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À dix-sept heures, les chalands se font rares. Monsieur Maurice décide de fermer plus tôt et me propose de me raccompagner en voiture. Je le remercie mais décline son offre ; le temps est au beau fixe et j’aimerais en profiter pour faire un plongeon dans le lac. Un petit coin à l’abri des regards que j’affectionne particulièrement.

Je m’apprête à payer les quelques produits dont j’ai besoin, mais monsieur Maurice insiste pour me les offrir, mettant en avant mon excellent travail. Je lui souris et accepte, même si l’euphémisme me pince l’ego, étant donné qu’il passe ses journées assis derrière la caisse enregistreuse pendant que je m’occupe du reste.

Sous le perron couvert, nous échangeons encore quelques mots. Le bardage vert est bien usé par endroits et monsieur Maurice aimerait le faire repeindre. Le toit mériterait également une réfection. J’acquiesce. Nous nous serrons la main, j’embrasse la petite chienne une dernière fois, puis les regarde s’éloigner. Un frisson me parcourt l’échine. J’inspire avec force et prends la route à mon tour.

La petite crique isolée se trouve à mi-chemin entre le magasin et le chalet. C’est un endroit qui se mérite, très difficile d’accès. Ma bonne condition physique est un plus non négligeable, même s’il m’est arrivé à plusieurs reprises d’éviter in extremis de me briser le cou. Heureusement, la chaleur de la journée a parfaitement séché la pierre et je parviens sans encombre à rejoindre mon havre de paix.

Entre la roche érodée par le temps, une minuscule bande de sable s’étire, juste suffisamment pour permettre de s’allonger. Je dépose mes affaires sur un tronc de bois flotté et plonge dans l’eau limpide. Sa fraîcheur est vivifiante, pour mon corps nu comme pour mon esprit en ébullition. Je m’éloigne du rivage, inspire un bon coup et me laisse flotter. Le ballottement de l’eau me fait l’effet d’une berceuse, une comptine discrète susurrée à mes oreilles. Au-dessus de ma tête, un troupeau de bernaches en formation traverse le ciel.

Elles peuvent aller où bon leur semble…

J’inspire avec force. À nouveau, un souvenir m’assaille ; un engouement, une tirelire, une cagnotte pour un voyage qui n’aura jamais lieu. Je plonge sous l’eau en regagnant le rivage, espérant le noyer au passage. Sur la rive, je m’allonge dans le sable encore chaud, ferme les yeux et soupire.

Trouverai-je à nouveau la paix ?

La question se suspend aux branches des conifères qui se balancent au-dessus de ma tête, comme le couperet sur le point de trancher mes décisions. Mais il ne tombe jamais.

La caresse du vent m’apporte une odeur de feu qui me fait frissonner. Je me lève, enfile mes vêtements et repars.

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