Chapitre 5
L’Éveil des Gardiens
L’escalier de marbre blanc ne semblait pas s'enfoncer sous la terre, mais s’élever vers un autre ciel. À mesure que je descendais, le bruit de la bataille au-dessus de moi — les cris de Julian, les explosions de Marcus — s'évanouissait, remplacé par un bourdonnement basse fréquence qui faisait vibrer mes os.
Je débouchai dans une salle immense, dont les parois étaient faites d'un cristal opale qui semblait absorber et rejeter la lumière en rythme, comme un cœur qui bat. Au centre, pas de trésors, ni d'or. Juste un bassin d'eau argentée, parfaitement immobile.
— Tu as mis du temps à revenir, Elina Valeray.
Je sursautai et cherchai l'origine de la voix. Elle n'était pas humaine. Elle semblait résonner directement dans mon crâne. Une silhouette se détacha des parois de cristal. Ce n'était qu'une ombre lumineuse, une rémanence d'énergie qui avait la forme d'un homme grand, vêtu d'une armure d'un autre âge.
— Qui êtes-vous ? Un fantôme ?
— Je suis la Mémoire, répondit la forme. Je suis ce qui reste du premier Gardien. Et je suis ton héritage.
L'ombre s'approcha du bassin. — Les vampires pensent que ton sang est une batterie. L'Inquisition pense que c'est une anomalie. Ils ont tous tort. Le sang de la Source n'est pas fait pour être bu, Elina. Il est fait pour lier.
— Lier quoi ? balbutiai-je, sentant les runes sur mon bras chauffer violemment.
— Le monde des hommes et celui des ombres. Sans une Source active, la barrière s'effondre. C'est pour cela que les monstres deviennent plus sauvages, et que les humains deviennent plus cruels. Ton père n'est pas mort pour te protéger ; il est resté de l'autre côté pour tenir la porte fermée. Mais il faiblit.
Une douleur atroce me déchira le bras. L'encre de Silas, les runes noires, commencèrent à se craqueler. La lumière dorée en dessous ne cherchait plus à s'échapper, elle cherchait à consommer l'encre.
— Le vampire qui t'accompagnait… Julian… il a senti une fraction de ce que tu es, continua le Gardien. Mais si tu veux le sauver, si tu veux stopper Malphas, tu dois cesser d'avoir peur de ce qui coule en toi. Tu dois accepter que tu n'es plus humaine.
— Qu'est-ce que je dois faire ?
— Plonge tes mains dans l'eau d'argent. Accepte le lien. Mais sache qu'une fois fait, tu sentiras chaque douleur, chaque mort, chaque ombre dans ce monde. Tu ne seras plus jamais seule dans ta tête.
Je pensai à Julian, cloué au sol par les ombres de Malphas. Je pensai à ma mère, fuyant toute sa vie. La peur m'avait paralysée depuis le premier chapitre. C'était terminé.
Je m'avançai et plongeai mes mains tatouées dans le bassin.
Le cri que je poussai ne sortit pas de ma bouche, mais de chaque pore de ma peau. L'eau d'argent s'engouffra dans mes veines. L'encre noire de Silas explosa en poussière, et à sa place, des marques dorées permanentes s'imprimèrent sur ma peau, montant de mes mains jusqu'à mon cou, brillant d'un éclat insoutenable.
Soudain, ma vision s'élargit. Je n'étais plus dans la crypte. Je sentais Julian, à trois cents mètres au-dessus, son cœur ralentissant dangereusement sous la torture. Je sentais la haine de Malphas, la soif de Marcus, et les milliers de parias qui tremblaient de peur dans la ville.
J'ouvris les yeux. Ils ne brillaient pas seulement : ils étaient devenus deux miroirs d'or pur.
— Je vois tout maintenant, murmurai-je.
— Alors va, dit le Gardien en s'effaçant. Reprends ce qui appartient à ta lignée.
Je me retournai vers l'escalier. Je ne courais plus, je lévitais presque. La Clé n'était plus un objet dans ma poche. La Clé, c'était moi.
L’Armée des Invisibles
La pierre de l’autel ne s’ouvrit pas simplement ; elle vola en éclats sous la pression de la lumière qui émanait de moi. Je sortis de la terre comme une apparition, mes pieds touchant à peine le sol de la crypte.
Julian n'était plus là. Malphas et Marcus non plus. Il ne restait que des traces de sang noir et les murs calcinés par les impulsions de l'Inquisition. Mais je n'avais pas besoin de les voir pour savoir où ils étaient. Je sentais la douleur de Julian comme une brûlure dans mon propre flanc. Ils l'avaient emmené dans la Citadelle de Fer, le quartier général de l'Inquisition dont Malphas avait pris le contrôle.
Je ne retournai pas vers la sortie secrète. Je marchai droit vers le cœur de la Cité des Parias.
Quand je débouchai sur la place du marché, un silence de mort s'abattit. Les néons semblèrent grésiller et s'éteindre au passage de ma lueur dorée. Les parias, les monstres et les voleurs s'arrêtèrent.
— Regardez-moi ! m'écriai-je, et ma voix portait une autorité qui n'était pas la mienne.
Silas, le faussaire, sortit de son échoppe en ruine, tremblant. Il tomba à genoux en voyant mes tatouages d'or pur. — La Source... elle a fusionné.
— Malphas a pris Julian Blackwood, dis-je, ma voix résonnant dans chaque recoin de la station. Il pense qu'en emprisonnant le vampire, il pourra briser la Source. Il pense que vous allez rester dans l'ombre, à attendre qu'il vous extermine les uns après les autres.
Un murmure de peur parcourut la foule. Un Lycan massif, aux cicatrices profondes, s'avança en grognant. — Pourquoi devrions-nous nous battre pour un Blackwood ? C'est un vampire de l'Élite. Qu'il crève.
Je me tournai vers lui. Mes yeux d'or se fixèrent dans les siens, et je lui montrai, par le simple contact de mon aura, la vision du Tombeau et la fin du monde qui approchait. Le colosse recula, le regard terrifié.
— Vous ne vous battrez pas pour lui, dis-je en levant ma main, où une énergie dorée crépitait. Vous vous battrez pour vous. Parce que si je tombe, le mur entre les mondes tombe avec moi. Et l'Inquisition ne fera aucune distinction entre vos clans.
Je fis un pas vers eux, mon pouvoir faisant trembler les structures métalliques du marché. — Je suis Elina Valeray. Je suis la Clé et je suis la Gardienne. Ceux qui me suivront auront une place dans le monde que je vais bâtir. Ceux qui s'opposeront à moi seront consumés par la lumière que je porte.
Le silence dura une éternité. Puis, Silas leva son petit poing. — Pour la Gardienne !
Le cri fut repris par le Lycan, puis par les sorcières, puis par des centaines de voix gutturales et sauvages. Ce n'était plus une foule de marginaux, c'était une armée de parias qui n'avaient plus rien à perdre.
— Silas, prépare les camions, ordonnai-je. On part pour la Citadelle.
Pendant qu'ils s'agitaient, je fermai les yeux. Julian. Tiens bon. Je sens ton cœur faiblir, mais je suis là. Je ne viens pas pour te sauver, je viens pour que nous régnions ensemble sur leurs cendres.
À travers le lien, je perçus une faible réponse, une bouffée de chaleur désespérée. Il était encore en vie. Mais pour combien de temps ?
Infiltration et Trahison
La Citadelle de Fer se dressait contre le ciel d'encre comme un poignard de béton et d'acier. Ancienne prison de haute sécurité, elle était devenue le bastion de l'Inquisition, renforcée par les sorts occultes de Malphas. Autour de moi, mon armée de parias attendait dans l'ombre des entrepôts désaffectés, un océan de crocs, de griffes et de lames prêtes à frapper.
Mais je ne pouvais pas lancer un assaut frontal. Pas encore. Julian était trop profond dans les entrailles du bâtiment.
— Restez ici, ordonnai-je au chef des Lycans. Attendez mon signal. Quand la lumière dorée frappera le sommet de la tour, brûlez tout.
Je m'avançai seule vers la porte sud, là où l'ombre était la plus dense. Mais je n'eus pas besoin de me cacher. Une silhouette familière m'attendait, appuyée contre un pilier de béton.
Marcus.
Ses yeux bleus électriques brillaient dans la nuit, mais son habituel sourire carnassier avait disparu. Il semblait nerveux, ses doigts tambourinant sur la garde de son épée.
— Tu as changé, Elina, dit-il en m'observant. La petite étudiante effrayée a laissé place à quelque chose de... divin. C'est presque dommage. J'aimais bien te voir trembler.
— Où est Julian ? demandai-je, ignorant ses provocations.
— Dans les niveaux inférieurs. Malphas utilise une machine de l'Inquisition pour drainer son essence et la combiner à ton sang résiduel. Il veut créer une clé artificielle. Il est devenu fou, Elina. Il ne veut plus protéger le monde des ombres, il veut devenir l'ombre.
Marcus s'approcha, sa voix baissant d'un ton. — Malphas m'a promis la moitié du royaume, mais je sais lire les signes. Avec toi comme Gardienne, il n'y aura pas de partage. Soit je meurs avec lui, soit je t'aide à le renverser et je garde ma place au Conseil.
— Tu trahis ton maître pour sauver ta peau ? Quelle surprise, Marcus.
— Je trahis un perdant pour rejoindre une reine. C'est de la stratégie, pas de la morale.
Il posa sa main sur un scanner biométrique dissimulé dans le mur. La porte blindée coulissa sans un bruit. — Je vais t'introduire jusqu'au centre de détention. En échange, je veux ton serment que je sortirai d'ici vivant.
Je le regardai dans les yeux. Je sentais sa fourberie, son désir de pouvoir, mais je sentais aussi sa peur. Mon nouveau pouvoir me permettait de lire les intentions comme dans un livre ouvert.
— Tu vivras, Marcus. Mais ne crois pas que je t'oublierai.
Nous nous sommes enfoncés dans les entrailles de la Citadelle. Le bâtiment vibrait d'une énergie malfaisante. À chaque niveau que nous descendions, le lien de sang avec Julian devenait plus douloureux. Je sentais son agonie, les aiguilles d'argent qui perçaient sa peau, le vide qui s'installait dans son esprit.
Nous arrivâmes devant une immense porte scellée par des runes de sang. Deux gardes de l'Inquisition s'interposèrent. Marcus, avec une rapidité déconcertante, leur trancha la gorge avant qu'ils ne puissent donner l'alerte.
— Il est derrière cette porte, souffla-t-il. Mais fais attention. Malphas n'est pas seul. Il a réveillé les "Épurateurs", les anciens exécuteurs du Conseil.
Je posai ma main sur la porte. Les runes de Malphas tentèrent de me brûler, mais ma lumière dorée les dévora comme du papier sec. Le métal gémit et céda.
La pièce au-delà était un cauchemar de verre et d'acier. Au centre, Julian était suspendu par des chaînes d'argent, son corps parcouru de tubes transparents où circulait un liquide sombre et doré. Il n'était plus qu'une ombre de lui-même.
— Enfin, murmura une voix glaciale venant de l'obscurité. La Clé revient vers sa serrure.
Malphas sortit de l'ombre, sa canne de bois noir crépitant d'énergie. À ses côtés, quatre silhouettes massives, enchaînées et aveugles, grognaient de faim. Les Épurateurs.
Je sentis Marcus reculer d'un pas, se préparant à fuir ou à frapper dans mon dos. Le moment de vérité était arrivé.
Le Don du Sang
L’odeur de l’argent brûlé et du sang rance était insupportable. Julian ne bougeait plus. Sa tête retombait sur sa poitrine, ses cheveux sombres collés par la sueur et la poussière. Les tubes qui le reliaient à la machine de Malphas pompaient son essence vitale avec un bruit de succion écœurant.
— Regarde-le, Elina, ricana Malphas en s'approchant de l'autel technologique. Ton protecteur n'est plus qu'une outre vide. Il a donné jusqu'à sa dernière goutte pour retarder l'inévitable.
Je ne répondis pas. Ma colère n'était plus un cri, c'était un brasier silencieux. Les marques dorées sur mon cou se mirent à pulser si fort que l'air autour de moi commença à se tordre sous la chaleur.
— Libérez-le, dis-je d'une voix qui fit vibrer les cuves de verre.
— Ou quoi ? Malphas leva sa canne. Épurateurs, tuez-la. Mais gardez son cœur intact, j'en ai besoin.
Les quatre monstres aveugles se jetèrent sur moi. Ils se déplaçaient avec une vitesse surnaturelle, leurs griffes d'argent fendant l'air. Marcus, fidèle à lui-même, s'éclipsa dans les ombres, attendant de voir qui sortirait vainqueur.
Je n'utilisai pas d'arme. Je levai simplement les mains. Une onde de choc dorée partit de mon corps, frappant les Épurateurs de plein fouet. Ils furent projetés contre les murs, mais ils se relevèrent instantanément, insensibles à la douleur. Ils n'étaient plus vivants, c'étaient des pantins de chair et de magie noire.
Je compris que je ne pouvais pas gagner ce combat seule. Pas tant que mon lien avec Julian était une plaie ouverte.
Je fis exploser les verrous des chaînes d'argent d'un simple regard de volonté. Julian s'effondra au sol comme une poupée de chiffon. En un éclair, je fus à ses côtés, ignorant les Épurateurs qui revenaient à la charge.
— Julian !
Ses yeux s'ouvrirent, mais ils étaient ternes, presque gris. Ses lèvres remuèrent sans qu'un son n'en sorte. Il était trop tard pour le sang animal, trop tard pour le sang humain. Il était en train de s'éteindre.
— Ne m'abandonnez pas, murmurai-je. Pas maintenant.
Je ne lui offris pas mon poignet. Cette fois, c'était différent. Je pressai ma paume contre son cœur et j'ouvris les vannes de mon pouvoir. Je ne lui donnais pas seulement du sang, je lui infusais la lumière du Tombeau, l'essence même de la Source.
Le contact fut une déflagration.
Le corps de Julian se cabra. Une lumière dorée s'engouffra dans ses veines, remplaçant le sang noir qui lui restait. Ses yeux s'ouvrirent brusquement, et cette fois, ils ne devinrent pas ambrés. Ils devinrent d'un or pur et brûlant, identiques aux miens.
Au moment où un Épurateur allait me trancher la gorge, une main de fer saisit le poignet du monstre. Julian était debout. Il ne semblait plus affaibli. Il dégageait une aura de mort et de lumière mêlées.
D'un seul mouvement, il brisa le bras du monstre et lui arracha la tête. Le corps de l'Épurateur tomba en cendres dorées.
Julian se tourna vers moi. Un sourire féroce, presque sauvage, étira ses lèvres. — C'est un mélange intéressant, Elina. Je me sens... divin.
Nous nous sommes relevés ensemble. Malphas recula, son visage décomposé par la peur. Il comprit enfin son erreur. Il n'avait pas créé une clé ; il avait créé ses propres bourreaux.
— Marcus ! hurla Malphas. Tue-les !
Marcus sortit de l'ombre, regarda Julian, regarda la lumière qui émanait de moi, et rangea lentement son épée. — Désolé, vieil homme. Je n'ai jamais aimé parier sur les cadavres.
— À nous deux, dis-je en m'avançant vers Malphas.
Julian se plaça à ma gauche, ses crocs sortis, la puissance de la Source vibrant dans chacun de ses muscles. Nous étions le jour et la nuit, la loi et le châtiment.
Le Crépuscule des Anciens
La salle de la Citadelle vibrait sous la pression de nos deux auras combinées. Malphas, acculé contre son autel technologique, ne ressemblait plus au puissant Ancien qui dirigeait le Conseil. Il n'était plus qu'un vieillard terrifié par sa propre création.
— Vous ne comprenez pas ! hurla-t-il en levant sa canne de bois noir. Sans le Conseil, le monde surnaturel sombrera dans le chaos ! Les humains nous extermineront !
— Alors nous leur apprendrons à avoir peur de l'ombre autant que de la lumière, répondit Julian d'une voix qui semblait sortir des profondeurs de la terre.
Malphas abattit sa canne au sol. Une onde de magie noire, visqueuse et chargée de millénaires de souffrance, se propagea vers nous. Mais avant qu'elle ne nous atteigne, je levai la main. Un mur de flammes dorées jaillit du sol, consumant l'obscurité avant même qu'elle ne nous effleure.
— Ton temps est révolu, Malphas, dis-je en m'avançant. Le sang des Valeray n'appartient plus à personne.
Julian bondit avec une vitesse que même mes yeux de Gardienne avaient du mal à suivre. Il était un flou de lumière et de mort. Il écrasa la canne de Malphas sous son talon et saisit l'Ancien par la gorge, le soulevant comme une poupée de chiffon.
— Pour ma mère, murmurai-je. Et pour chaque Source que vous avez brisée.
Je posai ma main sur le front de Malphas. Mon pouvoir ne chercha pas à le frapper, il chercha à le "purifier". Je déversai toute l'énergie du Tombeau des Gardiens en lui. C'était trop pour un corps nourri de sang vicié et de vieille magie. Malphas poussa un dernier cri alors que des fissures dorées apparaissaient sur son visage, avant qu'il ne se désintègre en une fine poussière d'or qui retomba sur le sol de béton.
Le silence retomba sur la pièce. Marcus, qui observait depuis les ombres, applaudit lentement.
— Impressionnant. Une fin digne d'un opéra. Maintenant, qu'allez-vous faire des survivants de l'Inquisition et des membres du Conseil qui attendent dehors ?
Je me tournai vers lui, mes yeux brûlant toujours d'un éclat solaire. — Ils ont un choix, Marcus. Me servir, ou disparaître comme leur maître.
Je marchai vers la grande baie vitrée de la Citadelle qui surplombait la ville. D'un geste, je fis exploser le verre. Le vent de la nuit s'engouffra dans la pièce. En bas, dans les rues, l'armée des parias attendait. Je levai mon bras tatoué d'or, et une colonne de lumière jaillit vers le ciel, visible à des dizaines de kilomètres à la ronde.
C'était le signal. La fin du secret.
Julian s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule. Son contact n'était plus froid. Il dégageait une chaleur réconfortante, le lien entre nous étant désormais scellé pour l'éternité.
— Le monde va changer, Elina, dit-il en regardant la ville s'illuminer. Les humains savent que nous sommes là. Le Conseil est tombé. Ce sera la guerre.
— Non, répondis-je en croisant son regard. Ce sera une révolution. Et cette fois, ce sont les monstres qui écriront les lois.
Je sentis une nouvelle force monter en moi. Ce n'était que le début. Le Tombeau des Gardiens m'avait montré d'autres portes, d'autres mondes, et d'autres menaces qui se réveillaient. Mais pour la première fois de ma vie, je n'avais plus peur.
Je n'étais plus la Source. J'étais la Reine.

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