Chapitre 4 : Lenny
Midi.
Lenny s’éveille seul aux sons des travaux dans la rue.
Nu sur le canapé, il se redresse, les yeux collés.
Sa tête refuse. Son corps résiste.
Vidé.
Le chaos de la pièce l’agresse. L’odeur est insoutenable.
Il se précipite vers la salle de douche, vomit.
Soulagement momentané.
Adossé au mur, il attire ses genoux contre sa poitrine.
Le carrelage glacé lui crispe le dos, le ramène au présent.
Il se redresse avec peine, pose ses mains de chaque côté du lavabo.
L’eau coule.
La sensation sur son visage lui arrache un long soupir.
Son regard croise son reflet.
Il passe ses mains humides sur son crâne rasé.
Pas le temps…
—
Les haut-parleurs grésillent : Jeanne Mas – En rouge et noir.
Lenny sort de la douche, enroule une serviette autour de sa taille.
La musique l’apaise, le canalise.
Si on m’avait conseillé…
J’aurais commis moins d’erreur…
Dans le frigo, il attrape une bouteille de lait, en boit une longue gorgée.
La serviette glisse au sol.
Son corps dénudé s’anime. La pâle lumière de novembre ondule sur sa peau dorée.
Libre.
Transporté.
En rouge et noir !
J’oublierais la peur !
Il enfile son jean de la veille. Porte un débardeur sous son nez.
Une grimace. Il l’enfile quand même. Passe son perfecto.
Collier clouté.
Bandana au poignet.
Boots aux pieds.
Un dernier regard dans le miroir.
Mes luttes, mes faiblesses !
Je les connais, j’voudrais tellement qu’elles s’arrêtent !
Clin d’œil.
—
Quatorze heures.
Sur le pont des Arts, il se fraye un chemin entre les manifestants.
Ses amis sont là.
Accolade. Baiser. Paumes qui claquent.
L’éphèbe lui sourit.
Ses mâchoires se crispent.
Un mouvement attire son attention.
Sur les quais du Louvre, il aperçoit quelqu’un.
Un appareil photo.
Des lunettes sur un visage carré.
Des cheveux châtain indomptables.
Une musique se lance dans sa tête.
Un éclair.

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