Espoirs déchus

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Dans nos vies, nous ne contrôlons que très peu de choses, le pire étant que nous ne sommes même pas à égalité sur ce pouvoir. Si vous êtes né au bon endroit, le mot famille aura une signification grandiose pour vous. Au mauvais endroit, ce terme vous inspirera de la mélancolie, de la colère, voir même du dégoût. Né sous la bonne étoile, votre santé vous permettra de vivre normalement, alors qu'à l'inverse, certains nouveaux-nés ne sauront jamais ce que c'est de vivre hors des rendez-vous médicaux, des soins lourds... certains encore moins chanceux ne sauront tout simplement jamais ce que c'est de vivre. Notre présence dans cet univers est un battement de cils à l'échelle des temps cosmiques, essayons donc de vivre selon nos termes, le plus possible.

C'est avec cette phrase en tête que j'ai essayé différentes choses peu de temps avant et durant la pandémie de coronavirus. Deux ans avant que nos vies ne soient chamboulées, je venais de terminer mon dernier contrat de travail. Durant ce laps de temps hors du quotidien, je m'étais dit qu'arriver à transformer ma passion de l'écriture en un métier serait une fort belle manière de trouver du sens à une carrière qui n'a jamais été le point marquant de mon existence. J'ai ouvert un blog que j'ai commencé à alimenter très régulièrement, en empruntant d'autres codes des réseaux sociaux pour tenter d'augmenter la visibilité que j'avais. J'espérais, à terme, amener des achats de livres. Durant cette époque, je n'étais pas au mieux mentalement, même si, avec le recul, j'en viens à me demander si j'ai déjà connu une phase où j'étais au top à ce niveau. J'ai produit du contenu, encore et encore, sans relâche, mais entre le fait que cette fameuse visibilité n'augmentait que de manière très faible et le reste de ma vie qui s'était entourée d'un voile sombre, la loi des séries me faisait vivre une année très éprouvante.

J'ai fini par bloquer, par lâcher prise. Ce rêve venait de prendre une teinte rougeâtre telle une galaxie s'éloignant trop vite de nos regards, finissant par basculer au-delà du domaine du visible. Comme cet ensemble spatial, mon ambition avait disparu, laissant en lieu et place un vide noir qui s'accompagnait d'une sensation oppressante. Mon cerveau était plein et s'apprêtait à craquer. Les mois qui ont suivi ont été difficiles, teintés de gris où je n'arrivais pas à être productif. Je regardais passer les journées avec la même amerthume dans le regard et dans les gestes. Il m'a fallu plusieurs mois avant de basculer vers une autre activité. 

Un peu moins d'un an avant la pandémie, je me suis mis au streaming. Je consommais régulièrement ce contenu en tant que spectateur, pourquoi pas essayer de convertir une autre passion en quelque chose de plus concret. J'avais tiré quelques leçons de mon fiasco d'écriture, notamment le fait de ne pas produire de manière excessive. La régularité est primordiale, seulement, la quantité d'énergie mentale demandée pour créer sur de longues périodes  est telle qu'il faut apprendre à gérer. Ces processus sont des marathons, pas des sprints. Je me suis lancé avec différentes idées. Certaines ont marché, à ma hauteur, d'autres non. Tandis que les mois défilaient, la visibilité que j'obtenais de mes lives augmentait légèrement. En quelques mois, j'avais déjà pu commencé à voir du soutien concret et une réelle progression. C'était motivant, malgré les aléas de la vie.

La pandémie a accéléré cette progression. De nouvelles têtes, de nouveaux noms apparaissaient à chaque direct ou presque. C'est durant cette période que j'ai tenté le plus de choses et certaines ont très bien marché (levée de fonds pour la bonne cause...), seulement, cette petite boule temporelle durant laquelle je pensais qu'enfin j'allais pouvoir vivre de quelque chose qui me plait et dans lequel je trouvais un sens a fini par m'exploser au visage. Entre la surproduction qui ne fonctionnait plus, la visibilité qui avait presque totalement disparue et le fait qu'une fois la pandémie terminée, les gens sont retournés à leurs vies, je n'ai pas su rebondir.

J'ai finalement tout arrêté, en gardant cette idée en tête. Vous pouvez vous préparer autant que vous le désirez, mais il est impératif d'accepter que nous ne contrôlons que très peu d'éléments. Le succès comme la déchéance peuvent venir d'un seul coup. Je galère encore beaucoup avec cette idée. Je ne suis pas un magnat du contrôle, cependant, quand tout échappe à une forme de logique, je suis souvent pris au dépourvu. 

Un jour, je trouverais peut-être du sens au terme "travail" mais pour le moment, je n'arrive pas à visualiser un futur où ce sera le cas. Ca me fait peur, encore plus que cette notion de logique dont j'ai parlé plus haut s'applique à bien d'autres domaines. Par moments, je sens que je pourrais craquer sous ce poids.

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