DERNIÈRE SECONDE
Une seconde. C’est tout ce qui reste. Ce chiffre s’imprime sur ma rétine comme une brûlure. Plus de compte à rebours après ça. Plus de filet de sécurité. Juste moi, l’air qui se dérobe, et elle.
Je suis seul. Le désert ne résonne que de mes pas et du souffle mécanique du mécha qui agonise. Plus de voix dans l’oreillette. Plus de Cooper, plus de Duc, plus d’Isabelle. J’ai largué le dernier poids mort. Il ne reste qu’un docker et une légende.
La lumière rase le sol, étire des ombres interminables. La silhouette de l’Orchidée se découpe comme une cathédrale noire, hérissée de griffes de verre. Chaque branche semble me désigner. Chaque pétale est une bouche qui s’ouvre.
Je n’ai plus rien à lui offrir, à part ma dernière seconde. Le passé et le présent se confondent. La lumière la transperce, sa peau translucide s’embrase. J’aperçois le réseau de ses veines s’illuminer comme une constellation. Elle respire. J’en suis sûr, cette fois. La plante respire. Ce n’est plus une impression. Des grands yeux clairs me transpercent. Son regard est fixe. Ils sont remplis d'émotions : candeur et sauvagerie infantile mélangées.
Ses branches se déploient, souples, majestueuses, comme des bras prêts à m’accueillir. Ses pétales s’ouvrent en silence, révélant un cœur qui pulse. C’est magnifique. C’est immonde. Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. Sa tête se penche vers moi. Elle a l’air surprise. Un sourire se dessine. Elle est heureuse. Je suis l’élu. Elle m’a dirigé jusque là. Le Duc.. J’ai réussi.
Je tends la main. Par réflexe. Par instinct. Je ne sais plus si je veux la repousser ou m’y abandonner. Une chaleur m’enveloppe, comme un drap tiré sur mon corps glacé. Je me sens bercé. Aimé. Dévoré. Cooper, si tu reçois cette transmission, fais-en bon usage. Je vais te montrer pourquoi tu t’es battue aujourd’hui.
Une voix résonne dans ma tête. Douce. Connue. Viola. Mon amour. Elle m’appelle. Je ferme les yeux. Elle m’a trouvé. Elle m’a sauvé.
Non.
Un craquement. Le joint de ma combinaison éclate. L’air s’arrache de mes poumons dans un râle. La serre de la plante s’enfonce dans ma chair. La douleur est absolue. La lumière est totale.
Je tombe à genoux. Je lève les yeux. Son visage… sourit. Sa bouche s’ouvre. Elle a des dents pointues, une salive visqueuse. C’est évident. Le piège de la cellule de confinement. C’était pour toi.
La dernière seconde est écoulée. Elle m’embrasse.
Isabelle… Je t’emmerde, toi et ta putain de plante.
[TRANSMISSION AUTOMATIQUE – BOÎTE NOIRE ACTIVÉE]
STATUT : Signal vital – TERMINÉ
SCAN BIOLOGIQUE : INCOMPLET
FICHIER : corrompu /// données manquantes
Mission ID : [non reconnu]
Fin de transmission - James D. BLACK
Audio en pièce jointe : Une jeune femme qui fredonne l’air d’une chanson…

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