Chapitre quatrième

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Les bateaux étaient prêts à appareiller quand Tancred donna à Rasfred l'or qu'il lui devait. Rasfred compta lui même chaque pièce, puis, satisfait, il serra la main de Tancred. Puis l'or fut monté à bord de son navire.
Tancred les regarda lever l'ancre, posté majestueusement sur le rebord du lac, il portait le même manteau noir, mais avec beaucoup plus de prestance. Et, la tête relevé, pour se donner de l'allure, il regarda les navires de Rasfred s'éloigner.
-" Messire?" Fit son conseiller à côté de lui."il serait peut être temps de se mettre en route. Nous avons des poches de résistance à écraser avant que la province ne soit toute à nous.
- Vous avez raison. Ne perdons pas de temps. Ce n'est pas parce que Enguerrant est mort que je ne vais pas détruire de sa province tout souvenir de lui. Maintenant qu'ils n'ont plus un seul rempart derrière lequel se cacher, nous n'avons plus qu'à faire la tournée des villages, écraser les dernier soldats, décapiter les nobles ayant survécu, brûler les granges dans lesquelles se réfugient les soldats en fuite, et intimider le peuple pour lui faire comprendre qu'il est sous notre domination à présent.
- Si je puis me permettre, pourquoi avoir entièrement nettoyé et rasé toutes les villes de sa province? Nous aurions pu les coloniser. Et sans cités ni fort, il sera compliqué s'assoir notre domination sur cette terre.
- Nous aurions de toute manière été incapables de tenir ces cités, et au final elles auraient à nouveau servi de refuge à nos ennemis. Je ne veux pas un seul mur de pierre debout derrière lequel nos ennemis pourraient s'abriter. Cette guerre est une guerre de vengeance après qu'Enguerrant m'ait manqué de respect, ne l'oubliez pas. Et notre principale objectif n'est pas tant de conquérir que de semer mort et destruction. L'objectif est qu'il n'y ait plus rien ici. Rien.
- Mais… messire… sans forts, comment défendrons nous ces terres contre les autres seigneurs des environs qui voudront nous la prendre?
- Personne ne tentera de nous prendre cette terre. Déjà pour la raison que vous nous avez donné: ils n'ont pas d'intérêt à conquérir un territoire sans cité ni château. Cela leur parait trop risqué, justement. De plus, avec la destruction que nous avons semé, cette province n'est pas rentable. Faire une autre guerre pour l'avoir serait trop coûteux par rapport au gain immédiat de l'annexion de cette terre. La guerre ça coûte cher. Et enfin, n'oubliez pas l'intimidation. Le but de cette guerre est de montrer ce qu'il advient de ceux qui osent me sous estimer. Enguerrant m'a manqué de respect, et il est mort dans une cage, dévoré par mes corbeaux. Sa famille a été massacré, ses vassaux tués, ses forts rasés, ses cités détruites, ses archives brûlées et son peuple asservi. Dans cinquante ans on aura oublié son nom. Voilà ce qui arrive à mes ennemis. Un éventuel envahisseur devra y réfléchir à deux fois avant de me déclarer la guerre. Moi je suis un acharné, je ne fais pas les choses à moitié, et quand j'ai commencé une guerre juste, je ne l'arrête pas avant la destruction totale de l'ennemi.
- Je reconnais bien là votre tempérament. Hm… quand aux mercenaires…
- Nous n'en avons plus besoin. Et au prix ou je les paie, autant s'en passer sitôt qu'on peut. Mais on pourrait avoir à nouveau besoin un jour de la bande de Rasfred. C'est pour ça que je les laisse repartir en vie.
- Je vois. Me voilà rassuré."
Tancred lança un dernier regard vers la flotte de mercenaires, puis il se mît en marche vers ses affaires.

Rasfred s'assit bruyamment sur une chaise dans la cabine du capitaine. Il retira ses bottes et se posa confortablement. Rasfred lança un regard à l'amiral Nadran, qui était allongé dans un hamac, doucement bercé par le tangage du bateau. Nadran était un homme svelte, à la peau noire, avec des cheveux crépus coiffés en tresses et un bouc. Il était plutôt fin et élancé, et étant expérimenté dans le domaine, cet ancien pirate avait été nommé amiral de la flotte par Rasfred. C'était à lui qu'incombait en théorie le devoir de coordonner tous les navires et de commander aux capitaines.
Rasfred le contempla un instant. Il se roulait en boule dans son hamac et dormait à moitié. Rasfred décida de le réveiller en lui criant dessus un bon coup.
-"Nadran! Tu n'as rien à faire là? Tout de suite?"
L'amiral se redressa d'un bond et s'assit sur son hamac.
-"Hein?… Chef? Mais non je n'ai rien à faire. J'ai donné tous les ordres à l'avance, tout les capitaines savent exactement ce qu'ils doivent faire.
- Vraiment?
- Absolument. Je préfère donner mes ordres aux capitaines en personne. Ça me permet de m'assurer qu'ils ont bien tout compris, et de leur rappeler bien distinctement que ceux qui désobéissent je leur tranche la gorge et je les jète à la mer. Généralement ça passe mieux quand je suis là pour le leur rappeler. Aussi je donnes les ordres avant le départ.
- Et tu n'oublies pas quelque chose?
- Non. Pourquoi cette question?
- Bon sang mais qui est capitaine de ce navire!
- Ben… moi.
- Et qui diriges ce navire en ce moment même!
- Oh! C'est mon second. Un garçon qui a du potentiel. Si tu vois ce que je veux dire.
- Tu laisses ton second commander ton navire à ta place?
- Ben ça lui fait plaisir. Et puis, ça lui apprend les responsabilités. Tôt ou tard il sera capitaine.
- Tu ne devrais pas laisser quelqu'un prendre ta place. C'est risqué!
- Nous autre les marins c'est pas comme chez vous les guerriers. On appartient pas au même monde. Le sens de l'honneur n'est pas tout à fait le même. Le gamin me trahira jamais. Dans la marine on est presque comme une famille. Presque... C'est pas parce que les hommes prennent l'habitude d'obéir à ses ordres qu'ils en oublient que c'est moi qui commande et que c'est moi qu'ils doivent suivre. Toi tu es obligé de toujours mener la charge pour être respecté par tes hommes. Dans la marine on est plus pragmatique. Si demain je décidais d'égorger mon second et de reprendre le commandement, les hommes l'accepteraient, et ça changerait rien pour eux. Parce qu'ils savent que même quand ils ne sont pas directement sous mes ordres, derrière, c'est moi qui commande tout et tout le monde. C'est pour ça que je suis amiral. L'équipage de chaque bateau est plus loyal à ma personne qu'à leur capitaine. C'est comme ça. Chez tes guerriers en revanche ils comptent plus sur leurs officiers. Je ne sais pas pourquoi. C'est peut être parce qu'en tant que guerriers, sur le champs de bataille ils sont plus indépendants les uns des autres et ne comptent que sur eux même et les gars juste à côté d'eux pour les aider. Les marins eux, savent qu'ils doivent pouvoir compter sur la totalité du navire et les dizaines d'hommes qui le font marcher. Ils sont tous dépendant de tous les autres et leurs propres actions n'ont d'importance que cumulées à celles de tous les autres. Cela explique sans doute la différence de mentalité entre tes guerriers et mes marins. Moi, j'ai rien à craindre.
- Tu parles tu parles… mais au final qu'est ce qui te dit que ton second va pas te pousser par dessus bord et prendre ta place?
- Je le connais bien ce petit gars. Il ne me trahirait pas. Il m'aime beaucoup trop. Je suis son idole. En plus je sais le contrôler et le punir comme il se doit à la moindre erreur. Il m'aime et il me craint. C'est amplement suffisant. De toute façon, il est trop jeune pour prendre ma place, et il aurait pas les couilles de me pousser par dessus bord.
- À ta place je ne serais pas rassuré pour autant.
- Je ne m'inquiète pas. Je sais à partir de quel âge je dois m'en débarrasser. Soit en en faisant un capitaine, soit s'il m'a déçu, en le donnant à manger aux poissons.
- Si tu me dis que t'as la situation en main…"
Un homme d'équipage pénétra dans la cabine et salua en disant:
- M'sieur! Je veux dire… capitaine! On a un petit problème.
- Qu'y a t il." S'enquit Nadran d'un ton las.
- Deux hommes se sont battus et ils ont accidentellement fait un trou dans un des tonneaux de vin de la cale. On a réussi à minimiser les pertes, mais pas pour longtemps.
- Bon. Alors dites aux deux idiots qui se sont battus qu'ils seront privés de vin pendant une semaine et mettez le tonneau en perce. On le videra ce soir.
- Bien capitaine." Il hésita un instant." Je dois aussi vous dire qu'un des deux est blessé.
- Blessé à quel point?
- Ben plutôt grave quand même. Ils se battaient au couteau ces deux idiots. Il est capable de marcher et tout ça, faut juste qu'on lui recouse le bide et tout ira bien.
- On me l'a déjà faite celle là. Jetez le par dessus bord."
Le marin resta pétrifié un instant. Nadran s'impatienta.
- Alors quoi? Vous le jetez par dessus bord! Ou est le problème?
- Mais capitaine… on pourrait très bien…
- Un mot de plus et c'est ta tête qui ira tenir compagnie aux poissons. On est des mercenaires pas vrai? Un type qui est pas capable de se défendre dans une petite rixe comme celle là n'a pas sa place dans une compagnie comme la notre.
- Bien M'sieur… capitaine."
Il salua à nouveau, sortit à reculons et referma la porte de la cabine.
Quand il fut parti, Nadran éclata de rire.
-"Ils sont pathétiques pas vrai? Je me souviens un jour de ce type qui disait: Attendez, me jetez pas à la mer. Moi je suis pas mort, faut juste me recoudre. Tu parles. Je l'ai jeté avec les autres. C'était du temps ou j'étais pirate en méditerranée. Les types s'imaginent peut être que je suis capable de ressentir de la pitié, moi! Je t'ai déjà raconté comment je suis devenu capitaine la première fois en décapitant un par un en combat singulier tout l'équipage du bateau pirate qui m'avait capturé. Après que j'aie tué leur capitaine, ils ont tous voulu m'affronter. Ils préféraient tous mourir et me laisser un navire sans équipage plutôt qu'être commandés par un esclave. Je les ai tous tué un par un en rengainant mon cimeterre après chaque décapitation. Finalement, c'est pas ça qui m'a empêché de devenir un grand pirate.
- Je sais." Soupira Rasfred." Tu nous a déjà raconté ton histoire une centaine de fois. Hou Le grand Nadran! Hou qu'il fait peur! Qu'il est grand! Ça devient gavant."
Nadran s'allongea dans son hamac et contempla le plafond de la cabine en disant:
-" Tu sais je ne regrettes pas cette époque. J'ai eu une vie satisfaisante. Il m'est arrivé suffisamment de péripéties pour en faire une vie considérablement intéressante. J'ai été prince. J'ai été capturé, réduit en esclavage, capturé à nouveau, je me suis libéré en gagnant en combat singulier contre un pirate, puis j'ai pris mon premier navire, je l'ai manœuvré seul jusqu'à pouvoir recruter un équipage. Ensuite j'ai mené bien des batailles, j'ai accompli bien des exploits, tué ou fait tuer des centaines de gens, j'ai eu ma première flotte. J'ai vu naître une gigantesque armée flottante. J'ai à nouveau été prince, mais sur les flots cette fois ci. J'ai vu mourir cette armée. Mais je ne regrettes pas. De prince à esclave, je suis à nouveau passé d'esclave à prince pour ensuite passer de prince à vaurien. Puis je suis passé de vaurien à amiral. Et je ne regrettes pas, car cette vie en tant que mercenaire m'offre la seule chose qui m'avait manqué au cours de ces années précédentes. Et tu sais ce que c'est? C'est la routine, tout simplement. Oh pour sûr dans ma vie je suis passé par bien des étapes et des statuts. Mais jamais j'ai pris le temps de m'y faire et d'avoir une routine. Que ce soit prince ou esclave, ça n'a pas duré suffisamment longtemps. Quand à pirate… Jamais je ne me suis di: Tiens encore un pillage comme d'habitude. Non. Car il n'y avait pas de pillages habituels. Chacun était une vraie bataille avec ses enjeux, ses intérêts, sa signification, et ses conséquences sur le reste. Bien-sûr un vrai pirate au fil des ans peut se reposer et se permettre de piller sans se poser de questions politiques ou autres. Mais pas moi. J'étais jeune, j'étais pas dans mon pays, et de puissants seigneurs voulaient ma peau. Ce fut court. Je suis resté pirate seulement trois ans. Mais quelles années. J'en ai vu des événements surprenants, des exploits défiant la raison, ou encore des péripéties tordus. Chaque jour était une vraie histoire. Chaque bonhomme de ma bande avait une histoire, un rêve, et une peur. Je me souviens des déserteurs qui pensaient que je les comprendrais s'ils me racontaient leurs histoires. Ma mère est malade et j'ai fait le tour du monde connu pour lui ramener une herbe extrêmement rare qui pourra la soigner. Veut pas le savoir. Paf! Décapité. Mais monsieur, j'ai un frère qui a besoin de moi pour se défendre contre des pillards. Rien a foutre. Paf! Décapité. Messire, je ne peux pas combattre le jour de la toussaint. Dommage pour toi. Paf! Décapité. Mais capitaine, j'ai peur de nager depuis qu'on m'a torturé pendant un ans en me noyant dans une bassine d'eau. Fallait pas devenir pirate. Paf! Décapité. Mais il fallait que je parte pour retrouver ma bien aimée que j'ai quitté alors que je devais fuir mon pays, mais maintenant que son père est mort je vais enfin pouvoir me marier avec elle. Trop tard. Paf! Décapité. Capitaine, chez moi je suis un grand seigneur et je viens d'hériter d'un duché. Être duc n'empêche pas que tu es sous mes ordres. Paf! Décapité. Monsieur je pouvais pas me battre, j'étais trop bourré hier et je me suis cassé une jambe. Fallait y penser avant. Paf! Décapité. Mais monsieur, tous les autres hommes me forcent à sucer leurs bites, j'en peux plus. Et bien c'est de ta faute connard! Paf! Décapité! Décapité! Décapité!
- Je crois qu'on a compris.
- Mais tu vois, chaque chose était différente. Et je ne trouvais pas ce léger sentiment, parfois un peu lassant, mais si bon quand on y pense, cette satisfaction qu'on a quand on sait qu'on a trouvé une position, un schéma pour ses journées, un quotidien, une routine quoi. Et ce sentiment je l'ai depuis que je suis amiral dans ta compagnie. Je sais ce qui se passera demain aussi sûrement que ce qui s'est passé aujourd'hui, et je n'ai pas de raison de penser qu'il y aura le moindre changement de ma condition jusqu'à ma mort. Et ça, c'est ce qui me manquait."
Nadran laissa à Rasfred le temps de méditer ces paroles. Il se tourna et se retourna dans son hamac, se mît en boule, et se redressa d'un coup.
-" Au fait!" Lança t il à Rasfred." T'as eu des déserteurs dernièrement toi? Est ce qu'ils te racontaient leurs histoires? Je suis friand des histoires de ces gens juste avant qu'on les exécute.
- Moi je n'ai pas de déserteur. Je mène des mercenaires professionnels moi. Pas des vauriens ramassés au hasard sur les cotes, des mendiants, et des esclaves libérés, comme tu le faisais à l'époque."
Nadran grimaça.
-" Peut être, mais la sélection rigoureuse par métier lui même compensait. On avait pas de soigneurs, pas d'aide, pas de foyer. On survivait comme on pouvait, et ceux qui pouvaient pas, et bien ils ne survivaient pas. Au final, les faibles on les gardait pas bien longtemps, mais au moins on les rendait un minimum utiles. Et puis, toi aussi t'as des gars que t'as récupéré comme ça sans vérifier leurs antécédents. Il y en a un je crois… je ne me souviens plus de son nom, un garçonnet… blond…
- Galart.
- C'est ça! Galart! Tu l'as quand même ramassé pour se battre alors qu'il avait… quoi… dix ans? Moi aussi j'ai des jeunes, et mon second a quelque chose comme seize ans, mais c'est pour manœuvrer un bateau. Pas pour broyer des crânes et couper des têtes sur un champs de bataille. C'est quand même sacrément gonflé de prendre un si petit enfant. J'ai rien contre les enfants, mais là… dix ans c'est trop jeune pour moi.
- Galart est spécial. Quand on s'est arrêté dans ce village c'est lui qui s'est pointé devant moi et a poliment suggéré qu'on le recrute.
- Moi aussi dans le temps les gars me demandaient de les recruter. Ils me suppliaient même de leur faire une place. Et sans vouloir t'offenser, c'était pas eux les meilleures.
- Galart n'a pas supplié. Il nous a expliqué pourquoi il avait envie de nous rejoindre, parce qu'il ne savait rien faire d'autre que se battre et qu'être mercenaire était le seul moyen pour lui de survivre. Et il nous a di que même si ça semblait peu crédible, il était suffisamment fort et pouvait nous le prouver. Bien-sûr, on a ri. Alors il a affronté un de mes hommes pour prouver qu'il était fort. Et il l'a battu. Un autre l'a provoqué en duel pour lui apprendre le respect. Et il l'a battu aussi. Il avait onze ans Nadran, seulement onze ans. Alors je me suis tout de suites di que si je l'entraînais moi même, en grandissant il deviendrait encore plus efficace. Et alors je pourrais m'en servir efficacement. Et effectivement. Sais tu qu'à la bataille d'hier, alors que tous les autres étaient dispersés, Galart a tenu à lui seul un navire contre les assauts des combattants ennemis pendant plus de quatre heures? Et sans armure ni bouclier, il s'en est tiré avec une seule petite blessure reçue dans le dos alors qu'il affrontait trois ennemis en même temps. Ce gamin a quatorze ans bon sang! Et avant ses onze ans il n'avait jamais eu d'entraînement digne de ce nom. Il a tout appris tout seul. Toi et moi on a eu pendant toute notre enfance droit à un entraînement très avancé. C'est grâce à ça qu'on en est là. Imagine un peu ce qu'aurait donné Galart avec un entraînement un poil sérieux. C'est du gâchis de voir un tel talent sans personne pour l'exploiter. J'aurais amèrement regretté de ne pas avoir pris avec moi un type pareil.
- Hum. A t il déjà décapité trente personne à la chaîne en rengainant son cimeterre après chaque décapitation?
- Cesse de faire l'idiot. Toi tu as été formé au maniement du cimeterre par les plus grands maître en la matière qui soient au monde. Lui il a juste grandi au milieu des paysans."
Nadran se gratta la barbe, l'air de réfléchir.
-"T'as peut être raison. Mais bon ça me concerne pas. Moi j'ai mon second et il me satisfait complètement dans tous les domaines.
- Méfie toi quand même de lui.
- Mais puisque je te dis que c'est sans danger. Ce gamin il m'adore, il m'aime. Et puis je le connais par cœur. C'est plutôt toi qui devrais prendre garde à ce que ce Galart ne finisse pas par te surpasser. Ce serait tout de même fâcheux.
- Pour une fois tu as peut être raison. Je vais me méfier. Les apparences sont parfois trompeuses."
Rasfred sortit de la cabine pour se dégourdir les jambes. Sitôt qu'il fut dehors, il croisa le second de Nadran. Un jeune garçon aux longs cheveux châtain clair coupés au niveau du haut du cou. Il était assez petit et maigre, avec de grands yeux marron et un petit nez que Rasfred trouva curieux. Le garçon baissa la tête en le voyant, détourner le regard était normal comme signe de respect, mais Rasfred eut plutôt l'impression que le garçon cachait quelque chose ou qu'il avait honte. Il écoutait à la porte sans doute. Il attendait en fait que Nadran soit seul pour aller le voir. La raison pour laquelle il devait être seul dans la cabine avec Nadran pour pouvoir lui faire un rapport ne concernait pas Rasfred. Le mercenaire s'éloignait tandis que le second entrait dans la cabine du capitaine. Rasfred respira un coup le grand air, et fit quelques pas. Il contempla paysage. Ils étaient en train de suivre le courant d'un fleuve, une action qui ne nécessitait pas toute l'attention du capitaine, pas même de son second. Le courant était faible et le fleuve très calme. Sur chaque rive on pouvait voir de denses forêts peuplées d'une foule d'oiseaux bruyants. Ils avaient cinq navires pour une centaine de guerriers d'infanterie, sans compter les marins. Évidemment leur nombre changeait constamment. Régulièrement ils avaient des morts et de nouvelles recrues. Rasfred fit le tour du navire pour vérifier que toute la flotte était là. Son propre navire était au milieu du convoi. Rasfred avait tous ses lieutenants dispersés sur un peu tout les navires. À la fois pour qu'ils assurent la discipline sur chacun d'eux, et pour s'assurer qu'ils n'aient pas d'occasions de comploter ensembles. Ses hommes de confiances aussi étaient éparpillés justement pour surveiller les lieutenants. Il existait en quelque sorte deux hiérarchie distinctes. Celle des hommes de confiance et celle des officiers. Les officiers étaient choisis pour leurs capacités à coordonner les hommes, calmer les disputes, assurer la discipline, se faire obéir, et savoir prendre des initiatives pendant la bataille. Les hommes de confiances eux étaient tout simplement les meilleurs combattants et les plus loyaux. C'était simple en soi.
Au fil de sa promenade, Rasfred tomba sur des marins et des soldats qui mettaient à profit le temps pendant lequel le capitaine n'était pas là pour entamer le tonneau qu'ils venaient de mettre en perce. Rasfred réclama un verre du vin et le trouva fameux. Il en reprit un autre.
Finalement, il ne vit pas le temps passer, et quand il retourna vers la cabine du capitaine, il s'était déjà écoulé une heure. C'est alors qu'il vit le second sortir de la cabine. Avec un regard en arrière, le garçon sortait en titubant, avec un sourire niais sur le visage. Rasfred ne pût s'empêcher de remarquer que le second avait enfilé sa chemise de travers. En voyant Rasfred, le garçon parut horrifié et il s'empressa de partir à grandes enjambées.
Rasfred n'avait pas envie de savoir ce qui se passait.
Il ouvrit la porte et vit Nadran occupé à raccrocher son hamac.
-"Le hamac est tombé parce que je bougeais trop. Tu te rends compte?
- Je savais bien que tu bougeais tout le temps quand t'es allongé dans ce hamac."
Rasfred s'assit sur la chaise et remit ses bottes.
-" Ça va être l'heure de mon entraînement quotidien. N'as tu pas mieux à faire que te prélasser dans ce hamac pendant des heures?
- En tout cas ce qui est sûr c'est que j'ai mieux à faire que tenir tes cibles d'entraînement. Demande… je sais pas moi… au mousse.
- Il n'y a pas de mousse sur ce bateau. Et de toutes façon, il me faut quelqu'un qui a de l'expérience en la matière.
- Si tu insiste, je lancerais tes cibles, mais en échange tu me donneras ta portion de vin ce soir."

L'arme de prédilection de Rasfred était la hache de jet. Aussi, quand il était sur le bateau, il s'exerçait de la manière suivante: Il courait sur le pont, pas en rond mais selon un tracé en huit. Nadran jetait un objet quelconque, en l'occurrence une bûche de bois, en s'arrangeant pour qu'il ne tombe pas hors du bateau. Rasfred devait, au moment opportun, s'arrêter dans sa course, saisir une hache, et la lancer de façon à atteindre l'objet avant qu'il n'ait touché le sol. C'était assez compliqué car évidemment, Nadran était fourbe, et ne lançait jamais deux fois l'objet eu même endroit ou avec la même force, de sorte que sa trajectoire n'était jamais la même. Cela n'empêchait pas Rasfred de réussir tout ses coups. Tous sauf le dernier. Il s'accordait toujours le luxe de rater son dernier coup. Parce que, disait il, au moment ou on les réussit tous, on arrête de progresser.
Nadran soulignait que c'était idiot parce que si l'on soustrayait un au nombre de coup alors il les réussissait tous quand même.
Rasfred écoutait rarement ce que lui disait Nadran.

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