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Je presse le pas, une appréhension me noue l’estomac. Au loin, une colonne de fumée s’élève. Je me précipite dans sa direction. Des images d’incendie me traversent l’esprit comme une prémonition. Au détour d’un bosquet, je tombe nez à nez avec l’inconnu du magasin. Je m’immobilise abruptement à quelques centimètres de lui. Il est en sous-vêtements, trop près. Je remarque son corps athlétique, marqué de tatouages et de cicatrices éparses. Ma respiration se bloque une seconde. Son regard sombre semble vouloir deviner ma réaction, insistant. L’attente me met mal à l’aise, m’exaspère.

Derrière lui, j’aperçois le petit brasier improvisé. J’explose.

— Vous voulez déclencher un incendie, ou quoi ?

Je m’apprête à piétiner les faibles flammes, mais il me saisit brusquement par le col. Surpris par sa force autant que par son inconscience, je soutiens son regard, les dents serrées.

Taré…

Il hurle une phrase dans sa langue en postillonnant, un doigt pointé sur mon menton. Je ne comprends pas un mot de ce qu’il dit, mais son regard ne ment pas. Mes joues brûlent.

— Faut être complètement inconscient pour allumer un feu sans protection en pleine forêt !

Il plisse les yeux. Ses lèvres bougent, mais aucun son n’en sort. Sa mâchoire se décrispe. Il me relâche, se retourne et vide une bouteille d’eau sur son feu de fortune. Subitement gêné, j’hésite entre m’excuser et m’emporter encore plus. La tension retombe. Le silence s’installe entre nous.

Je me racle la gorge.

— Pardon… j’ai eu peur et…

Il s’approche, ses yeux fixés aux miens.

— Toi… cigarette ?

Je hoche la tête.

— Tu peux… montrer ? dit-il en pointant les braises fumantes.

La sincérité de son langage incertain me pique au cœur, comme si j’avais un gamin affamé devant moi.

— Il faut faire un foyer avec des pierres et du sable pour éviter que le feu ne s’échappe.

D’un mouvement de tête il m’invite à nouveau à lui montrer comment faire. Inutile de lui expliquer davantage. Je regarde autour de nous, ramasse plusieurs cailloux de tailles convenables, récupère une grande poignée de sable au bord du lac, puis l’étale avant de disposer les pierres en cercle.

Alors que je suis accroupi, il se baisse à son tour en posant sa main dans mon dos. Une décharge me traverse.

Depuis quand n’ai-je pas ressenti la chaleur d’un contact ?

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