L'humain de Schrödinger

3 minutes de lecture

Genre littéraire : littérature générale

T.W. : santé mentale 

...

Sa respiration s'accélérait. Sa main tremblait. Les sanglots lui étranglaient la gorge. Les larmes tombaient et trempaient le papier, au point qu'il avait des difficultés à écrire. Pourtant, les mots étaient fluides, présents, il lui suffisait de tendre le bras pour les saisir. Les pensées s'entrechoquaient dans sa tête, à une vitesse telle qu'il ne parvenait pas à en attraper une au vol. Les larmes creusaient des sillons sur ses pomettes déjà rouges d'avoir tant pleuré. Ses yeux bouffis exprimaient un gouffre sans fond, un désespoir qui creusait son coeur meurtri. Il n'avait plus aucune volonté, pourtant son poignet s'animait tout seul, écrivait des mots qu'il pensait, des mots qui brisaient son âme.

Il avait échoué tant de fois, dans tous les domaines possibles, dans tout ce qui faisait de lui un véritable être. Il avait puisé dans ses réserves, tenu bon, encore, encore, encore et encore. Jusqu'à ce que son mental craque, que son corps hurle au secours, que même l'idée de faire un mouvement lui paraissait impossible. Sa tristesse s'était muée en un vide abyssal. Il n'était même plus un être ; il était le néant.

Il continuait de traduire son âme sur le papier, en sachant que ce serait la dernière fois. Dieu, il ne pensait pas que la douleur pouvait être aussi vive, aussi envahissante, aussi bruyante. Il ne savait pas que même ses entrailles pouvaient hurler, que son coeur pouvait supporter autant de décrépitude, que son être pouvait se rebeller contre lui-même.

Enfin, il laissa tomber le stylo, comme il laissait tomber la vie. Il se leva une dernière fois, déplaça sa chaise, monta dessus et passa la corde autour de son cou.

...

Une nouvelle fois, il fut obligé d'arrêter sa voiture. La respiration courte, les mains serrées jusqu'à en devenir blanches sur le volant, il tenta, pour la quatorzième fois en cinq minutes, de l'appeler. Et, comme pour les treize derniers appels, il tomba sur sa messagerie. Il s'acharna sur le klaxon, la vision devenant floue, le coeur tellement serré qu'il avait l'impression qu'il exploserait d'une minute à l'autre. Les larmes coulaient sans même qu'il ne s'en rende compte.

Il avait reçu son message alors qu'il était dans sa douche, après une énième dispute avec son mari. Pendant que ce dernier lui faisait une crise de jalousie, convaincu que le message provenait de l'un de ses collègues avec qui il aurait une liaison, il avait agi d'instinct. D'abord, essayer de l'appeler. Ensuite, composer le numéro des pompiers, attraper les clés, contourner son conjoint, courir jusqu'à sa voiture.

Et, à présent, il était pris dans les bouchons, quelques minutes après avoir raccroché. Cette fois, il ne cacha plus sa détresse et se laissa pleurer. Les seuls qui sortaient de sa bouche répétaient inlassablement la même chose : "pitié...". Si seulement il avait pu joindre une famille, un autre ami, ses voisins, n'importe qui. Mais son meilleur ami était aussi solitaire que discret sur ses relations.

Quand il comprit qu'il risquait de rester coincé ici encore un bon moment, il coupa le contact et jaillit de sa voiture, sans même la fermer à clés, et se rua sur le trottoir. Il courut aussi vite qu'il put, malgré ses poumons qui finirent par irradier, malgré son coeur qui s'emballait toujours plus, malgré ses yeux humides.

Il arriva enfin devant sa maison. Il avait laissé la porte ouverte, et l'homme comprit, encore plus angoissé, qu'il l'avait fait pour faciliter la découverte de son corps. Il se rua sur le couloir en face et défonça la dernière barrière qui le séparait de lui, pendant que la sirène des pompiers se faisait entendre au bout de la rue.

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