Toute première fois
Il ouvre la porte de sa chambre et m’invite à entrer. Incertain, je me dirige machinalement vers le lit et m’y assois. La pièce est à son image : simple, brute, virile, mûre. Des meubles de qualité, des couleurs sobres, une atmosphère feutrée, épuré. Son parfum musqué flotte dans l’air, insistant, comme une main invisible m’invitant à lâcher prise, à relâcher mes résistances.
Il déboutonne sa chemise sans hâte, dévoilant un torse musclé couvert d’une pilosité sombre, puis retire sa montre qu’il dépose sur la commode. Le geste est précis, sûr de lui. Sa main passe dans ses cheveux grisonnants, un sourire se dessine sur ses lèvres. Dans son regard, je lis une faim assumée, une attente qui me trouble plus qu’elle ne m’effraie.
C’est la première fois qu’on me désire avec une telle évidence. Je vacille intérieurement, incapable de dissimuler mon trouble. Il le perçoit aussitôt, s’approche, s’assoit près de moi. Mon cœur cogne contre ma poitrine, mes mains sont humides. J’ai peur.
— Je… je dois t’avouer quelque chose, balbutié-je.
Il incline la tête, attentif, les yeux plissés.
— Je… je suis…
Il m’interrompt en posant doucement un doigt sur mes lèvres. Son visage se penche vers mon oreille, son souffle chaud me parcourt.
— Je sais, murmure-t-il de sa voix grave. Et ça m’excite encore plus…
Ses lèvres frôlent mon cou, s’y attardent, m’arrachant un hoquet. Je reste immobile, partagé entre l’élan et le doute. Une main se pose sur ma cuisse, d’abord légère, puis plus assurée, elle remonte lentement vers mon intimité. À travers le tissu fin de mon pantalon, la chaleur devient presque douloureuse.
— Ne t’inquiète pas, souffle-t-il. Je sais y faire avec les puceaux.
Les larmes montent sans que je puisse les retenir. À côté de lui, je me sens minuscule, fragile, à peine sorti de l’enfance en comparaison. Il s’en rend compte et s’écarte.
— Si tu préfères qu’on s’arrête, je comprendrai.
Il n’y a ni pression ni ironie dans sa voix. Sa sincérité me désarme. Sa main glisse sur ma nuque, m’attire doucement contre lui. Son baiser est tendre, mesuré, presque protecteur. Je sens sa force contenue, cette retenue volontaire qui m’apaise plus qu’elle ne m’intimide.
Nous sommes si différents.
Et pourtant, peu à peu, la peur se dissout. Elle s’éloigne, me laisse respirer. Dans ses bras, je ne ressens plus de menace. Je peux enfin accepter ce qui brûle en moi depuis trop longtemps.
Je prends son visage et l’embrasse avec une ardeur nouvelle. Il comprend immédiatement. Ses bras se referment autour de mon corps frêle, fermes, rassurants. Il me soulève sans effort et me dépose sur le lit avec une délicatesse inattendue. Nos langues se cherchent, nos mains s’impatientent. À genoux devant moi, il ôte sa chemise. Je n’ai jamais vu un corps aussi troublant, même dans mes fantasmes les plus secrets.
Il retire mon t-shirt, s’attarde sur ma ceinture, puis sa bouche descend, effleurant mon ventre. Un frisson incontrôlable me parcourt tandis que mon boxer glisse à mes chevilles.
Il m’observe un instant, les sourcils légèrement levés, les lèvres humides, avant de se déshabiller à son tour. Nos corps se rejoignent enfin, se pressent l’un contre l’autre pendant que nos bouches s’affrontent dans un souffle. Puis il se détache, descend lentement. Un râle m’échappe, mes mains se perdent dans ses cheveux, le retiennent. Mon esprit se trouble, saturé de sensations.
Il se redresse ensuite, son regard m’invitant à lui rendre ce qu’il m’a donné. Je m’exécute, maladroit mais avide. Son soupir profond résonne lorsqu’il se presse contre moi. Tout se mélange : les odeurs, la chaleur, les fluides, au point que j’ai l’impression de perdre pied.
Nos lèvres se retrouvent encore, puis il me soulève et me retourne. Sa bouche suit la ligne de ma colonne vertébrale, lente, appliquée. Je me cambre, gémis lorsque sa salive coule et que sa langue me pénètre avec une précision troublante. Le poids de son corps s’ajoute au mien, nos doigts s’entrelacent. Il s’insère en moi avec précaution. La douleur est là, vive mais supportable, presque secondaire face au reste.
Son bassin s'agite, sans précipitation. Je m’habitue à sa présence en moi, à cette plénitude nouvelle, jusqu’à sentir la jouissance me gagner.
Je tire son visage vers le mien et murmure :
— Donne-moi ce que j’attends…
Il grogne, mord mon cou, referme ses mains sur mes poignets. Ses mouvements deviennent plus puissants, m’arrachent le souffle. Je voudrais crier, mais aucun son ne sort. Il me prend avec une intensité qui frôle la perte de contrôle, mêlant douleur et plaisir dans un équilibre vertigineux.
Puis, soudain, son corps se tend, secoué de spasmes. Je le sens se libérer en moi. À cet instant, je lâche prise à mon tour, submergé…

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