5. Le calme avant toi

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1/2 Carla.



La maison était plongée dans un silence étrange, chaque pièce résonnait du silence de l'attente. Je me surpris à errer, comme si je cherchais encore l'écho de sa présence. Mes yeux s'arrêtèrent sur chaque pièce. Son empreinte semblait encore marqué partout, comme si nos corps enlacés avaient imprégné chaque recoins d'une mémoire propre. Je me souvins de chaque moment passé avec lui ici. L'odeur de son parfum qu'il mélangée à l'odeur de ses vêtements , le goût salé de mes larmes sur mes lèvres quand on s'était embrassé. Ce besoin de le toucher pour m'assurer qu'il était bien réel.

Maintenant, des mois après, me voilà à l'attendre a nouveau, le cœur battant la chamade, tiraillée entre excitation et peur de briser ce nouvel équilibre que nous avons mis tant de temps à reconstruire. Mais une ombre persistait dans mon esprit, une intuition que se retour tant attendu ne serait pas aussi simple que je l'avais imaginé.

Malgré mes efforts pour me distraire, le temps s'étirait, chaque minute durer une éternité. Je passais de la cuisine au salon, puis à la chambre, sans but précis, mes doigts passant de ma bibliothèque de romance, à son portrait poser sur la table de nuit. Les souvenirs de nos moments partagés faisant des bons dans le temps et mon regard se fixant sans cesse sur des objets lui appartenant, avant de s'attarder sur le téléphone posé à côté. Je guettais une vibration, n'importe quoi. Je me surprenais à tendre l'oreille au moindre bruit extérieur : un bruissement de feuilles, un moteur lointain d'une voiture sur une route voisine. Chacun d'eux provoquait une décharge d'adrénaline, suivie de près d'une déception amère quand le silence reprenait ses droits.

L'air était lourd de cette attente, saturé de ma propre nervosité. Je sentais mon ventre se contracter parfois, une autre piqure de rappel que la vie grandissait en moi, ajouter une couche supplémentaire à l'anxiété qui me rongeait.

Je m'allongeais sur le lit que j'avais quitté plus tôt, fixant le plafond. Quand j'étais enfant, je me rappelais avoir un ciel étoilé, mais aujourd'hui les étoiles ont disparus et ont laissé la place au vide. Je respirai profondément, t'entends de calmer mes émotions.

C'est alors que quelque chose se fit entendre dehors.

Pas un bruit de feuilles. Pas un moteur. Tristement.

Un pas.

Mon cœur se figea. Peut-être mettais-je assoupi et je rêvai.

D'autres pas.

Je m'appuyer sur le rebord du lit, intrigué. Le cœur battant à tout rompre.

Était-ce lui ? Où un voleur ? Un agresseur ? Voir les deux ?

Je n'arrivais pas à réfléchir clairement.

Je flippai.

Je posais une main sur mon ventre, comme pour protéger ce qui grandissait en moi.

Discrètement, j'allais vers une des fenêtres et fut soulagée de voir que la silhouette que je distinguais n'était autre que Rosa.

Je me pinçai les lèvres pour retenir un cri de soulagement. Ses cheveux étaient encore ébouriffés par la brise matinale.

Elle leva la tête, me faisant un signe à travers le rideau. Cette fille s'avait toujours où j'étais. Faudrait un jour que je vérifie si elle ne m'avait pas fait avaler un tracker par un moyen quelconque, sans que je le sache.

Son sourire léger contrastait avec mon cœur encore affolé. Rosa me connaissait trop bien, savait exactement quand apparaître et comment calmer mes nerfs...

Je descendis l'escalier, lui ouvris la porte avant même qu'elle n'ait frappé.

— Salut, dis-je doucement.

— Tu as pris ton café ? demanda-t-elle en observant mon visage fatigué.

— Pas de "bonjour", ce matin ? ou "tu vas bien ?"

— Vu ta tête, inutile de poser la question. Il est clair que non. Donc non, je ne vais pas m'embarrasser de phrases inutiles. Tu l'as pris, oui ou non ?

Ses mots se voulaient légers, mais les battements de mon cœur, résonnaient dans mes oreilles et l'attente de Soren continuait de peser sur moi malgré qu'elle soit là.

Je hochai la tête, un petit sourire crispé aux lèvres.

— Ok, soupira-t-elle. Donc si tu flanches aujourd'hui, j'ai pas d'autres choix que d'improviser, puisque t'a déjà dépassé ton quota de sucre. Merci pour le challenge.

Je levai les yeux aux ciel. Elle savait que j'adorais le sucre : trois cuillères dans mon café, quelques biscuits et voilà que j'étais à la limite du diabète. Sauf que, enceinte, je n'avais pas le droit à la catastrophe du diabète gestationnel.

— De rien. C'était pour me donner du courage avant que la journée ne commence.

Elle fronça légèrement les sourcils, lisant en moi comme dans un livre ouvert.

— Je sais...murmura-t-elle. Pour l'instant, tu es là, moi aussi, et il n'y a rien d'autres a gérer.

Juste respirer.

Je me détendis un peu, sa présence me rappelai que des amies était là pour moi, que même si Soren n'était pas rentré, certains veillaient sur moi...et sur ce que je portais.

— Merci, tu es une vraie amie, soufflais-je.

Rosa sourit, se pencha légèrement vers moi et m'enlaça.

Elle finit par détacher son étreinte et à s'écarter légèrement, juste assez pour croiser mon regard.

— Tu comptes me laisser sur le palier ?

— Non, désolé. Entre.

Avant même que je finisse ma phrase elle avait envahi mon salon, puis s'était dirigé vers ma cuisine, fouillant les placards.

— Tu sais, dit-elle en prenant un sachet de biscuits et en me le mettant sous mon nez sur la table, tu dois manger. Je suis convaincu que tu n'a rien avalé.

— J'ai pas vraiment faim.

— Ok. Toi, peut-être pas. Mais le bébé, lui, si. Nourris-le. Tout de suite.

Je soupire, vaincue par sa bienveillance et sa force de conviction. Elle me fixa encore quelques secondes, bras croisés, jusqu'à ce que je prenne un biscuit et le porte à mes lèvres.

— Voilà qui est beaucoup mieux, dit-elle triomphante. Ça ne t'as pas tuée.

— Pas encore..., grognais-je en mangeant lentement.

— Tu reprends des couleurs et ça te va mieux au teint, me fit-elle remarquer.

Elle prit une chaise, s'assit en face de moi, pianotant avec ses ongles implacablement manucurés, couvert d'un vernis bleu roi scintillant. Me scrutant de ses yeux profonds.

— Pourquoi tu me regardes comme ça ? finis-je par demander.

— J'attends.

— Et qu'est-ce tu...attends ? lui répond dis-je.

— Que tu pleures. Ou que tu cris. Ou que tu m'avoues que tu te fais de plus en plus de films. Parce que tu me l'as fait pas à moi. Je sais que tu es morte de trouille. Par contre, je n'ai moi-même rien déjeuner, donc avant que je voye flou, grouille.

Elle essayait de me tirer les vers du nez, et son ton ne laissait pas la place au dénis.

— Je stresse pour Soren.

Elle pencha la tête.

— Je...je devrais avoir des nouvelles, murmurai-je.

— "Je devrais"...répéta-t-elle. Tu sais bien que dans son métier, il peut toujours y avoir des imprévus.

— Oui, mais là...c'est différent. Je le sens.

Elle arqua un sourcil.

Je n'avais pas de raison logique. Juste une sensation d'oppression dans la poitrine et une intuition qui me serrait la gorge. Comme si quelque chose se préparait. Quelque chose qui ne me laisserait pas intacte.

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