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Je saute du pick-up et remercie le conducteur qui repart presque aussitôt. Je dois absolument faire réparer le mien, je déteste dépendre des autres. Le vrombissement du moteur s’efface petit à petit, laissant la nature et sa symphonie apaisante se jouer à mes oreilles.

J’inspire avec force, puis m’avance sur le chemin de terre qui pénètre dans la forêt de conifères. Au loin, le soleil de juillet, reflété par le lac, dessine en contre-jour les contours de mon petit chalet au bardage rouge délavé. Une cabane solitaire et son écrin de tranquillité, perdus dans une forêt sauvage du Canada.

Le tintement du carillon à vent se mêle au bruissement lent de la brise dans les branches. Je m’assois sur un tronc au bord de l’eau, juste un instant. Un frisson me parcourt l’échine malgré la douceur des rayons du soleil. Je soupire. L’eau cristalline s’agite, frappant la berge comme un métronome guidant les notes du piano. Mais je n’ai pas le temps de me perdre dans mes pensées qu’une voiture approche. Un voisin.

— Salut, mon grand, lance-t-il tout sourire, en s’approchant avec une boîte en carton dans les bras. Tu ne voudrais pas adopter un chien par hasard ?

La petite boule de poil est tout juste sevrée. Elle tend son mignon museau tacheté de brun et de blanc vers moi en pleurnichant. Un berger australien.

— C’est la dernière de la portée. J’ai déjà trouvé une famille à tous ses frères, mais les gens préfèrent les mâles, va savoir pourquoi. Ça te fera de la compagnie ?

Je l’observe une seconde, soupire.

— C’est gentil, mais j’ai déjà bien assez de travail à m’occuper de moi…

Sans attendre, il la sort de la boîte et l’impose dans mes bras. Attendri par ses brillants yeux vairons, j’approche mon visage de son museau et elle me lèche aussitôt le nez.

— D’accord…

Je remets une bûche dans la cheminée et m’assois dans le fauteuil qui lui fait face. La nuit est avancée. La chienne dort déjà paisiblement, étalée de tout son long sur la couverture en laine que j’ai disposée dans un panier en osier. L’odeur de la camomille flotte dans l’air. J’attrape la tasse sur la table basse à côté de moi et la porte à mes lèvres.

Trop chaud !

Je peste. La faïence tinte sur la coupelle, la moitié se renverse. La chienne se redresse en sursaut.

— Pardon, ce n’est pas ta faute. Tu peux te rendormir.

Elle cligne des yeux, les referme, baille à s’en décrocher la mâchoire, puis repose sa petite tête.

Je me lève pour récupérer un torchon dans la cuisine. Les ombres des branches dansent sur les rideaux, projetées par les rayons blafards de la lune. Je m’approche et observe le lac qui scintille. De l’autre côté, la majestueuse montagne et ses neiges éternelles semblent s’étirer jusqu’au ciel. La quiétude est palpable. Une pensée me traverse, comme un éclair qui aveugle le présent :

Tu aurais adoré cet endroit…

La sentence sonne comme une malédiction, un mauvais sort indéfectible. Je serre les lèvres, retiens un sanglot, déglutis. Mécaniquement, j’attrape le torchon et retourne m’asseoir. Une grande inspiration, puis je souffle avec force. Les mots s’éloignent sans disparaître. Mon regard se perd dans les flammes qui tourbillonnent dans l’âtre. Un souvenir m’agresse.

Je ne peux retenir mes larmes.

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