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J’ai le souffle coupé.

Dans un geste plus instinctif que volontaire, ma main quitte son épaule.

Il soupire bruyemment. Ses poings se serrent. D’un bond, il se relève, bousculant le luminaire. Les ombres projetées sur les murs me donnent aussitôt le vertige.

Violemment, il enfonce sa main dans l’un des cartons. Je sursaute. Un grognement lui échappe, sa poitrine se gonfle. La lampe oscillante ne me permet plus de voir son visage, mais je devine son expression.

Sans un mot, il se retourne et se précipite dans l’escalier.

— Attends ! Je…

Les mots se bloquent dans ma gorge. Le battage de la pluie est assourdissant. J’entends la clochette qui tinte, suivie de la porte qui claque avec fracas.

Je ne voulais pas…

Une heure s’écoule.

Au prix d’un effort surhumain, je quitte enfin le magasin. La tempête n’a apparemment aucune envie de se calmer, au-dehors comme dans ma tête. Je m’élance sur le chemin qui n’est plus qu’un filet de boue informe. Je frissonne. L’eau qui me trempe jusqu’aux os, autrefois si salvatrice, semble à présent vouloir faire germer mes pensées les plus sombres.

J’avance sans guider mes pas, absent. Plus loin, je m’immobilise malgré moi à l’embranchement du campement de Milo. Mes idées se perdent dans le bruissement des branches, mes yeux se fixent dans sa direction. La forêt est dense et je suis trop loin pour l’apercevoir, mais des traces de pas à moitié effacées me donnent l’espoir qu’il est encore ici. Maigre consolation.

Je secoue la tête et regagne enfin ma maison. Sur le perron, j’ôte puis essor mes vêtements avant de rentrer les déposer devant la cheminée et d’y allumer un feu. Un filet d’eau me coule dans la nuque, me glace le sang. Je souffle dans mes mains engourdies. La chaleur des flammes se répand déjà dans la pièce. Je m’assois au sol. Mon regard se perd dans la danse du feu qui crépite.

Je suis vraiment trop con…

Le sommeil me fuit.

J’attrape le réveil : deux heures vingt-sept. Ma tête est aussi lourde que mon cœur.

Soudain, de violents coups contre la porte d’entrée me tirent de mes pensées. Je m’y dirige et l’ouvre sans réfléchir.

Milo !

Le regard vers le sol, les poings serrés, dégoulinant, sa poitrine se soulève au rythme de sa respiration erratique. Son t-shirt lui colle à la peau, dessinant sa musculature avec une indécence presque insoutenable.

À moitié nu, je frissonne, immobile.

Les secondes se transforment en minutes.

Une larme glisse sur sa joue. Je tends la main pour la rattraper, mais il saisit mon poignet. La douleur m’arrache un hoquet.

Son regard transperce le mien.

Sans un mot, nos corps s’élancent. Nos lèvres se trouvent.

Nous trébuchons à l’intérieur. La porte claque.

Ses bras m’enserrent avec une force désespérée. Mes mains retiennent son visage comme s’il allait disparaître.

Son corps brûlant, trempé de pluie, m’enveloppe.

Je suffoque.

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