Connerie

2 minutes de lecture

Genre littéraire : littérature générale

T.W. : dépression, scarification

...

Essayer. Toujours essayer.

Bon nombre de personnes lui avaient demandé de continuer.

Continuer à sourire, à être l'étudiant joyeux que tout le monde connaissait.

Il marchait sur les braises depuis bien longtemps. Ses pieds étaient tellement brûlés qu'il ne sentait plus la douleur.

Il fixait la paire de ciseaux depuis une dizaine de minutes. Ses bras étaient vierges de toute douleur, comme un tableau vide.

Son coeur, lui, débordait. Il y avait tant de douleur en lui, tant de haine, tant d'émotions qu'il en était anesthésié. Parfois, il mesurait son étendue quand ses nerfs lâchaient et qu'il crachait ses démons à travers ses larmes.

Du moins, il l'espérait. Il se disait qu'en pleurant, ça partirait. Mais non, ça restait, ça collait, ça envahissait, ça remplaçait.

Une coquille vide.

Une envie d'être.

Il voulait exister.

Enlever cette douleur enfouie si profondément qu'il ne parvenait plus à y accéder.

On se doutait qu'il n'allait pas bien. Ses yeux vides. Son incapacité à se concentrer. Les cernes qui s'accentuaient, l'appartement qui n'était plus rangé, plus nettoyé. La vaisselle qui traînait, les devoirs qui s'accumulaient. Les appels avec sa famille qui s'allongeaient toujours plus.

Il savait que la paire de ciseaux n'arrangerait rien. Il savait que c'était une connerie. Il s'était promis de ne pas y toucher. Promis de ne pas succomber, de se battre contre lui-même. Se battre contre une force qui le bouffait, qui lui dévorait tout ce qu'il était.

Les ombres, les hurlements silencieux, l'épuisement, les larmes qui coulaient pour des raisons stupides. 

Il était tellement épuisé.

Les cris. Les paroles. Ses musiques qu'il écoutait en boucle pour fuir ses pensées. Ses amis qui ne savaient pas comment le sortir de là. Les camarades énergiques, qui avaient un avenir mais qui le foutaient en l'air.

Lui ? Il était foutu. Il n'avait rien. Il n'était rien. C'est à peine s'il portait son propre nom.

Il attrapa la paire de ciseaux. Il voulait juste... Ressentir. Être quelque chose. Juste un trait. Un seul. Un seul et il ne le fera plus jamais.

Il posa la première lame sur son poignet pâle. Il pouvait voir la couleur de ses veines. D'où s'écoulait le sang qui semblait gelé.

Son coeur battait vite et fort. Sa main tremblait un peu. Il enfonça doucement la lame et la fit glisser sur sa peau. Pas fort. Pas assez pour que ça laisse une trace. 

S'il ressentit une légère douleur, ce n'était pas ça qui le soulageait. C'était le silence dans sa tête. Plus un bruit. Plus de voix. Plus rien. Juste du calme. À l'instant où il avait posé la lame, il n'y avait qu'un vide apaisant. Il ferma les yeux, savoura quelques secondes.

Il ne saignait pas. Il reposa la paire de ciseaux. C'était une connerie. Il le savait.

Mais il savait aussi qu'il recommencerait, malgré lui.

...

Je tiens à préciser que ce n'est évidemment pas une incitation à le faire.

Si en éprouvez l'envie, parlez-en à quelqu'un de confiance.
Vous n'êtes pas seul.e.


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