Chapitre 38 : Plomberie

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Une fois n'est pas coutume, nous avons de la réserve !

La musique du jour est [:SITD:] - Puls:Schlag. Le style n'est pas facile à définir (future pop/aggrotech si l'on en croit wikipedia), mais ça envoie et c'est bien épique !

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Le magnifique danseur blond se retourne et son regard s'accroche une seconde sur moi… Je vais défaillir ! Les petits blonds, c’est vraiment mon péché mignon, comme me le prouve mon érection incontrôlée. Quelle idée ai-je eue de mettre une tenue serrée comme ça ? C'en est douloureux et la seule manière de m’en sortir serait de l’enfourcher pour un raid des plus intenses. Ça fait trop longtemps que je n'ai rien fait dans le genre.

  • Toi, tu n’es pas discret ! lance Roger en relevant le regard vers moi.

Je comprends que même ce pur hétéro n’a pas pu s’empêcher d’observer mon entrejambe.

  • Ce n’est pas de ma faute si la Nature m’a fait don de sa puissance.
  • T’es sûr que Léo ne vient pas de t'envoyer une photo de lui à quatre pattes ?
  • Hmm, peu importe, le résultat serait identique ! Mais tu sais, je n’ai même pas besoin de ça. Quand je discerne dans ses yeux… ce mélange d’admiration et de peur, c’est à devenir raide dingue.

C’est en disant ça que je surprends en flagrant délit le facétieux danseur. Cette fois, il m’observe, il me scrute, comme s’il essayait de lire en moi. Puis soudain, ses yeux s’écarquillent et il fait volte-face. Mon sex-appeal est capable de déstabiliser les plus charmants garçons, mais là, c’est détonant ! En plus, il n’a même pas pu apercevoir la grosse Bertha en plein déploiement, car ce grand roux de Roger lui bloque la vue.

Intrigué, je me lève et pousse doucement mon ami. J’ai tout juste le temps de voir mon blond disparaître d’un pas assuré vers les toilettes du bar. Il a accéléré tout d’un coup, comme s’il avait senti ma présence. Après réflexion, ne serait-ce pas une invitation à le rejoindre ? Il a peut-être envie de se faire plaquer contre le carrelage froid, même que je lui fasse son affaire au son des claquements de canalisations. Ce beau gosse m’intéresse de plus en plus ! J’ouvre la porte des sanitaires et me retrouve face à plusieurs cabines fermées. Le loquet de l’une d’entre-elles se ferme sous mes yeux.

  • C’est toi, le beau blond avec les boucles d’oreilles en forme de plumes d’oiseau ?

Tant pis si je dérange en même temps un pauvre client souhaitant déféquer en paix, mais l’opportunité est trop sympathique. La réponse se fait attendre quelques longues secondes.

  • Euh… oui, répond finalement une voix étouffée. Pourquoi est-ce que tu me suis comme ça ?
  • T’es drôle, toi ! Je suis plus que certain que tu m’as maté à l’instant.

Un nouveau silence se produit. Sa voix résonne plusieurs fois dans ma tête tel un écho. Je ne saurais dire pourquoi, mais ce timbre me rappelle quelque chose. Mon oreille absolue pourrait m’aider à éclaircir cette étrange situation, mieux que mes yeux, qui m’ont toujours complexé.

Après qu’une chasse d’eau a résonné dans la pièce d’à côté, une révélation divine me saisit : je sais. “Le pur beau gosse aux yeux presque violets“ ! C’était ainsi qu’il m’avait désigné, la toute première fois que nous nous étions rencontrés à la cantine du lycée. Il a beaucoup changé physiquement, mais sa voix ne pouvait pas me tromper. Arthur… Tout un flot de souvenirs, que Léo avait effacés ces derniers mois, me reviennent en tête : la période dorée où nous étions en couple, en seconde, puis l’humiliation lorsque nous avons été découverts. Moi, naïvement amoureux, qui ne me suis même pas défendu ; lui, qui a tout de suite compris que son statut social était en jeu, et que notre relation méritait d’être poignardée pour qu’il s’en sorte. Évidemment, lui aussi m’a reconnu, tout devient clair comme de l’eau de roche.

Il me semblait pourtant qu’il étudiait loin d’ici, de notre campus méditerranéen. Il doit simplement être de passage.

  • Tu veux te poser chez moi pour discuter avec ton beau gosse aux yeux violets ? dis-je avec un ton volontairement familier.
  • Je ne peux pas trop, Alan… je suis avec des amis, comme tu peux t’en douter. Et je repars demain matin à l’autre bout de la France.
  • Hmm, dommage…

Cinq secondes plus tard, la porte s’ouvre et il me fait signe de le rejoindre. Je le détaille alors complètement de bas en haut. À être si proche de lui dans cet espace exigu, mon corps ne sait plus comment réagir. Nos bassins ne sont qu’à une trentaine de centimètres l’un de l’autre, ce qui me fait de nouveau bander par réflexe. En même temps, je détaille son visage : j’ai passé tant d’heures à dévorer ces lèvres. Ma mémoire se souvient de ses yeux féroces, à la seconde où il m’a rejeté, mais aujourd’hui, je n’y vois plus aucune trace et un frisson de faiblesse me traverse les bras.

  • Tu sais, j’ai une copine maintenant, dit-il.
  • Ah bon, ça c’est amusant. Alors avec moi, c’était une erreur de jeunesse ?
  • Non… j’avais adoré, continue-t-il en posant ses mains sur mes épaules.
  • Pas assez pour assumer, pourtant !

Ses traits ont vraiment changé en seulement trois ans. Ni en bien, ni en mal, il est resté tout à fait désirable, d’une manière plus virile, je dirais. Ce n’est pas pour rien que tout à l’heure, il m’a fait de l’effet directement. Étonnamment, je ne ressens aucune volonté de vengeance, j’ai dû gagner en sagesse ces derniers mois.

  • Je ne suis pas devenu hétéro… souffle Arthur.

Ses mains descendent sur mon corps et il parvient à glisser le bout de ses doigts derrière ma ceinture, sur l’aine. Il s’agrippe à moi et me tombe dessus en m’embrassant. Mécaniquement, je tends mon bassin vers l’avant pour aller chercher un contact avec sa taille. Sa langue empressée force un baiser plus profond et disperse ma raison en mille morceaux, tout comme il y a trois ans.

  • Attends ! m’écrié-je tout d’un coup.

Il sursaute et relâche sa prise.

  • Tu as entendu quelqu’un ?
  • Non, c’est pas ça… Je n’ai pas envie de recommencer.
  • Mais cette fois, je ne te décevrai pas !

Je secoue la tête pour lui faire comprendre ma décision. J’ai déjà accepté de me donner une seconde chance de trouver l’amour, avec mon petit batteur. Si cette chance devait être détruite, je ne m’en remettrais pas.

  • T’as déjà un mec, c’est ça ? demande-t-il alors que des larmes naissent dans ses yeux.
  • Absolument négatif, mens-je avec tout l’aplomb dont je dispose. Mais notre chance est passée. Allez, remets tes boutons de chemise, essuie-toi les yeux, puis on se serrera la main en bons termes. C’est déjà pas mal, hein ?

La porte des toilettes claque comme pour entériner ma décision. Je ne suis pas peu fier d’avoir su me maîtriser ; par contre, Léo devra se montrer à la hauteur pour épuiser le feu en moi !

  • Alan, t’es en train de te lustrer l’obusier, ou bien quoi ? Je t’avoue qu’on pourrait décaler chez moi. Je n’y arriverai pas plus ce soir avec la gent féminine ; en plus, tu as gâché ma seule opportunité !

Je ne peux pas m’empêcher d’exploser de rire, alors qu’à côté de moi, Arthur est en train de passer par toutes les émotions.

  • On dirait que ça t’arrive de plus en plus souvent ! répliqué-je à travers la porte.
  • T’as raison, même que je devrais lancer une campagne d’A/B testing : on va comparer Roger roux et Roger brun. Je me fais une teinture dès ce samedi.

Je sors de la cabine et vais le checker. Plus qu’à lui expliquer pourquoi un gars nous regarde assis sur la cuvette des WC, les yeux rougis.

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