Prologue
(Dernière lettre de Soren)
Carla,
Je profite d’un moment de calme pour t’écrire. On en a peu, alors je fais vite.
Ne t’inquiète pas si mes lettres arrivent moins régulièrement. Les communications sont capricieuses ces temps-ci. Rien d’anormal. Juste des ajustements.
Je vais bien.
Fatigué, mais bien.
On bouge beaucoup. Les journées se ressemblent sans vraiment se ressembler. Briefings, attente, déplacements. Tu me connais, je préfère quand ça avance plutôt que quand ça stagne. L’attente, c’est ce qu’il y a de plus long ici.
Je repense souvent à nous.
À notre dernière soirée surtout.
Je me dis que j’aurais dû rester.
Que j’aurais dû te laisser parler jusqu’au bout.
Que j’aurais dû ravaler ma fierté au lieu de claquer cette foutue porte.
On croit toujours qu’on aura le temps de réparer en rentrant.
Je compte bien rentrer.
Ne fais pas cette tête en lisant ça.
Je te vois d’ici lever les yeux au ciel.
Je sais que je ne suis pas facile à aimer.
Je sais que je fais des erreurs, parfois énormes.
Mais ce que je ressens pour toi n’a jamais été une erreur.
Ici, quand tout est bruyant, je m’accroche aux choses simples.
La lumière du matin dans le salon.
Ton odeur sur l’oreiller.
Ta façon de t’énerver quand je laisse traîner mes affaires.
C’est idiot, mais ça suffit.
On nous dit que cette rotation ne durera pas longtemps.
Quelques semaines encore, normalement.
Alors tiens bon.
Si je me fais plus discret, ne t’imagine rien.
Ça voudra juste dire que je fais ce qu’on me demande de faire.
Je veux que tu continues à vivre pendant que je suis loin.
Ne mets pas ta vie entre parenthèses à cause de moi.
Je rentrerai et on fera mieux.
On parlera.
On réparera.
Je ne veux plus que la dernière image que tu aies de moi soit celle d’un type trop fier pour admettre qu’il a peur de perdre la femme qu’il aime.
Parce que oui, j’ai peur de ça.
Pas de partir.
Pas du reste.
De te perdre.
Garde-moi une place.
Même petite.
À très vite.
Soren

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