Le Monstre

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 Elle m’a caressé la tête jusqu’à ce que je m’endorme. Je me suis laissé aller dans les bras de Morphée, emporté par la douceur de son geste rassurant et l’agréable songe qui m’attend. Puis je l’ai entendu…

C’est son cri qui me réveille. Je sursaute. Mon cœur s’affole. Il hurle. Il vient pour moi, je le sais. J’espère qu’il ne m’a pas vu.

 Elle sait aussi qu’il vient me dévorer, alors elle essaie de le retenir pour me laisser le temps de me cacher. Je n’ai pas le réflexe de lui dire merci, et je regrette de ne pas avoir le courage de l’aider à l’affronter. Mais j’ai peur. Je suis si fragile… Je n’aurais pas la force.

 Je file aussi vite que mes petites jambes me le permettent et tente de trouver une cachette où me faufiler. Le monstre hurle toujours.

 Elle le retient avec difficulté, mais il est plus fort qu’elle, et il la traine dans toute la pièce en hurlant. Elle refuse de lâcher. Quel courage !

 Le monstre revient tous les jours, à la même heure. Il est énorme, rouge sang, se déplace très vite, et son long cou lui permet de débusquer ses proies. Il les étouffe sans pitié… Je n’arrive jamais à lire les émotions de son visage. Je me demande même s’il connaît autre chose que la faim. Il n’est jamais rassasié. Il revient dans le quartier tous les jours pour chasser, je ne le vois jamais arriver. Je ne l’entends pas non plus jusqu’à ce qu’il se mette à crier.

 Et son cri… C’est la chose la plus terrifiante que j’aie jamais entendue. Un son aigu, perçant, qui vous déchire le tympan si vous restez trop près de lui. Un son qui ne s’arrête qu’une fois son estomac plein.

 Il la tire de toutes ses forces, mais elle n’abandonne pas. Elle se bat pour le retenir. Elle est tellement forte. Je n’aurais pas le courage de lutter.

 Le pied du monstre me frôle. J’en ai la chair de poule… Mais je suis bien caché et il ne m’a pas repéré. Il n’a pas un bon odorat ni une bonne ouïe. Il se contente d’attraper ce qu’il voit.

 Enfin, le cri s’arrête. Elle l’a vaincu. Le monstre a capitulé face à sa force. Je le savais !

 Je sors de ma cachette, bondis vers elle pour la remercier de m’avoir si bien protégé. Elle se penche vers moi, caresse ma joue.

 – C’est fini, dit-elle d’une voix douce. Tu ne risques rien, tu sais. C’est seulement l’aspirateur.

 Je souffle un petit miaou pour la remercier.

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