15
La chaleur douce d’un rayon de soleil me chatouille les paupières. J’ouvre les yeux et la symphonie des oiseaux sauvages m’étire les lèvres. Par la fenêtre entrouverte, un léger vent frais s’engouffre. Les rideaux virevoltent.
Je me retourne. Milo n’est plus là.
Mon sourire se fane. Mon estomac se noue.
Qu’est-ce que j’ai fait…
Ma main caresse machinalement sa place encore tiède, comme si ce geste pouvait le faire réapparaître. Par magie.
Je soupire, puis me retourne en m’enroulant dans la couverture.
Ferme les yeux.
Une seconde.
—
Le bruit d’une porte qui claque me tire de la torpeur matinale. Cet instant flottant entre nuit et jour où l’esprit ne sait pas vraiment comment réagir.
Rester lové dans la chaleur rassurante de son lit douillé ?
Ou affronter la journée qui s’impose sans pitié ?
Je m’étire puis me lève en emportant la couette sur mes épaules.
L’air est encore moite après le déluge de la veille, saturé d’une odeur de café qui se mêle au musc de notre indécence nocturne. Dans la pièce principale, les stigmates sont visibles : débris d’objets, chaises renversées, vêtements détrempés abandonnés çà et là.
Mon cœur se serre.
Un grincement attire mon attention. Je pousse la porte et le soleil m’aveugle un instant.
Milo est là.
Assis sur les marches du perron, immobile.
Je referme la porte et m’approche prudemment. L’air frais s’insinue sous ma toge de fortune, agréable et gênant à la fois.
Je m’assois à côté de lui et remarque une tasse dans sa main. Sans réfléchir, je la saisis en effleurant ses doigts. Son contact m’électrise.
Il ne dit rien.
Ses yeux sont perdus vers le lac, où l’eau s’enflamme des rayons du soleil. De l’autre côté, la montagne ne m’a jamais paru aussi solitaire. Pourtant, quelque chose se dénoue en moi.
Je porte la tasse à mes lèvres et manque de m’étouffer en avalant.
— Ce café est…
— Dégueulasse.
Un rire nous échappe, léger, sans promesse, avant de se perdre dans la forêt qui ne se tait jamais.
Les minutes s’étirent. Le silence nous retient.
— Je voulais partir…
Malgré sa voix douce, les mots me tiraillent. Je l’observe avec attention, mais il évite mon regard.
— Je suis fatigué de fuir.
Je baisse la tête. Hésite une seconde.
— Moi aussi.
Il inspire avec force. Je vois son cœur battre à ses tempes.
— Eugène, je…
Je l’arrête en prenant ses mains dans les miennes. Nos regards se trouvent enfin.
— Tu ne me dois rien, Milo.
Son souffle s’étire.
Doucement, je pose ma tête sur son épaule et ferme les yeux. La chaleur de son bras qui glisse autour de moi libère une larme silencieuse.
Au-dessus de nos têtes, un troupeau de bernaches traverse le ciel.
Où vont-elles ?
Nous restons silencieux.
fin

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