Chapitre 19 - Les Sumaq
Le lendemain, les draps étaient repoussés vers le bord du lit. Gwen essaya de récupérer un peu de couette pour se protéger du froid. Imahi était couchée, à l’air libre. Le vent souffla jusque dans les pièces d’appartement.
Une brise effleura la peau d’Imahi qui se reveilla, petit à petit, de son rêve.
Elle s’essuya les yeux et tourna la tête vers Gwen.
- Madame prend toute la couette la nuit ?
Elle esquissa un petit sourire.
Gwen était encore endormie mais gesticula avec son corps.
Imahi se leva du lit et bailla un coup. Sa queue s’étira dans tous les sens. Ses gestuelles ressemblaient à celles d’un chat.
Elle se dirigea vers la cuisine en passant par le salon. Taoki et Sumira étaient déjà réveillés.
- Bonjour, bien dormi ?
- Bonjour Imahi ! dirent les deux chats.
- J’ai bien dormi ! Bien que Taoki ronfle un peu bruyamment !
- Hé, je te signale que tu ronfles plus fort que moi !
Imahi ria en se servant un peu de lait dans une tasse.
- Quelle soirée…!
- Tu veux dire quelle affaire ! reprit Taoki.
- Ne me dis pas que vous avez vidé la bouteille de champagne à vous deux ! s’étonna Sumira.
- Non je pense qu’il en reste encore. Je voulais dire ça parce que Gwen et moi, nous sommes rapprochés… et c’est un moment un peu chaotique pour moi…
- J’avoue que nous les chats, sommes pudiques en ce qui concerne pour montrer nos émotions ! s’affirma Sumira.
- Tant que c’est du bon chaos, c’est toujours bon à prendre, souria Taoki.
- Qu’as-tu prévu pour aujourd’hui ? demanda Sumira.
- Je ne sais pas encore trop, je pense que j'irai peut-être m'entraîner un peu.
- Attends encore un. Je remarque que tu n’es pas encore en pleine capacité vu ton état. Laisse toi encore du repos, répliqua Sairu.
- J’ai effectivement encore un peu de mal de crâne. J’ai encore quelques bricoles à terminer.
- J’ai vu que tu travaillais sur un grand projet textile, dit Taoki.
- Oui j’ai eu envie d’ajouter des améliorations à certaines de mes tenues !
- Ça va être joli en tout cas ! s'émerveilla Sumira.
- Je confection aussi des petites armes, j’ai un peu peur de perdre mon énergie trop vite. Je ne mesure pas encore assez bien la limite mais j’arrive mieux à la canaliser.
- C’est un grand pas en avant ! Comme dit Sairu, profite de faire des choses simples. L’entraînement peut encore attendre, sourit Sumira.
- Oui, je vais m’y mettre de ce pas.
Taoki et Sumira restèrent un peu dans la cuisine puis suivent Imahi dans la chambre.
Gwen dormait encore à poings fermé. Elle s’est calée avec un coussin dans ses bras et l’autre dans son dos. Taoki la rejoignit sur le lit. Il se posa au bord du lit et fit sa sieste.
Sumira, quant à elle, s'était avancée vers Imahi en s’approchant du bureau d’atelier.
- Je vais ramener les affaires dans le salon pour ne pas trop les déranger.
Imahi s'était munie de lunettes de vue pour travailler sur ses projets. Elle prit les affaires un à un dans le salon et Sumira suivit du regard les aller retour d’Imahi puis se posa sur le canapé.
Imahi avait sorti sa machine à coudre pour confectionner des poches manquantes sur certains de ses pantalons. Elle ajouta notamment des grippes pour attacher une ceinture ou autre petits accessoires. Elle améliora aussi certaines coutures et répara les trous.
Un peu plus tard dans la journée, elle était occupée sur un métier à tisser récupéré dans un vieux magasin de textile artisanal abandonné. Elle s’y rendait régulièrement car le magasin était intact et la marchandise était restée là depuis de nombreuses années. Elle ne comprenait pas trop pourquoi cette boutique avait fermé. La seule qu’elle vit sur les devantures, étaient deux papiers avec les titres “demande d’expulsion” joint avec une signature d’un nom de huissier.
Il faut dire que le quartier où habitait Imahi était presque vide de vie. Les humains qui vivaient, au départ, dans le quartier étaient des marginaux de la société. Les magasins et petites friperies étaient encore ouverts, il n’y a pas longtemps, mais une partie d’entre eux avait déménagé ailleurs pour leur profit et leur maintien.
Le bâtiment, où se situait l’appartement d’Imahi était vieux et un peu insalubre. Il était composé de cinq appartements avec une vue imprenable sur la ville au loin. Un espace de rangement et une place de parking se situèrent au sous-sol. La salle de lingerie était dans une pièce à part. Le toit était équipé de panneaux solaires ce qui rendait le bâtiment un peu autonome en électricité.
Il se fait qu'elle soit la dernière locataire dans le bâtiment, du moins, ce qu’elle pensait car elle ne voyait guère du monde la journée. Un jour, une vieille dame sortit de son logement au rez-de-chaussée. Elle se dirigea vers la sortie avec un panier de courses vide. Elle perdit l’équilibre à l’entrée et tomba en partie contre le mur. Imahi, surprise par le bruit, descendit les escaliers pour voir. Elle vit la dame au sol.
- Madame, vous vous n'êtes pas fait trop mal ? Je vais venir vous aider !
Elle s’avance dans un élan rapide auprès de la dame.
- Merci mon enfant, c’est gentil de m’aider. J’ai dû probablement louper la marche à l’entrée…
La vieille ne fit pas trop attention à l'apparence d’Imahi. Elle se releva doucement de sa chute, aidée par Imahi.
- Voulez vous que je vous accompagne ?
- Non ça ira merci ! À mon retour, revenez me voir. J’aurais quelque chose pour vous !
La vieille dame s’avança vers la sortie, une canne à la main, qu’elle avait toujours pris soin de laisser à cet endroit ne voyant pas l’intérêt de l’avoir chez elle.
- Ah, tu peux m’appeler Éliane ou Éli.
Imahi fut attendrie par cette dame. Elle referma la porte du hall. Et remonta à son appartement qui se trouvait au dernier étage.
Imahi louait un duplex avec un deuxième étage qui disposait d’un balcon sur le toit. Elle s’y rendait parfois le soir quand la météo le permettait.
Il lui arrivait parfois de s’endormir en été dehors quand elle observait les étoiles et les aurores boréales.
Gwen se réveilla. Elle s'essuya les yeux.
Imahi était dans la pièce.
- Bonjour, comment te sens tu aujourd’hui ?
- Un peu vaseuse mais ça va j’ai bien dormi, ça faisait un moment !
- En effet. Je t’ai préparé un petit encas pour ce matin. Attends dans la chambre je vais te l’apporter !
Imahi sortit de la chambre et se dirigea vers la cuisine. Elle ramena un plateau avec un bol rempli de céréales, une boîte de lait, des couverts et un verre de jus d’orange fraîchement pressé.
- Imahi, c’est vraiment adorable de ta part. Mais as-tu déjà mangé ?
- Je me suis levée tôt aujourd’hui. Ne t’inquiète pas pour moi.
- J’ai vu que tu as retiré des affaires de la chambre !
- Oui, je voulais pas trop te déranger avec le bruit des appareils.
- Tu sais, tu es chez toi. Le bruit ne me réveille pas. Pas tout de suite en tout cas.
- J’ai tout mis dans le salon là, de toute manière.
- Tu crois qu’on arrivera à vaincre Kitra ? Je dois dire que cela ne me quitte pas trop depuis quelques jours.
- Je ne sais pas mais disons qu’on pourra les ralentir. Je sais que cela ne te rassure pas trop mais je vais m’en charger et je ferai le nécessaire pour y parvenir.
- Je crois en toi sache-le.
- Hm… Tu veux te lever ?
- Euh… Oui, vas-y ! Je vais me lever, merci pour ce petit déjeuner, petit chat !
Gwen déplaça le plateau sur le côté et se leva. Elle s’avança vers l’armoire d’Imahi et se regarda dans le miroir en ouvrant la porte.
- Prends ce dont tu as besoin.
- Je vais te prendre un pull. Je vais voir pour un pantalon. Sinon on devra aller faire du shopping. Tes pantalons ont tous un trou à l’arrière !
- Ah oui, j’avais oublié ce détail. Mais les vêtements humains sont inconfortables sinon à mettre.
- On ira faire du shopping ?
- Euh oui. Il n'y a pas beaucoup de magasins ici, faudra aller plus loin pour en faire. Tu sais que je ne suis pas la bienvenue dans votre communauté.
- On se fera discrète. Je perdrai pas trop temps de toute manière pour choisir. Je connais mes tailles par cœur.
- Tant mieux dans ce cas. J’ai la vieille dame du rez-de-chaussée qui souhaiterait que je passe chez elle à son retour. Elle n’est pas encore rentrée.
- D’accord.
Le visiophone s’enclancha, c’était la vieille dame, Éliane, qui revenait de ses courses.
Imahi décrocha en appuyant sur le bouton d’ouverture puis raccrocha.
Elle descendit les escaliers d’une allure rapide et assurée.
- Bonjour, Éliane. Ça été pour revenir avec vos courses ?
- Oui mon enfant, je te remercie de venir m’aider. Pourrais tu me tenir ce sac en attendant que je cherche les clefs de mon appartement ?
- Bien sûr, je vais vous aider pour les rentrer. Je suis navrée d’avoir coupé aussi sèchement l’appel au visiophone. Le son ne s’entend plus très bien.
- Ne t’inquiète pas mon enfant. J’ai quelque chose qui t’attends à l’intérieur.
Éliane ouvrit la porte de son appartement. Elle déposa les courses près de l’entrée. Imahi suivit et observa l’appartement de la dame. Un vieux style vintage avec des décorations très minimalistes. Peu de meubles, disposés soigneusement à rendre le logement accueillant.
- Pourrais tu me dire ton prénom j’ai oublié de te le demander. Tu peux mettre ces sacs près du frigo. Je les rangerai après.
- Je m’appelle Imahi, Imahi Sumaq.
Éliane sourcilla légèrement et sortit une petite boîte avec un bracelet à l’intérieur.
- Tiens, je te l’offre. Celui appartenait à ma fille bien aimée. Elle s’appelait Lysiane. Elle a disparu il y a bien fort longtemps. Je ne l’ai plus jamais revu. Elle avait 23 ans à sa disparition. Nous avions cherché pendant de nombreuses années mais l’espoir de la retrouver vivante s'amenuisait. Mon mari est malheureusement décédé peu de temps après sa disparition.
- Je ne peux pas accepter ce cadeau si cela est tout ce qui vous reste d’elle.
- Je souhaite pourtant que tu l’accepte, je suis devenue trop âgée et disons qu’elle aurait été contente que je continue de vivre. Tu me fais penser à elle, un peu.
- Hm… Je vous remercie dans ce cas, solennellement de ce cadeau, Madame Roselune !
- Je t’en remercie. Je ne vais pas plus te déranger. Merci encore pour ton aide, Imahi !
- Si vous avez encore besoin d’aide, faites moi signe. Je serai ravie de vous aider.
Imahi quitta l’appartement de Madame Roselune. La vieille dame ferma la porte doucement derrière elle.
Imahi se dirigea vers les escaliers et remonta auprès de ses amis.
- Je suis prête pour sortir. Tu veux te préparer ou on part tout de suite ?
- Je vais juste prendre de quoi couvrir ma tête et on pourra partir !
- La dame, du rez-de-chaussée, t’as donné un petit cadeau. C’est vraiment gentil de sa part.
- Oui, elle était tombée à l’entrée ce matin quand elle voulait aller faire des courses.
- Je vois. on se met en route pour le shopping ?
- Oui, allons-y !
Elles descendirent ensemble les escaliers et sortirent dehors.

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