
Son corps ne résistait pas à cette vaine tentative d’appel au ciel. L’ex-dirigeant laissa une large gerbe de sang jaillir de ses entrailles et interrompre sa funèbre verbe.
- Du pouvoir… Je veux… Plus de pouvoir…
Sygin ferma doucement les yeux et laissa sa tête tomber sur le côté. Cette fois, c’en était fini. Sygin, l’empereur du royaume d’Ugrin était mort.
“Pouvoir. Ce sera donc ces dernières paroles.” Consterné et troublé par la douleur, Brögd tourna les talons vers un objets qui avait attendu les deux guerriers durant leur affrontement : Horti. Le visage déformé par la rage, le guerrier se leva brusquement, saisit son épée et la traîna jusqu’à la fontaine asséchée où l’attendait l’orbe. Il posa sa main sur l’objet et la leva à la lumière. Depuis qu’il l’avait perdu, il s’était maudit des milliers de fois d’avoir retrouvé cette relique. Un objet octroyant une telle puissance à son utilisateur était dangereux. Il avait coûté la vie à Eldir, Sygin et des milliers d’autres personnes.
Ravalant sa rage et sa douleur, Brögd prit une grave décision. Il planta son regard une dernière fois dans la mystérieuse orbe d’Horti, l’objet mystique de la légende de Arngrim. Dès qu’il fut sur le point de s’y perdre, l’homme jeta la sphère dans les airs et posa sa deuxième main sur la poignée de son épée. Contracta tous ses muscles, il leva l’énorme masse d’acier et, monopolisant toute la force qui lui restait, il brisa d’un seul coup la légendaire relique. Aussitôt, un éclair zébra le ciel et déchira les tympans du guerrier. Quand l’éblouissement prit fin, Horti avait disparu. Brögd avait débarrassé Neyukisïa de la présence néfaste de cette orbe. Son coeur était empli d’un nouveau sentiment. Son essence même avait perdu sa raison de vivre. Jadis, Brögd le voyageur avait cherché l’aventure, le danger et les combats. Quand il s'aperçut qu’Horti avait disparu, le-chasseur-de-dragon compri. Une révélation éclaira son âme et lui fit prendre conscience de la réalité de son état. Il regarda le cadavre de Sygin une dernière fois en tant qu’ami et respira profondément.
En son esprit, un profond changement s'opéra. L’aventure et les combats devinrent soudain secondaire. Une puissante lumière illuminait maintenant son être, un halo de justice prit le dessus sur l’intrépidité qui l’avait jusque là caractérisé. Il regarda son bras gauche. Une sorte de long trait rappelant vaguement un dragon partait de la base de son poignet et parcourait tout son avant bras. Fatalement, l’homme fixa Ascalon, toujours planté dans le sol, face à lui. Avant le combat, le guerrier s’était dit que s’il l’emportait, il planterait cette lame profondément dans le sol et la laisserait. Mais les choses avaient changé. Cette fois, il portait la légitimité qui faisait de lui l'héritier d’une légende.
Une nouvelle fois, Brögd respira profondément, ferma les yeux et posa ses mains sur la poignée de l'artefact de légende. Il se sentait bien avec cette lame entre les mains. Non qu’une puissance torrentiel parcourait son corps comme c’était le cas avec Sygin, mais cette épée semblait faite pour lui et se retrouvait comme une continuité de son être. Cette fois, c’était décidé. La tête parfaitement froide, Brögd arracha l’arme du sol et la leva difficilement jusqu’à réussir à l’accrocher dans son dos, là où était sa précédente lame.
Résolu, Brögd tourna les talons et se dirigea vers la porte que lui avait ouverte l’ancien empereur du royaume d’Ugrin. Quand il fut dos au cadavre, il s’arrêta et planta durement ses jambe dans le sol encore boueux et rougeâtre.
- Brögd est mort. Désormais, je répondrais au nom de Arngrim !
Le digne héritier de la légende inspira une dernière fois l’air pollué par l’odeur du sang et passa la porte de l’invisible muraille dont les murs noirs luisaient au soleil.
Pas après pas, il marchait droit devant lui, tel un vagabond vers le destin que les dieux avaient tracé pour lui.

***

Plusieurs mois plus tard, en plein centre du désert de Neyukisïa, une petite bande de brigand s'apprête à attaquer un voyageur isolé. Cet homme étrange se protégeait du cuisant ciel grâce à une longue cape qui masquait sa carrure et une partie de son visage. Seul deux informations filtraient de cet accoutrement : l’homme était d’une taille impressionnante et possédait une épée dont la longue poignée dépassait dans son dos. Prêt à passer à l’action, les bandits dégainèrent leurs armes et profitèrent des dunes pour encercler discrètement leur cible. Quand tous furent en place, leur chef prit les devants et se posta devant le curieux voyageur.
- Halte !, cria-t-il. Donne nous tous tes objets de valeurs si tu veux rester en vie !
L’homme dégaina son arme et fit signe à ses compagnons de sortir de leurs cachettes. En règle général, quand les voyageurs voyaient qu’ils ne pourraient ni s’enfuir, ni survire à un combat à un contre dix, ils préféraient payer. C’est tout du moins ce qui arrivait aux voyageurs normaux.
Le colosse détacha sa cape d’un geste vif et la laissa tomber au sol, traînée par le vent. Rapide comme l’éclair, il saisit la poignée de son arme d’une seule main et dans un élan d’action, dégaina en tranchant le chef des bandits en deux.
Les autres membres de la bande restèrent figés en observant le cadavre chaud de leur commandant. Ils fixèrent ensuite l’arme surdimensionné qui venait de prendre sa vie.
- C’est… C’est… Ascalon ! Hurla l’un d’eux en tombant à la renverse d’effroi.
Tous se mirent à trembler. Ceux dont l’instinct de survie était le plus développé tentaient de fuir.
- Je suis Arngrim ! Je suis la justice de ce désert et votre sentence sera la mort !
Arngrim se lança dans une courte bataille.

***

Quelques minutes plus tard, Arngrim avait repris la route. Il ne laissait derrière lui que quelques cadavres et un combat qu’il avait emporté sans aucune difficulté. S’il était devenu très grand ces dernières années, ces derniers mois l’avaient changé du tout au tout. Depuis qu’il se battait avec Ascalon, la maigreur qui le caractérisait avait fait place à une masse musculaire très influente. Malgré ce gain de force à la hauteur de la démesure de son arme, Arngrim sentait qu’il lui faudrait des années avant d’être assez puissant pour manier parfaitement la relique légendaire.
L’esprit en paix, la nouvelle légende vivante de Neyukisïa marcha droit vers son futur. Plus qu’une simple légende, Arngrim le vagabond parcourait la route tracée par son destin pour la justice du désert de Neyukisïa.

FIN
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Défi
Inconnu Day

Il était vingt heures trente. La route défilait sous les routes de la vieille Clio I.
La pluie frappait le pare-brise depuis déjà plus d’une demi-heure. La nuit était tombée sur un nostalgique ciel d’automne. Cela faisait plusieurs jours que ce temps si particulier était revenu, soumis à l’insatiable cruauté cyclique du destin.
Un fond musical à peine écouté portait le véhicule sur sa route, un grand axe qui menait droit vers la capitale régionale. Là, les nuages s’écartèrent devant l’astre lunaire. Celui-ci envahit le trimard d’une attaque pure et blanche. Une voie blanche sous les roues de la petite voiture qui continua son chemin. La beauté de cette route blanche, éclaboussant les alentours d’un liquide lumineux au passage du véhicule. Les étoiles se dévoilèrent, imprimant leurs silhouettes multicolores sur la chaussée. Non, ce n’était plus cela.
Dans cette nuit d’automne, la vieille Clio roulait dans le ciel. Son chemin tracé par deux longs cordeaux blancs, la voiture avançait vers sa destination, droit vers les étoiles. Une gigantesque nappe noire parsemée d’éclats de couleurs s’était dressée sous les roues de l’automobile. Au-delà de cet extraordinaire voyage qui paraîtra pourtant si familier et banale à certain, l’univers s’ouvrait aux fantasmes les plus grands et les plus fous. Peut-être était-ce cela, la folie des grandeurs ?
Le ciel était sous les roues de l’auto, inébranlable, absolu. La vieille Clio voyageait vers son destin sur une route étoilée, surveillée par l’œil des dieux.
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Inconnu Day
Bienvenu dans le futur ! Vous a bord du Pequod XVII, dirigé d'une main de fer par le capitaine Nemo avec le vide intersidéral comme principal ami.

C'est ma première nouvelle SF ! ^^ Elle est truffé de petites références, essayé de toutes les trouver ! ^^
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