Le voyageur du nulle part
Ce matin-là, j’étais partie marcher pour réfléchir.
Je montais dans un vieux wagon qui s'arrêtait devant moi, sur le tout dernier quai de la gare. Un seul et unique wagon décoloré et dénué de toute modernité. Au fond, sur de vieux sièges abîmés, un étrange voyageur me fixait. Il faisait mauvaise impression et son regard m’oppressait.
Il était vêtu d’une veste de costard délavée, d’une cravate trouée et de chaussures de randonnée boueuses qu’il ne cessait de frotter l’une contre l’autre. Il remuait sa jambe gauche comme s’il trépignait d’impatience.
Je détournais mes yeux des siens tandis qu’il se levait pour venir s'asseoir en face de moi. Il posa un grand sac en papier sur le siège voisin et me salua avec un grand sourire. Je me collai à la vitre, croisai mes jambes et mes bras avant de lui répondre timidement. Il sourit et me posa cette simple question :
« Mademoiselle, quel est pour vous le pilier d’une relation sincère ? »
Surprise, je lui souris nerveusement, laissant un silence s’installer entre nous. Je me mis alors à réfléchir sans trop comprendre pourquoi. Après un temps de réflexion, je lui répondis ceci :
« Le respect. »
L'homme, d’un air malicieux, piocha alors dans son sac en papier pour en tirer quelque chose. Il me tendit sa main et je découvris un caramel soigneusement emballé. Hébétée, je le regardai dans les yeux. Je saisis le bonbon puis, devant l’absurdité de la situation, je me mis à rire. Je discutais alors pendant le trajet avec ce drôle de voyageur au sac rempli de sucreries qui se rendait partout et nulle part à la fois. Lorsque le train marqua son arrêt, je descendis en le remerciant.
Il ne s’agissait probablement que d’une simple coïncidence, mais grâce à lui ce jour-là, la rupture avait un gout de caramel légèrement salé.

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