Les cinq sens

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Image de couverture de Les cinq sens

Une image remplace peut-être mille mots parce qu'elle fait appel à la mémoire, au vécu, au ressenti de celui qui la regarde.
C’est celui qui regarde, qui va construire d’un seul coup les mille mots de description.
Mais, si c’est une personne du Sahara qui regarde cette image "au chasseur ", les mille mots qu’il va ressentir ne seront pas si riches et si justes que ceux d'une personne qui connaît la région où a été prise la photo, car il aura vécu déjà ce genre de confrontation à ce genre de paysage.

Si la photo montrait un paysage et un chasseur en plein Sahara, on peut très bien imaginer que la description générée sera plus faible par la personne du Nord que celle du natif saharien.
Une photo, un tableau, un dessin, donc un support en deux dimensions, a besoin du vécu de celui qui les regarde pour parler, donner de l'émotion. Le support peut être très beau, équilibré, précis, il créera à certains une émotion positive, de l'indifférence pour d'autres, un dégoût pour le reste. Un gribouillage d'enfant aura exactement le même sort.
Bien sûr, nous parlons de sentiments bruts, pas de sentiments devant un tableau qui a une valeur marchande donc de mode, de snobisme, ce qui fausserait tout.
Tout cela pour amener, à chanter maintenant l'ode de la littérature, de l'écrit.
Quand on voit un tableau, un dessin, une photo, nous ne faisons appel qu'à un sens, la vue.
Quand nous regardons un film parlant, nous faisons appel à deux sens, la vue et l'ouïe.
Mais dans l'écrit, un bon écrivain vous capture en jouant des 5 sens. Chacun de nous a un ou plusieurs sens de prédilection, la vue pour les trois dimensions, l'ouïe pour les mélomanes, le goût pour les gourmands, le toucher pour les tactiles et l'odeur pour les sensuels.
Le texte va simultanément faire appel à l'un de ces sens, comme autant d'hameçons pour attraper et captiver le lecteur. Le tout dans un rythme imposé par l'auteur, son style, son intelligence, intelligence que le lecteur va s'approprier s'il a mordu aux différents hameçons.
Chacun va prendre son miel du texte, avec les mots qui leur sont dédiés.
Peut-on faire cela avec le graphique ?
Une photo, un dessin, un tableau n'a pas assez d'hameçons.
Le plaisir de l'écrivain, ou du rédacteur, quand
Il veut que son texte soit plus percutant, plus ajusté. Donc il doit peser les mots, les remettre en cause, re choisir des mots avec d'autres nuances, là, il peut ouvrir un dictionnaire des synonymes, les mots proposés vont faire naître plus de force, de finesse, de justesse à la description ou tout bonnement donner d'autres idées percutantes.
La description bien menée mènera à un feu d'artifice personnel qu'il essayera de faire partager à ses lecteurs.
J'ai donc écrit la thèse d'un dessin qui vaut y mieux que 1000 mots, j'en ai fait l'antithèse en faisant l'apologie de l'écrivain qui va d'écrire par des lettres, des mots, des images, des allégories sensés vous faire entrer dans l'univers qu'on veut faire partager.
N'oublions pas qu'un lecteur quel qu'il soit, réécrit inconsciemment, sans le vouloir le bouquin qu'il lit.
Il lit, il entre dans l'imaginaire de l'écrivain, se fait capturer par l'histoire, mais avec son vocabulaire, son sens des mots, son poids personnel des mots, sa sensibilité personnelle, son vécu, sa philosophie, ses propres valeurs, ses soucis du moment, ses erreurs d'interprétation, ses micro-absences, sa fatigue. Le résultat de la lecture donnera un livre lu, autre que celui du livre de l'auteur.
Certains lecteurs ne joueront pas le jeu de se projeter dans le livre, mais savoureront ou pas, le style, le rythme, les ressorts de l'histoire, la force du vocabulaire, les références et d'autres effets très subtils pour eux.

On peut parler par image, par allégorie...
L'image qui vaut 1000 mots, c'est l'allégorie, la métaphore, la comparaison, la personnification qui vaut mille mots.
Dans toute la France, on parle en s'envoyant des images qui sont des allégories, métaphores, comparaisons, personnifications. On en use peut-être un peu plus dans le midi.
Dans les autres langues aussi, on utilise les images, peu ou prou.
Pour moi homme du sud, l'image, fait partie de la gestuelle du langage, la poésie du discours improvisé dans la vie de tous les jours, elle distille souvent une pointe d'humour, dans des circonstances de colère, d'amour, de passion, de passage de consignes, d'éducation, de tendresse.
L'image qu'on envoie à un interlocuteur, c'est la cuillère de Nutella pour un gourmand, le mistral qui joue dans les cheveux pour un tactile, l'air aigrelet que siffle le peintre sur son échelle, le coucher de soleil feu derrière les monts du massif de l'Esterel, cette odeur subtile, cotonneuse et envoûtante du mimosa de février.
Là, on retrouve les cinq hameçons des cinq sens pour ferrer notre auditeur.
De l'image en deux dimensions proposée, je vais maintenant faire naître, pour illustrer ma synthèse, d'autres images virtuelles faites de mots. Images de personnalisations, d'allégories, de métaphores, de comparaisons.
La première fois que j'ai vu la photo, moi homme du sud, j'ai vu que c'était une photo prise dans le nord. Moi, qui situe le nord au-dessus de Valence. Donc, j'ai tenté d'affiner mon analyse en prenant pour référence les maigres voyages que j'ai fait dans les "brumes du nord", j'en déduis que ce paysage se trouve dans l'est de la France ou peut être le Morvan. Une vallée dans le matin de fin septembre début octobre, car les feuilles sont bien vertes et que c'est l'ouverture de la chasse.
Dans la brume du matin, les volutes de brouillard jouent avec la lumière laiteuse et vaporeuse, rendant les formes fantomatiques et changeantes. Cette eau vaporisée a piégé les odeurs du bois et les transporte au gré de la brise vagabonde, de l'humus à l'odeur de champignon, de l'herbe qui commence à se décomposer. C'est l'odeur des bois d'automne. L'eau est partout, du bruit de ventouse des bottes qui s'embourbent dans la boue autour du ru. Des hautes herbes qui vous mouillent les joues d'eau glacée par la nuit. Dans le lointain, le ruisseau saute les pierres en chantant son roucoulement hydraulique. La brume agite une ombre noire sous les arbres, deux coups de fusil claquent, des oiseaux s'envolent dans un bruit affolé d'ailes et de cris. Le vent met longtemps à nous faire parvenir l'odeur âcre de la poudre, une odeur de pierre à fusil.  J'attends longtemps la suite logique,  l'odeur fade de la mort, elle n'est jamais venue. Le chasseur a raté sa proie
Zut, je suis trop bavard, j'ai écrit 105 mots de trop.

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Table des matières

En réponse au défi

Une image vaut mille mots

Lancé par MIA Anastacio
Outre l'écriture, je m'adonne au loisir de la photographie. Ne dit-on pas souvent qu'une image vaut mille mots ?

Je vous propose de prendre ce dicton au pied de la lettre et d'écrire un texte qui fasse exactement 1000 mots en vous basant sur l'image suivante :
https://500px.com/photo/123848499/hunter-in-the-morning-by-marie-anastacio

Ce peut être ce que vous voulez, du moment que le texte soit en lien avec l'image et fasse précisément 1000 mots.

Au plaisir de vous lire.

Commentaires & Discussions

Les cinq sensChapitre2 messages | 6 ans

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