Cible (Le Projet Chapitre 2)

Une minute de lecture

Louis est loin, très loin dans ses pensées. Sur le chemin du retour, il cogite, rumine même. Ses pas le guide automatiquement, comme une tâche d’arrière fond qui tourne sans que l’esprit n’ait vraiment à s’en soucier. Ses yeux ne voient pas les gens. Ses oreilles perçoivent les bruits de la rue comme des acouphènes. Ses pieds ne sentent pas le sol. Sa peau ne transmet plus la douce chaleur du soleil couchant ; au contraire, elle la réverbère pour faire barrière entre le monde extérieur et la bulle de Louis. Une bulle presque transparente à qui sait bien y regarder. Ce visage fermé et lisse appelle d’abord le regard à glisser vers des sujets plus attrayants. Mais l’observateur attentif pourra remarquer des mouvements, juste sous la peau du visage de Louis, de petits muscles se contractent furtivement, indiquant le remue-ménage intense qui se tient juste là. On remarquera ensuite la posture, voutée, protégeant instinctivement les organes vitaux, le cœur, le creux de l’estomac sous lequel bat l’aorte, brulante. Une artère bat de façon presque imperceptible sur sa tempe gauche. Un érythème moite lui enserre la gorge.

Louis monte dans le tram, ne cherche pas à s’asseoir malgré les places libres. Il tient la barre fort, si fort que les jointures de sa main droite en deviennent blanches. Son sac en bandoulière scie son épaule. Il s’accroche à cette barre pour ne pas tomber, comme quelqu’un qui va se noyer et qui s’agrippe à un rondin de bois. Mais malgré le rondin de fortune, Louis se noie. Ce n’est pas l’eau qui emplit ses poumons mais les pensées qui gonflent, remplissent, se compressent dans sa boîte crânienne jusqu’à former un magma informe de mots, d’images, de sensations. Louis se noie, seul dans sa tête, debout dans ce tram.

Ses jambes le mènent seules vers son appartement. Une fois à l’intérieur, il pose son sac sur la table, l’ouvre machinalement, l’esprit toujours embrumé. Une petite enveloppe rouge tombe au sol. Ses pensées se stoppent, d’un coup, suspendues en l’air dans leur course folle. Louis ramasse l’enveloppe et l’ouvre.

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