Chap 60 : Le coffre d'Eulalie
Après notre après-midi dans la serre, nous avons rangé nos cahiers dans nos sacs et repris le chemin du camping-car. L’immersion a été fabuleuse, le temps s’est figé dans cet espace coloré où les papillons nous ont enveloppés de douceurs. J’ai fait plusieurs croquis des spécimens croisés avec une idée folle en tête. Avec Victor, nous avons un tatouage de l’autre sur l’épaule, un dessin fait de mes mains qu’un artiste nous a transposé sur la peau pour ne pas oublier qui nous sommes et où nous allons.
Aujourd’hui, je souhaite renouveler l’expérience sans pour autant que nos corps deviennent des estampes. Bien-sûr dès que j’en ai parlé à mon cher et tendre, il m’a souri et dit avec tendresse, je suis ton homme. Comme trop souvent, je l’ai pris au pied de la lettre et nous avons rendez-vous dans la boutique de Maître Ty. Tout un programme. J’ai déniché son adresse après plusieurs recherches au cours de la soirée. Les commentaires de ses clients décrivent l’homme avec respect. Nous devons le rencontrer dans moins de vingt minutes. Par la suite nous rejoindrons Étienne, le jeune poissonnier du marché qui nous a proposé de pêcher à ses côtés au clair de lune.
L’échoppe se trouve au fond d’une ruelle pavée, encadrée d’un troquet et d’un magasin à jouets, le coffre d’Eulalie. J’observe les objets dans la vitrine. Il y a un vieux train qui fonctionne toujours sur ses rails, une boîte à musique avec sa danseuse en tutu blanc, un bilboquet d'une belle facture, le bois est gravé avec des animaux étranges. Dans un coin, un bel assemblage de soldats de plombs, sur une étagère un jeu de construction. L'entrée est toute aussi mystérieuse avec son armoire encastrée dans la façade. La mise en scène attise ma curiosité.
- Victor, ça te dit d'aller jeter un œil ? annoncé-je en le traînant.
- Je te connais, si nous pénétrons dans cette boutique, nous allons perdre la notion du temps, rétorque-t-il en feignant de résister.
- Allez, juste cinq minutes pour trouver un petit truc que nous pourrions envoyer à Sarah avant de traverser l’océan.
- Elle a bon dos ta petite sœur, me répond-il en éclatant de rire.
- Bon j’avoue, tu as raison, j’ai envie de savoir si l’intérieur est à la hauteur de la porte en bois. Tu ne trouves pas le concept original ?
- Je te l’accorde, c'est bien la première fois qu’on se donne autant les moyens.
- Cool, je mets l’alarme de mon téléphone au cas où.
- Au cas où on s'endormirait dans un coin.
À mon tour, de rire, je suis un Aladin en quête de sa caverne aux trésors. Je tire doucement la poignée de la grande armoire avec en tête le souvenir de nos soirées télés avec Sarah et grand-père devant Narnia. Avant de plonger dans ce monde aux allures fantastiques, un selfie s'impose avec mon cher et tendre.

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