12
— Milo ? Je reviens.
Mon estomac refuse toujours la moindre nourriture. Je me dirige vers la porte pour sortir fumer.
— Surtout, ne touche pas à la caisse, elle est un peu… capricieuse.
Il hoche la tête et son sourire me trouble. À un tel point que je reste figé dans sa direction, la main sur la poignée.
— Tout va bien ?
Je secoue la tête, les joues en feu, puis quitte le magasin en vitesse.
Sur le perron, je m’éloigne avant d’allumer ma cigarette. La première bouffée est comme une résurrection. Mes épaules se relâchent. Un grondement lointain m’interpelle. Le ciel est sombre. Déjà, les premières gouttes frappent le bois, régulières, presque hypnotiques. L’air s’alourdit, chargé d’ozone.
Je me perds un instant dans cette cacophonie relaxante, les yeux fermés. Le pétrichor s’insinue en moi. Son visage m’apparaît, apaisé pour la première fois. Toujours aussi beau.
Pourquoi maintenant ?
Une larme glisse sur ma joue. Pourtant, je souris. Quelque chose se dénoue enfin.
Une main se pose sur mon épaule. Milo m’observe.
— Je peux ?
Mes yeux ne fuient plus les siens. Je lui tends une cigarette. Lorsqu’il pose ses mains sur les miennes pour protéger la flamme, leur chaleur me traverse, rassurante.
Je n’ai plus envie de fuir…
— Pardon pour tout à l’heure. Je ne voulais pas être indiscret…
Les mots sortent seuls, presque involontaires. Il ne répond pas, le regard tourné vers l’horizon. Un silence partagé, sans poids.
Ma main effleure son épaule. Je me retourne pour rentrer, mais il me retient avec douceur.
— Merci, Eugène…
—
L’orage se déchaîne. Les éclairs déchirent le ciel. La pluie tambourine. Le magasin est vide depuis un moment déjà.
Pourtant, Milo continue de ranger avec application.
Je secoue la tête avec amusement.
— Je crois qu’on va fermer. Plus personne ne viendra.
Il pose le balai et me rejoint au comptoir.
— Monsieur Maurice ne va rien dire ?
— Non. Je lui expliquerai.
— Mais nous pas pouvoir rentrer avec ce temps.
Il pointe du doigt la fenêtre où la pluie s’écoule en cascade.
— Ça ne me gêne pas. J’aime l’eau.
Il hausse les sourcils.
— Moi pas être un poisson !
J’éclate de rire. Il me suit, s’affale à plat ventre sur le comptoir.
Pourquoi est-ce si évident tout à coup ?

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