Histoire 3
Bon.
On est à la fin des années 80/début des années 90, j'ai environ 6-7 ans. Je suis à la maison avec ma sœur, qui a 14-15 ans à l'époque. On a grandi dans une petite ville du Texas, tout le monde se connaît. Ce soir-là, on est seuls à la maison, et mes parents laissaient souvent ma sœur me garder. On s'entendait toujours bien malgré notre différence d'âge.
Bref, il est environ 20h en hiver (il fait un froid de canard dans le désert), il fait donc nuit et on est dans le salon, là où il y a la télé. On regarde « 60 Minutes », « 48 Heures », « Hard Copy » ou un truc du genre (ces reportages d'une heure sur CBS qui traitent en détail des crimes graves : trafic d'êtres humains, meurtres, enlèvements, etc. Un peu comme un documentaire de Lifetime, mais en version sordide). Celui-ci racontait une histoire typique : le voisin tranquille d'à côté s'est déchaîné chez ses voisins, les a mutilés et a kidnappé leur jeune fille.
Ce qui était particulier avec notre salle commune, c'était que la porte donnant sur le jardin était une grande baie vitrée dans une baie vitrée du sol au plafond. Au-delà, il n'y avait que le noir complet, à moins d'allumer la lumière (ce qui n'était pas le cas). La porte d'entrée se trouvait de l'autre côté de la pièce, avec un petit sas. C'était une porte pleine, donc on ne voyait pas ce qu'il y avait derrière, avec une porte d'entrée vitrée à l'extérieur.
Environ 45 minutes après le début de l'émission, ils parlaient de la chasse à l'homme en cours pour retrouver ce fou furieux, et là, BAM BAM BAM, la porte d'entrée claque violemment. On sursaute et on hurle comme des fous. Silence de mort. Les seules lumières allumées dans la maison étaient celle de la cuisine, au bout du couloir, et celle de la télé. On a commencé à penser que quelque chose sur le porche (on avait des jardinières et un rocking-chair dehors) avait simplement été projeté contre la porte. On était dans l'ouest du Texas, le vent souffle par là-bas avec une force incroyable. Bref, une minute ou deux de silence, et on se serre les uns contre les autres après cette montée d'adrénaline. Au moment même où l'on s'apprêtait à déclarer que tout était en sécurité, on a entendu la porte d'entrée claquer. Merde. Quelqu'un avait forcément dû l'ouvrir pour pouvoir frapper comme ça à la porte d'entrée. Merde merde merde. On est restés figés au milieu de la pièce, assis par terre là où on regardait la télé. Ma sœur a rampé jusqu'à la télé et l'a éteinte. C'était une vieille télé, il fallait tourner ce bouton métallique pour l'éteindre, ce qui a produit un petit « CLAC » assez fort.
Maintenant, on était seuls dans la pièce, faiblement éclairée par la lumière de la cuisine au bout du couloir. Je ne sais plus combien de temps a passé, figés, ma sœur toujours accroupie près de la télé éteinte, mais on n'arrêtait pas de se regarder dans les yeux, puis de fixer la porte d'entrée. Je me souviens très bien de ce moment : j'étais à genoux, assis sur mes pieds, et je me suis retourné pour regarder le mur du fond, avec les fenêtres et la porte vitrée. On a entendu et j'ai vu la poignée de la porte de derrière tourner ; elle était verrouillée, mais pas à double tour. La porte cliquette légèrement, comme si quelqu'un essayait délicatement la poignée. Aucun de nous ne fait un bruit, on retient notre souffle. Puis, BOUM ! BOUM ! Un bruit assourdissant ! Quelqu'un essaie de forcer la porte en la secouant violemment. Toute la baie vitrée vibre et, à chaque secousse, je vois mon reflet se brouiller, puis se brouiller à nouveau.
Ma sœur pique une crise et hurle à la mort. Je reste figée au sol. Elle se lève et me traîne quasiment dans sa chambre, claque la porte, jette son matelas et tout ce qui lui tombe sous la main devant. Heureusement, elle avait pensé au téléphone (un de ces téléphones portables en plastique beige, incroyablement lourds, avec une longue antenne métallique). Il a fallu appeler directement le shérif et, paniquée, elle avait oublié le numéro. Elle a simplement appuyé sur la touche de rappel. C'était une de ses amies. Elle leur dit, la voix brisée par l'émotion, que quelqu'un essayait de s'introduire chez nous et qu'il fallait qu'il arrive immédiatement (le juron est particulièrement choquant, allez savoir pourquoi, jeune esprit). Je suis recroquevillée par terre, tremblante de tous mes membres. On n'entend plus rien jusqu'à ce qu'on aperçoive les phares de la voiture de l'amie de ma sœur et de ses parents qui arrivaient.
On n'a jamais su qui était à la porte ni pourquoi. Il n'y avait aucune trace de quoi que ce soit, à part quelques éraflures au bas de la porte arrière, dont on ne se souvenait plus si elles étaient déjà là.
Rien de tel ne s'est reproduit depuis, mais une chose est sûre : on n'oublie plus jamais de fermer une porte à clé.

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