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Son toucher ardent m’est aussi rassurant qu’inconfortable. Je me relève trop brusquement et le bouscule. Il tombe à la renverse. Je voudrais l’aider, m’excuser, mais mes jambes n’obéissent plus. Déjà, je détale sur le sentier. Une larme roule sur ma joue.

Je passe la porte du chalet qui claque violemment, puis m’écroule au sol, haletant. Ce sprint insensé me brûle les poumons. Pourtant, dans le chaos de mes pensées, une image se détache : cet homme, ce bar douteux, cette nuit.

Quelques mois plus tôt, je m’étais rendu en ville pour ma demande de carte verte. Une journée harassante ; la foule, le bruit, les bureaux impersonnels, les questions indiscrètes. Tout était de trop. J’étais épuisé et, ne voulant pas faire le chemin de nuit, j’avais décidé de prendre une chambre à l’hôtel. Au détour d’une rue, deux hommes qui s’embrassaient sans retenue avaient eu raison de mes bas instincts et, malgré moi, je me rendais dans un établissement peu avenant.

Assis au bar à siroter une bière amère, je me demandais ce que je faisais là, lorsqu’il m’a abordé. Grand, une chemise blanche largement ouverte sur son torse poilu. Ni beau ni repoussant, juste banal. Nous avions échangé quelques mots, puis il m’avait rapidement attiré dans une ruelle à côté du troquet. Tandis que je défaisais ma ceinture, il s’était jeté sur mon visage, insinuant violemment sa langue dans ma bouche.

Pervers !

Je l’avais repoussé en l’insultant, sans savoir pourquoi. Il s’était approché en gesticulant, la bouche pleine de menaces. Le poing est parti, il s’est écroulé, je me suis enfui. Le seul souvenir que je garde du trajet est le goût amer des larmes et du regret. Lorsque je suis arrivé au chalet, des heures plus tard, j’avais sauté dans le lac. J’aurais voulu avoir la force de ne pas remonter à la surface, une bonne fois pour toutes.

Putain d’instinct de survie !

Mes jambes peinent à me lever. Dans la salle de bain, je passe un peu d’eau sur mon visage. Un pansement instantané. En croisant mon reflet dans le miroir, je ne me reconnais pas : mes vêtements sont usés et dépareillés, mes cheveux en bataille, même mes sourcils ne sont plus que deux buissons qui assombrissent mon regard déjà éteint.

Mes mâchoires se crispent. Je me déshabille sans ménagement.

Les rayons du soleil lèchent mon corps nu, parcourent les contours de mes muscles saillants. Mes yeux se ferment, ma main droite enserre mon sexe. Je cherche dans ma mémoire la vision de l’inconnu en sous-vêtements, puis me masturbe avec frénésie. Un geste animal dans une vaine tentative d’expiation.

Mais soudain, quelqu’un frappe à la porte.

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