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Françoise Prouvost

Dessiner un sourire sur les lèvres de mes lecteurs, leur laisser en tête un petit air frais... Le bonheur.
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œuvres
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"J'aime" reçus

Œuvres

Défi
Françoise Prouvost


 Identiques, lisses, planes, cirées, encaustiquées et finalement vitrifiées, depuis quatre-vingts ans elles mènent la famille au coucher avec la tranquillité des forêts profondes. Trente-deux marches vers les chambres, larges et sans surprise, grimpées à la va-vite ou l’une après l’autre, promesses de plaisir ou de sommeil : des pas, des planches, des riens. La sixième pourtant… la sixième fait de la résistance. La sixième marche grince.
 La sixième marche grince. Elle geint, elle gémit, elle pleure, craque et recommence de plus belle lorsque le pied remonte. De quelle souffrance tire-t-elle sa poignante complainte ? Fut-elle taillée dans le cœur de l’arbre, enferme-t-elle quelque esprit sylvestre que nos souliers martyrisent ? Depuis quatre-vingts ans, la sixième marche grince mais le temps transforme tout. Son gémissement tragique est devenu au fil des ans une voix apprivoisée et familière, traduite selon l’humeur : « bonsoir », « tu rentres bien tard », « tu peux dormir, les enfants sont rentrés », « bonjour, je réveille les autres ?.. »
 Aujourd’hui je suis la dernière habitante de la maison, vieille et seule. Les enfants trouvent l’escalier dangereux et la maison de retraite « sécurisée ». Mourir en sécurité, mourir de plain pied, ça ne m’intéresse pas. Je veux rester. Je veux entendre dans un dernier souffle la sixième marche m’annoncer qu’ils arrivent, me grincer à l’oreille « tu peux partir. Les enfants sont rentrés ».
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Défi
Françoise Prouvost


Les corbeaux ne dérangent pas Louis et il n’a cure des courants d’air. Le château de Loches, à moins de cent lieues de la Bretagne, à mi-chemin entre Bourges et Tours, est idéalement placé pour réagir au moindre mouvement de troupes. Charles, son plus jeune frère qui arrive ce soir et demain lui rendra hommage, devra se contenter de cette forteresse pour passer en compagnie de la belle Colette de Chambes les prochains jours.
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Charles est malingre et vaniteux. Né vingt-trois ans après son aîné, il fut le fils préféré. Il ne s’en est pas fallu de beaucoup que leur père Charles VII, après avoir trahi la pucelle, ne déshérite l’ainé au profit du cadet, tant les relations entre le dauphin et le roi étaient exécrables. Aujourd’hui, Charles VII est mort ; son aîné, Louis le onzième, règne.
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Si Louis paraît dans une mise des plus modestes, Charles sait qu’il y a « sous un chapeau de six « gros » une couronne qui vaut des millions d’or». Le roi ce soir se montre des plus affables. Il reçoit son jeune frère avec faste ; il écoute les doléances de celui qui est aujourd’hui duc de Berry et qui, sous les yeux énamourés de Colette, réclame tout de go les duchés de Guyenne, de Normandie et de Gascogne.
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Au cours du banquet le vin coule à flots. Mets et entremets garnissent la table. Jongleurs et troubadours se succèdent. Louis cependant ne boit guère et ne se sert que du bout des doigts. Son bouffon fait mine de goûter les fruits que Charles a offerts et de tomber à terre empoisonné. Louis éclate de rire et, voyant Charles blêmir : « allons mon frère, ce ne sont là que bouffonneries ! Honni soit qui mal y pense, comme l’eût dit le maudit Plantagenêt ! »
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Le lendemain est jour solennel : tête nue et à genou, Charles fait don de sa personne au roi devant la cour réunie. Louis prend les mains de son jeune frère entre les siennes et reçoit l’hommage du duc de Berry. Puis les deux hommes s’étreignent et se jurent sur la bible fidélité, « de bonne foi et sans tromperie ». Le regard de Louis darde son vassal tandis qu’il lui remet l’étendard et Charles baisse les yeux.
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Au soir d’une journée de festivités, Colette retrouve son amant dans la tour maîtresse et l’accable de reproches : « Le roi te berne ! Tu dois lui montrer ta puissance ! Il est détesté, il écrase les villes sous l’impôt ! A Reims, à Angers les bourgeois se sont soulevés contre lui et la répression fut sanglante ! Si tu… » Le gaillard n’est pas d’humeur. Il rugit, culbute hardiment la dame et lui fait l’honneur de sa semence sans coup férir.
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Depuis les remparts, Louis regarde la ville aux premières heures de l’aube quand le pas lourd d’un homme en arme attire son attention. « Eh bien mon frère, lance-t-il à Charles qui le rejoint, comme te voici paré ?.. »
- Apprêté pour m’entraîner à la quintaine… ou pour prendre les armes, Sire. Le Téméraire verrait volontiers sa terre de Bourgogne rejoindre la Flandre, le duc de Bretagne est lié à l’Anglois ; mon épée est à votre service.
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Dans la lice au pied du château, le cheval de Charles écume. Le duc et ses compagnons rivalisent d’adresse au jeu de l’anneau sous les yeux des dames de la Cour. Aux côtés de Colette de Baumes, Yolande de Savoie, sœur de Louis, surveille ces jeunes gens. L’épouse d’Amédée de Savoie n’a de cesse de prévenir son frère le roi contre la faiblesse de leur cadet. Elle sait que le téméraire a déjà proposé à Charles la main de sa fille Marie…
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A l’heure du midi, Louis s’avance. Il fait porter sur des plateaux des gâteaux, des pêches et des abricots. Il a interdit à son frère de participer aux joutes, par égard pour la faible constitution du jeune homme. Celui-ci vient s’asseoir à ses côtés et les deux hommes négocient sous un dais tandis que s’affrontent les chevaliers. Louis connait par sa sœur Yolande le prix auquel Charles estime sa fidélité : le duché de Normandie.
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Le roi se couche tard. Il travaille beaucoup. Il a laissé sa très jeune épouse Charlotte à Amboise et il ne pense qu’à sa mission : unifier et affermir le royaume sauvé trente ans plus tôt par Jeanne d’Arc d’une interminable guerre. Un royaume que Charles VII a commencé à reconstruire. Louis détestait son père, ses conseillers et la maîtresse royale Agnès Sorel ; il va pourtant poursuivre l’œuvre de son géniteur avec une froide détermination.
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Dès matines, Charles annonce qu’il ne participera pas à la chasse qui doit clore son séjour à Loches. Il est malade. La fièvre l’a saisi au milieu de la nuit. Colette de Chambes accuse le roi de lui avoir tendu une pêche hier, lors de leur conversation sous le dais, pêche à laquelle le duc aurait trouvé un goût bien amer… Tout le jour, tandis que les Seigneurs chassent le sanglier en forêt, se répand à la Cour la rumeur d’un empoisonnement…
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Arguant des soupçons que madame de Chambes a exprimés au sein de son propre château, Louis feint la colère et enjoint au duc de Berry de quitter Loches sur l’heure. Le malade s’en retournera à Bourges transporté en litière. Il n’a pour l’heure rien obtenu de son frère le roi.
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Louis peut se satisfaire de la tournure des événements. Il trouve dans l’attitude de Colette de Chambes et ses accusations ridicules un motif idéal pour abréger le séjour de son frère et ne rien céder de ses exigences. Yolande vient cependant le trouver et le supplie de ne pas jeter son jeune frère, déçu et amer, dans les bras du puissant voisin le duc de Bourgogne.
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Alors que la litière de Charles s’apprête à quitter le château, le roi de France vient sur le conseil de sa sœur lui souhaiter un voyage paisible et un prompt rétablissement. Comme Charles, dont l’état de santé s’améliore, lui reparle de la Normandie, il lui raconte comment lui-même, du temps du roi Charles VII, ayant été exilé en Dauphiné, avait su tirer profit de cet exil et transformer sa province.
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« Avant que de songer à multiplier titres, terres et revenus, prends plutôt soin de ta province et de son organisement. Bourges est belle et bonne ville, qui requiert grande protection. Voici l’ordonnance que j’ai prise d’y créer une université. A toi d’attirer les plus beaux esprits afin que la sa renommée rayonne jusques aux confins du royaume. » Ainsi parle Louis avant de regarder la litière de son frère s’éloigner vers le Berry.
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Le roi Louis XI règne depuis deux années et il a compris que ce frère-là représentera toujours un danger, tant sa faiblesse et sa vanité font de lui le maillon faible de la famille de France. Le roi est assez fin politique pour lui donner peu aujourd’hui. Il sait déjà que tôt ou tard, il devra lui offrir beaucoup pour l’arracher des griffes des ennemis de la France. Il a gagné la première manche.
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Défi
Françoise Prouvost

On s’attache à une voiture, on la nomme parfois. On tient à son ordinateur, on apprécie son lave-linge, on se rassure en tripotant son téléphone, mais avons-nous jamais la moindre pensée pour notre ascenseur ? Non. L’ascenseur est anonyme, méprisé !
Cette indifférence de l’humanité urbaine est trop injuste. Je veux défendre les ascenseurs. Mon premier combat sera terminologique. Je réfute l’expression « je prends l’ascenseur ». Je propose « l’ascenseur me prend », ce qui correspond mieux à la réalité et ouvre la porte à l’imaginaire, voire aux fantasmes si affinités. Dès lors qu’il vous prend, un ascenseur pourra peut-être développer un comportement spécifique, agir, devenir sympathique, bougon ou primesautier… Ne pourrait-il, pendant qu’on y est, vous parler, plutôt que de vous imposer un fond musical sans âme ?
Vous allez me dire : que pourrait raconter un appareil qui passe sa vie en cage et effectue ad aeternam le même trajet de haut en bas et vice-versa ? Allons, cherchez bien ! Vous qui habitez au quinzième étage, êtes-vous sûr que votre ascenseur n’aurait rien à révéler ? Soyez honnête !
Oui, celui que vous retrouvez le matin lorsque, fraîchement rasé, parfumé (un peu beaucoup, aujourd’hui !), celui dans le miroir duquel vous vérifiez votre aspect avant d’affronter le reste du monde, le discret compagnon qui vous retrouve le soir tout barbouillé des émotions du jour et qui sans barguigner vous remonte jusqu’à vos appartements, avez-vous réalisé les conséquences d’un subit déballage des secrets que ses entrailles abritent quotidiennement ? Oh, soyez tranquille, il ne dira rien ! Il ne vous trahira pas, vous qui lui avez confié vos détresses les plus intimes, vous qui avez chanté, grimacé, murmuré, pété, remis votre chemise dans votre pantalon, effacé le rouge à lèvres que vous aviez sur les dents en toute confiance tandis qu’il vous amenait à l’étage désiré. Il est lisse et bien élevé ; un serviteur silencieux et efficace comme il n’en existe plus depuis l’abolition de l’esclavage.
Il ne s’agit donc que d’affabulations, mais… Si, au moment d’appuyer sur le bouton « rez-de-chaussée », vous l’entendiez vous murmurer « vous savez que le bellâtre du cinquième se nettoie les crottes de nez à chaque voyage ? » Vous regarderiez bien différemment le type dont vous soupçonnez qu’il fait de l’œil à votre épouse ! L’ascenseur pourrait vous exprimer quelques reproches à connotation syndicale : « mon petit Mathieu, tu as trop mangé ce midi. Tu as pris six-cents grammes depuis ce matin ! » Il pourrait aussi meubler la conversation lorsque le hasard des emplois du temps vous oblige à partager votre descente avec la dame du dix-huitième et son chien, lequel vous renifle toujours à l’endroit le plus gênant qui soit… « Maryse, je vous présente Mathieu, le locataire du quinzième. Votre chien semble très attiré par Mathieu, non ? »
Heureusement, si méprisé soit-il, votre ascenseur ne parle pas et ne trahit rien de vos petits secrets. Attention quand même, il pourrait bien être équipé de caméras et ce sont alors messieurs Roux et Combaluzier, Otis, Schindler et autres ThyssenKrupp qui, derrière leurs écrans de surveillance, agrémentent peut-être leurs heures de boulot en matant vos instants de relâchement plutôt que d’aller réparer les ascenseurs des cités, ceux que les habitants appellent en vain et qui n’arrivent jamais, ceux qui font grève aussi souvent que les cheminots. Ceux-là au moins, ceux-là savent se faire respecter !






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Questionnaire de l'Atelier des auteurs

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