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L’ardeur s’évapore en un instant et je reste interdit. Les coups retentissent à nouveau, me faisant sursauter. Ils ne sont pourtant ni brusques ni précipités. J’enfile mon jean et mon t-shirt et m’avance prudemment. En écartant les rideaux, j’aperçois l’inconnu sur le perron. Lui aussi s’est rhabillé. Il se frotte la nuque, vraisemblablement inquiet. Son regard me serre le cœur.

Pourquoi ça fait mal ?

Sans insister, il baisse les yeux, se retourne et s’éloigne. Il a l’air d’un chiot qu’on aurait grondé. Malgré moi, je ne parviens pas à détacher mon regard.

Beau…

Il part, se retournant par moment, puis lorsqu’il disparaît au bout du chemin, je me laisse glisser au sol en soupirant. Mon cœur est lourd, presque douloureux. Je secoue la tête.

Pourquoi ne me laisses-tu pas t’oublier ?

À la nuit tombée, une tasse de camomille fumante à la main, j’enroule un plaid autour de mes épaules et m’installe sur le tronc au bord du lac. La voûte céleste est parsemée de cristaux lointains qui scintillent froidement. Un nuage sort de ma bouche à chaque expiration, comme si l’automne était déjà proche.

Une gorgée de tisane me réchauffe, mes doigts s’enroulent autour de la tasse. La forêt est silencieuse, endormie. Soudain, une mélodie grattée sur une guitare me parvient en écho, puis une complainte s’élève dans une langue que je ne parle pas. C’est lui. Je me relève et le cherche du regard. La faible lueur d’un feu de camp danse dans l’encre de la nuit, plus loin. Je ne comprends pas ses mots, mais une larme glisse sur ma joue.

Le temps semble s’être arrêté.

Lorsque le chant cesse, je secoue la tête et rentre me coucher, sans vraiment en avoir envie.

Les jours passent et je fais mon possible pour l’éviter. La nuit est la pires des traîtresses ; il me rend visite sans le savoir, me réveille en sursaut à chaque fois. Je ne dors presque plus, mais je résiste.

Le mois d’août touche à sa fin.

Un après-midi, il passe la porte de la boutique. Son regard croise le mien, me met instantanément mal à l’aise. Il se dirige vers le comptoir et interpelle monsieur Maurice. Je suis trop loin pour entendre ce qu’ils se disent. J’attrape un carton et fais mine de le ranger en les observant.

— Viens voir mon garçon, m’appelle monsieur Maurice en me faisant signe.

Je les rejoins, incertain comme un enfant sur le point de se faire gronder.

— Je te présente Milo, annonce-t-il avec un large sourire. Je sais que vous vous connaissez déjà et Milo a besoin de travail alors, je me disais qu’il pourrait s’occuper de repeindre le bardage, qu’en penses-tu ?

Surpris, j’alterne entre leurs regards qui me scrutent avec attention.

— C’est vous le patron…

Ma nuque me démange.

— Oui, mais il aura besoin d’un coup de main, c’est pour ça que je te demande ton avis.

Milo sourit, apparemment amusé.

— Euh… d’accord… mais qui va vous aider dans le magasin ?

Monsieur Maurice balaye ma question d’un revers aérien.

— Je ne suis pas encore à l’article de la mort, mon garçon, je peux me débrouiller !

Sa poigne se ferme sur mon épaule tandis que le silence se brise dans son rire franc. Milo tend la main, les yeux plissés par son sourire qui s’élargit. Sa poigne est vive, sa peau rugueuse. Mais à nouveau, la chaleur de son contact m’électrise et je retire ma main trop brusquement. Son visage se ferme.

— Demain, j’irai en ville acheter la peinture comme ça, vous pourrez commencer après le week-end, ajoute monsieur Maurice. Si tu veux, tu peux venir donner un coup de main en mon absence ?

Je me fige, l’objection veut sortir mais reste coincée dans ma gorge. Milo hoche la tête.

— C’est parfait ! Disons que ce sera comme une période d’essai, d’accord ?

Ils échangent une poigne vigoureuse puis il se tourne vers moi.

— Milo, dit-il en pointant son doigt sur son torse avant de le tourner vers moi.

Je soupire intérieurement.

— Eugène…

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