Réponse à "Napoléon III , la légende noire. a tort ou à raison ?"

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La France pardonne volontiers les ruptures, parfois les violences, souvent les désastres. Elle pardonne moins ce qui dure. Elle s’accommode du tragique ; elle se méfie du sérieux. Ce qu’elle retient n’est pas toujours ce qui fut, mais ce qui se dit.

Louis-Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III, n’a pas été condamné par ses fautes. Le coup d’État de 1851 aurait pu devenir une naissance. Le Mexique, une tragédie lointaine. La défaite de Sedan, un échec parmi d’autres dans une histoire nationale qui sait transformer ses défaites en récits.

Ce qui lui a manqué n’est ni la légitimité, ni même une certaine grandeur. Ce qui lui a manqué, c’est la légende.

La France est un pays qui a tranché la tête de son roi et qui, depuis, cherche une figure à laquelle se reconnaître. Elle ne juge pas seulement les actes ; elle juge la manière dont ils s’inscrivent dans l’imaginaire. Un pouvoir qui ne se raconte pas se dissout.

Napoléon III n’a pas su — ou n’a pas voulu — confier son récit à Victor Hugo.

Or Victor Hugo n’est pas seulement un poète. Il est une force naturelle. Il capte les vents dominants, il s’y installe, il les nomme destin. Il ne suit pas les régimes ; il épouse les moments où l’Histoire devient audible. Ses convictions ne sont pas absentes : elles sont malléables. Elles se déplacent avec la pente du siècle.

Il acclame l’Empire, accepte la Restauration, accueille la IIᵉ République malgré ses fusillades fondatrices et sa rapide méfiance envers le suffrage universel. Il sait que l’indignation, lorsqu’elle survient au bon moment, élève plus sûrement qu’une fidélité trop constante. Sa loyauté va moins aux pouvoirs qu’à la position depuis laquelle il peut les surplomber.

Hugo aurait été un ministre éclatant, un sénateur à vie somptueux, un duc impeccable. Il aurait donné à l’Empire ce supplément d’âme que réclame toute autorité. Mais l’exil lui offrit mieux : la hauteur morale sans la responsabilité, la voix sans la charge, la postérité sans le gouvernement. Il choisit cette place-là, parce qu’elle était la plus vaste.

Napoléon III gouverna donc sans poète.

Il gouverna dans le temps long. Il préféra les chemins de fer aux proclamations, les banques aux serments, l’urbanisme aux envolées. Il pensa l’État comme une construction patiente. La France changea de siècle sans s’en apercevoir : réseaux, industrie, crédit, villes transformées. Le pays avança sans exaltation.

Ce mouvement ne fut pas indifférent aux hommes. Le régime s’ouvrit, prudemment, à la question sociale. Il tenta d’articuler l’ordre et le progrès. Ce n’était ni l’utopie ni la justice absolue, mais un déplacement réel du regard.

Le 2 décembre 1851 demeure un coup d’État. Mais il surgit dans un pays bloqué, où une République avait restreint le suffrage universel, réprimé Paris et fermé l’avenir politique. La force ne fut pas une fulgurance : elle fut un dénouement.

Même la culture suivit son chemin. Le Salon des refusés ouvrit une brèche. La modernité entra sans bruit, comme si elle avait attendu que le siècle soit prêt.

À l’extérieur, l’œuvre fut inégale. La Crimée rendit une voix à la France. L’Italie révéla une intuition juste mais mal maîtrisée. Le Mexique fut une illusion. Puis Sedan. Une chute sans geste. Une fin sans récit.

Napoléon III disparut sans légende.

Il laissa pourtant des routes, des villes, des fabriques, un pays plus mobile, plus confiant qu’il ne voulut s’en souvenir. Il laissa une œuvre qui tenait, mais qui ne parlait pas.

Victor Hugo laissa une voix. Elle parla pour tous. Elle parla à la place des faits.

La France se souvient plus volontiers de ce qui s’élève que de ce qui dure.


Et l’Histoire, souvent, n’est que ce qui a trouvé une voix avant de trouver une vérité.

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En réponse au défi

Napoléon III , la légende noire. a tort ou à raison ?

Lancé par Etienne Ycart

Je ne me baserais pas pour articuler ce défi sur la haine que témoignait Victor Hugo à Celui qu'il appelait Napoléon le petit

mais je prendrais comme point d'appui la célébre lettre de ce cher Alexandre Dumas

Sire

il y avait en 1830, et il y a encore aujourd'hui, trois hommes à la tête de la littérature française. Ces trois hommes sont : Victor Hugo, Lamartine et moi.Hugo est proscrit, Lamartine est ruiné....

vous connaissez sans doute la suite

quartier libre !

soyez inventif, drôle, caustique, méchant, consescendant, agressif, taquin...

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