2.On s'était promis l'éternité

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Il fallait qu’on apprenne à se faire confiance. À échanger verbalement quand on était en manque. C’était essentiel.

Comme, malgré tout, il méritait que je lui montre à quel point il m’avait blessée, j’ai tenu bon. Je n’ai pas donné suite à notre correspondance jusqu’à la fin de sa mission.

Quand, au bout de six mois — le délai annoncé dans son courrier — il est finalement rentré, je n’ai pas pu m’empêcher de me rendre sur sa base pour le retrouver. Je l’ai attendu dans le hall d’entrée, totalement fébrile. Et lorsque je l’ai aperçu, je l’ai trouvé toujours aussi beau, voire carrément sexy dans sa tenue.

Il avait gagné en muscles depuis la dernière fois où nos regards s’étaient croisés. À ma grande surprise, de nouveaux tatouages dépassaient des manches de son tee-shirt et semblaient se poursuivre dans son dos.

Il portait une tenue civile qui le mettait merveilleusement en valeur, et un sac noir en bandoulière qu’il a laissé tomber dès qu’il m’a vue.

J’ai été submergée par l’émotion. Des larmes sont venues s’écraser à mes pieds, que j’ai tenté de dissimuler de mes mains tremblantes. Il a fait quelques pas dans ma direction, j’en ai fait autant.

Puis, après un premier contact timide, nos langues se sont retrouvées, presque avec urgence, comme si elles faisaient l’amour avant nous. Lorsqu’elles se sont touchées, je n’ai plus rien contrôlé. Je me suis abandonnée dans ses bras.

C’était un baiser naturel, puissant, imposant.

Totalement démesuré.

Indispensable.

J’y exprimais toute ma frustration, toute ma rage et tout mon amour : je t’en veux, si tu recommences je te tue, t’es prévenu, je t’aime, tu m’as manqué.

C’était peut-être ça, la réconciliation que j’avais tant espérée.

L’allègement que j’avais ressenti en comblant ce manque qu’il avait provoqué avait suffi à faire redescendre la vague de panique dans ma poitrine à un seuil plus supportable. J’en avais presque oublié l’agitation ambiante de l’aéroport. Autour de nous, des familles — souvent celles de soldats, hommes ou femmes, engagés corps et âme pour notre pays — vivaient leurs propres retrouvailles ou déchirements.

Et moi, pour la première fois depuis longtemps, j’ai pu respirer.

Vraiment respirer. Même si j’étais encore à bout de souffle.

Mon plus grand supplice avait été de me détacher de lui, juste assez pour le regarder dans les yeux.

Je ne connaissais pas vraiment l’état d’esprit dans lequel il se trouvait à cet instant.

Je ne savais pas non plus ce que je devais espérer après tout ce temps.

Alors j’ai essayé de lire en lui. Mais c’était compliqué.

La lueur magnétique de ses iris plongeait en moi, troublait tout mon être, perturbait mon métabolisme. Une explosion de papillons éclatait dans mon ventre, me coupant le souffle, brouillant ma lucidité.

C’était comme si je le découvrais pour la toute première fois.

Son parfum s’était glissé dans mes narines et s’appropriait mes sens. Il m’anesthésiait.

Il...

Il semblait irréel.

Tandis que je flottais dans un épais brouillard d’incertitudes, lui, semblait baigner dans une étrange quiétude. Il ne laissait rien transparaître. Aucun tremblement, aucun éclat dans son regard, aucun battement perceptible dans sa voix.

Ce baiser primaire, instinctif, devait être l’unique écart qu’il s’était autorisé depuis des mois. Mais il m’habitait de mille questions, toutes plus bruyantes les unes que les autres.

Était-il toujours celui que j’avais attendu ?

Ou avais-je idéalisé un homme pour qu’il colle à ce que je désirais ?

Je n’arrivais plus à penser clairement. Sa simple présence me troublait bien plus que je ne l’aurais imaginé.

J’étais venue pour avoir des réponses, mais tout en moi criait déjà d’abandonner la raison.

Et puis… si j’étais là, devant lui… n’était-ce pas déjà un aveu silencieux ?

Un pas vers le pardon ?

Un signe que je laissais le passé là où il devait rester ?

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