Le Coeur de Caldis

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Dysill passa devant le square des Chats de Gouttière sans ralentir, six ans avaient passé, mais le souvenir de cette nuit restait intact.

Les plans d’Edmond reposaient toujours sur le même principe : provoquer un choc brutal pour attirer l’attention, laisser croire à une opération maladroite, puis semer le doute. Une fois l’ennemi convaincu d’avoir compris, il cessait de chercher. C’est alors que le véritable plan entrait en jeu, dans l’ombre.

Cette nuit-là, chacun avait son rôle.

Duncan déclencha l’assaut en faisant exploser la porte du manoir grâce à une bombe artisanale concoctée par Sally. Le fracas alerta immédiatement les gardes, qui se précipitèrent dehors, furieux. L’homme du Nord les attendait, immobile, son épée à la main. Il ne cherchait pas à les tuer mais à les impressionner. Le combat devait durer suffisamment longtemps pour paraître réel.

À peine quelques instants plus tard, Sally et Lucas s’introduisirent volontairement dans le bâtiment. Repérés aussitôt, ils attirèrent une partie des gardes à leur poursuite avant de disparaître, comme prévu. La diversion fonctionnait.

Pendant ce temps, Dysill et Adrian étaient déjà à l’intérieur, c'étaient les "fantômes" de l'opération.

La veille, ils s’étaient infiltrés par le toit et s’étaient cachés dans un grenier surplombant la salle des gardes. Personne n’aurait l’idée - ni même le gabarit - de passer par là. Lorsque l’explosion retentit, la pièce se vida presque entièrement. Ils descendirent sans bruit.

Ils progressèrent jusqu’à un trou béant dans le plancher. En dessous, une mezzanine donnait sur la salle des coffres.

— Passe-moi le grappin, dit Adrian.

Dysill s’exécuta. Il pesta en manipulant le mécanisme.

— Encore un truc mal entretenu… Le vieux nous refourgue que de la merde.

Elle le regarda un instant.

— Adrian… si jamais tu—

— Pas maintenant.

Il activa enfin l’appareil, l’agrippa à une poutre et sauta, l’entraînant avec lui. Ils atterrirent sans bruit et se dissimulèrent derrière un meuble.

— On y est, murmura-t-il.

Dysill posa une main sur son dos.

— Tu es sûr de toi ?

Il marqua une pause, puis répondit :

— Oui.

Elle esquissa un sourire.

— Alors on va le dépouiller, ce fumier.

À l’extérieur, la situation se dégradait.

Un homme venait d’entrer dans le combat : Friedrich Darren, le bras droit d'Edward Sica.

En quelques échanges, il comprit le style de Duncan et s’y adapta. Le chevalier, déjà blessé, tenta de renverser la situation en changeant complètement d’approche, abandonnant son épée pour le combat à mains nues. Pendant un instant, cela sembla fonctionner.

Mais ce ne fut pas suffisant.

Duncan tomba.

À l’intérieur, Sally et Lucas atteignirent la pièce principale sans croiser de résistance.

— C’est trop facile, murmura Sally.

Lucas haussa les épaules et passa par une fenêtre... Un cri retentit presque immédiatement.

Dans la salle des coffres, Dysill et Adrian virent entrer deux hommes. Ils traînaient Lucas.

Le silence devint pesant, puis un troisième homme s’avança, élégant, impeccable.

Edward Sica.

Au centre de la pièce reposait le Cœur de Caldis. Une chose informe, semblant vivante, qui se contractait lentement en émettant une vapeur étrange.

Lucas le fixa, fasciné.

Dysill, elle, recula imperceptiblement.

Quelque chose n’allait pas.

Pas du tout.

Sally fut amenée à son tour, battue et à bout de forces.

Adrian se tendit.

— Il faut agir.

— Non, murmura Dysill. On doit partir.

Il tourna la tête vers elle, incrédule.

— Quoi ?

— Ce truc… il y a quelque chose—

Un coup de feu retentit, et Sally s’effondra.

Adrian n’hésita plus et bondit. Son attaque fut rapide, précise, mais inutile.

Sica esquiva sans effort et le neutralisa en quelques secondes. Adrian tenta de se débattre, de frapper, mais ses coups étaient vains. Une lueur étrange émana de la main de Sica.

Le garçon hurla, puis un choc s'abattit sur le maître des lieux.

Sica vacilla légèrement.

Dysill se tenait derrière lui, une matraque tremblante dans les mains.

— Tu as peur ? dit-il calmement.

Elle ne répondit pas.

Elle voulait partir.

- Fumier, venait de lancer une voix.

Lucas avait profité de l’altercation pour récupérer le grappin et tira en plein dans le ventre d’Edward Sica.

- Dysill ! Emporte Adrian avec toi et partez d'ici en vitesse !

- Lucas...

- Tire-toi, je te dis ! lui hurla-t-il avant de dégoupiller avec les dents une bombe artisanale attachée à sa ceinture.

Les larmes aux yeux, elle saisit Adrian, l'emporta sur son dos et se mit à courir de toutes ses forces vers la sortie.

Lucas appuya sur la gâchette du grappin, ce qui eut pour effet de ramener Sica a son niveau. Celui-ci tenta de s’enfuir en voyant que Lucas avait dégoupillé une grenade, mais le pic du grappin était encore fermement encré dans son estomac.

- Arrête ! cria-t-il en crachant du sang. Combien est-ce que tu veux ? Je te donnerais tout ce que tu veux, mais lâche-moi ! pestait Sica.

- L'addition serait trop salée, même pour toi.

- Tu n’es rien ! Personne ne se souviendra jamais de toi ! Misérable !

- Je sais. Ca me va très bien, sourit-il.

La bombe émit un léger « pschit ».

- Cadeau des Chats de Gouttière, fils de-

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