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L’aube à peine naissante, je me décide à sortir de mon lit. Une nuit d’insomnie de plus. Un chaos de rêves et de cauchemars qui me poursuivent comme un prédateur affamé. Je devrais sûrement écouter les médecins et prendre ces fichus médicaments, mais je refuse de baisser les bras.

Entre les oreillers, la chienne dort paisiblement, le ventre en l’air. Ses petites pattes frémissent, ses mâchoires se contractent par moment. Son rêve semble plus plaisant que les miens.

Dans la cuisine, je me verse un grand verre d’eau. Sa fraîcheur se diffuse en moi, apaise mon manque de sommeil. Par la fenêtre, le rose du soleil levant s’étale dans le ciel d’encre parsemé de fins nuages. Une légère brume flotte au-dessus du lac, comme un souvenir suspendu au temps qui passe.

Je traverse le couloir en direction du bureau lorsque mon pied se pose dans une flaque. La petite s’est soulagée là, par ma faute. J’ai oublié de disposer du journal pour sa litière. J’attrape un rouleau de papier toilette et nettoie.

Elle n’y peut rien…

Les mains lavées et le visage rafraîchi, je retourne au bureau pour mes étirements. Prendre soin de mon corps, à défaut de pouvoir apaiser mon esprit. J’abuse, exagère les mouvements au point de me faire mal. Mais c’est un mal salvateur, qui me pousse, m’anime.

Je me relève et commence mes exercices de musculation. La routine est rodée : jambes, bras, abdos, repos. Cinq répétitions successives que j’enchaîne en soufflant de plus en plus fort. Soulever, pousser, plier, recommencer, puis s’écrouler en sueur une fois les muscles au bord de la rupture. La douleur est intense, brûlante. Mais au moins, je sais que je suis encore vivant.

Sous la douche, l’eau est glacée, le chauffe-eau fait des siennes. Encore une chose à rajouter à la longue liste des réparations en cours. Le froid s’ajoute à mes muscles endoloris ; je serre les dents et me lave tant bien que mal. Lorsque je tire le rideau, la chienne est assise dans l’encadrement de la porte manquante. Ses yeux s’écarquillent et elle se précipite pour me lécher les jambes.

— Tu dois avoir faim et soif, hein ?

Ses sautillements redoublent. Je me penche et la prends dans mes bras.

Pendant que mon café coule, je lui donne quelques croquettes et un bol d’eau. Je dois me dépêcher, j’ouvre le magasin aujourd’hui, hors de question d’être en retard. Une longue marche à travers la forêt me sépare encore du village, je préfère ne rien laisser au hasard.

Après avoir ingurgité mon café et deux toasts beurrés, j’enfile mes chaussures et mon blouson. Malgré l’été, les matinées sont encore froides, surtout avec la fraîcheur des bois. J’attrape mon spray anti-ours et passe la porte. Mais lorsque je la verrouille, les pleurs de la chienne m’interpellent.

Ah oui, c’est vrai…

J’ouvre la porte et elle se précipite aussitôt dans mes jambes.

— Je ne peux pas t’emmener. Monsieur Maurice et sa chienne risquent de ne pas apprécier.

Elle est plus petite que mes chaussures. Son regard m’implore, son museau couine. Comment ignorer une créature aussi vulnérable.

— Bon, c’est d’accord…

Je l’attrape et la glisse dans mon blouson, verrouille la porte et m’élance sur le chemin.

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