Penser sans conclure
Depuis que le monde est monde, l’être humain nourrit une méfiance instinctive envers la nouveauté.
Chaque grande avancée technologique ; du train à vapeur aux usines, en passant par les bouleversements sociaux, a suscité la peur. Cette crainte n’est pas irrationnelle : elle naît du fait que la nouveauté échappe aux cadres connus, aux critères établis. Ce qui n’existe pas encore ne peut être mesuré, donc ne peut être maîtrisé.
Aujourd’hui, cette peur s’inscrit dans un contexte inédit : celui d’une société profondément déshumanisée.
Plus personne n’écoute réellement l’autre. La majorité d’entre nous passe plusieurs heures par jour assise face à un écran, privée de mouvement, de regard et de contact.
Le peu de temps libre dont nous disposons est aussitôt absorbé par d’autres écrans : réseaux sociaux, flux d’informations continus, notifications permanentes. Nous ne vivons plus le réel, nous le consommons. L’échange devient virtuel, fragmenté, superficiel.
Cette situation est profondément triste, presque tragique, car elle conduit à une solitude collective.
Les individus sont connectés en permanence, mais incapables de se rencontrer véritablement.
Si l’homme moderne se tourne vers l’IA, ce n’est pas par paresse ou par fascination technologique, mais par solitude. Un être plongé dans l’obscurité cherche instinctivement une voix qui lui répond.
Dans ce contexte, l’apparition d’un robot logique, constant et sans jugement n’a rien d’étonnant.
L’IA ne surgit pas par hasard : elle répond à un vide. Dans un monde où chaque parole est interprétée comme une agression, où la moindre tentative d’expression émotionnelle est médicalisée, l’IA apparaît comme une oreille neutre, disponible, rassurante. Elle n’interrompt pas, ne juge pas, ne se fatigue pas.
Paradoxalement, plus notre société se veut rationnelle, plus elle s’éloigne de l’humain.
Nous avons inventé et détourné des outils pour mesurer : l’intelligence (le QI), pour quantifier la beauté (le nombre d’or), pour classifier les émotions (tests cognitifs), comme si l'humain pouvait se réduire à des chiffres. Nous sommes devenu malgrès nous des ROI. ( Return On Investment)
Cette logique de calcul prépare le terrain à l’IA, car elle repose sur la même illusion :
tout comprendre en mesurant.
Pourtant, il est bien trop tôt pour affirmer que l’IA est bénéfique ou dangereuse.
L’histoire nous montre que l’impact réel d’une innovation ne se révèle qu’avec le temps.
La cigarette en est un exemple frappant : autrefois valorisée et distribuée par l’État, elle est aujourd’hui reconnue comme mortelle. "FUMER TUE". Ce retournement n’est pas un paradoxe, mais la conséquence d’un manque de recul initial. On ne peut évaluer une technologie sans données à long terme.
Seul l’avenir pourra trancher :
l’IA sera-t-elle une avancée majeure pour l’humanité, ou le symptôme ultime de son isolement ?
Peut-être verra-t-on apparaître un nouveau slogan, aussi brutal que trompeur :
« L’IA peut nuire à votre santé mentale. Usage recommandé : de 8h30 à 17h30. »
Ma conclusion est simple : je n’ai pas d’avis.
Aussi brutal et incondescendant que cela puisse paraître, il est encore trop tôt pour juger l’IA. Refuser de trancher aujourd’hui, ce n’est pas fuir le débat, c’est reconnaître nos limites face à une innovation dont les effets ne pourront être compris qu’avec le temps.
Mon essai est peut-être imparfait, mais il est honnête.
Parfois, essayer de penser vaut déjà plus que prétendre savoir.
Je vous invite à HURLER et à continuer d'ECRIRE de travers... car aussi tordu que cela puisse être, c'est notre droit et notre devoir, de rester indécis et donc humains.
Et je termine sur un "bisous bisous aimez-vous" grotesque, mais sincère. ❤️

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