Un ami comme un soleil
Tim avait toujours eu cette impression étrange d’être à côté du monde.
Même enfant, il observait les autres comme s’ils vivaient dans une réalité différente de la sienne.
Dans la cour de récréation, les groupes se formaient naturellement. Les enfants couraient, criaient, riaient fort. Mais lui restait souvent seul près du vieux grillage derrière le terrain de basket.
Ce n’était pas qu’il détestait les autres. Il ne savait simplement jamais comment entrer dans leurs conversations.
Alors il s’asseyait dans un coin avec sa petite console entre les mains. Les jeux vidéo étaient plus simples. Les personnages avaient des objectifs clairs. Des règles. Des niveaux.
Dans les jeux, personne ne le regardait bizarrement lorsqu’il restait silencieux.
Ce midi-là, un vent léger traversait la cour. Le ciel était gris clair, comme souvent à cette période de l’année. Tim était concentré sur sa partie quand une ombre s’arrêta devant lui.
— Tu joues à quoi ?
Tim leva les yeux brusquement.
Un garçon aux cheveux en bataille le regardait avec un grand sourire.
— Un jeu de course. — Sérieux ? Les jeux de voiture, c’est nul.
Tim fronça les sourcils.
— Alors pourquoi tu regardes ?
Le garçon haussa les épaules avant de s’asseoir directement à côté de lui.
— Parce que t’as l’air fort.
Tim resta silencieux quelques secondes.
Personne ne lui avait jamais dit ça avant.
— Moi c’est Léo, continua le garçon. Et toi ? — Tim. — T’es toujours tout seul ?
La question était directe. Pas méchante. Juste honnête.
Tim baissa les yeux vers sa console.
— J’aime bien être tranquille. — Moi je pourrais jamais.
Léo parlait vite. Très vite. Comme si son cerveau allait plus rapidement que celui des autres.
Pendant plusieurs minutes, il continua à commenter la partie de Tim sans même demander si ça le dérangeait. Et étrangement… ça ne le dérangeait pas.
Pour la première fois depuis longtemps, le silence autour de lui semblait moins lourd.
Quand la sonnerie retentit, Léo se leva immédiatement.
— Viens, on retourne en classe.
Tim hésita.
Puis il rangea lentement sa console avant de le suivre.
Ce jour-là, sans vraiment s’en rendre compte… il venait de rencontrer la personne qui allait changer sa vie.
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Les jours suivants, Léo continua de venir le voir.
À la récréation. À la cantine. Après les cours.
Au début, Tim pensait que ça ne durerait pas. Les gens se lassent vite de lui, d’habitude.
Mais Léo revenait toujours.
Et peu à peu, Tim commença à attendre ces moments.
Ils inventaient des histoires absurdes dans la cour. Faisaient semblant d’être des aventuriers. Couraient jusqu’à perdre haleine derrière le gymnase.
Léo parlait tout le temps. Tim écoutait beaucoup.
Mais ça fonctionnait.
Un mercredi après-midi, ils restèrent dehors après les cours. Le soleil commençait doucement à descendre derrière les immeubles.
Léo lança son sac au sol avant de s’allonger directement dans l’herbe.
— Tu crois qu’on sera amis longtemps ? demanda-t-il soudainement.
Tim resta surpris par la question.
— Bah… oui. — Genre même plus tard ? — Je sais pas.
Léo tourna la tête vers lui.
— Moi je pense oui.
Tim sentit quelque chose de chaud dans sa poitrine.
Il n’avait jamais vraiment réfléchi à ça avant. À l’idée que quelqu’un puisse réellement vouloir rester.
Alors il s’allongea à côté de lui.
Le ciel au-dessus d’eux était immense.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Et ce silence-là était différent.
Pas un silence gênant. Pas un silence vide.
Un silence calme.
Le genre de silence qui fait du bien.
À partir de ce jour, tout le monde les connaissait ensemble.
Si on voyait Léo, Tim n’était jamais loin. Et si Tim apparaissait quelque part, Léo arrivait toujours quelques secondes après.
Pour les autres, ce n’était sûrement qu’une amitié d’enfants.
Mais pour Tim… ça représentait beaucoup plus.
Parce qu’avant Léo, il avait l’impression d’être invisible.
Et maintenant… quelqu’un le voyait enfin.

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