La Guerre des Feuilles
D’un pas décidé, je me suis levé :
Cette foutue allée serait vite dégagée !
Adieu feuilles tombées et désespérées.
D’ici ce soir, je triompherai.
Armé d'outils tout-terrain,
Bravement, j’ai quitté les miens
Puis enfermé mon chien
Pour guerroyer tel un Romain.
Pousser, trier, ratisser, rassembler
Est moins aisé qu’il n’y paraît !
L’envie de tout balancer
M’a plus d'une fois effleuré.
Après des heures de labeur,
Je ruisselais de sueur
Telle une armée de gladiateurs
Plongée dans l’horreur.
Face à ma montagne végétale
Si dangereusement bancale
Je me découvris en sculpteur génial
Ému par son œuvre magistrale.
Le plus gros était fait, pensais-je soulagé.
Restait à ensacher le trésor amassé,
Avant de l’emmener loin de ma propriété
Et goûter enfin au repos mérité.
Fier de mon exploit, en moins de trois,
Je retournai chez moi, fourbu et en joie
Non pas quérir des caisses en bois
Mais de solides cabas suédois.
Dans l’excitation, j’omis de fermer la porte de la maison.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction devant l’horrible vision
De ma création massacrée comme par cent lions
Cruels et furibonds en pleine action !
Le vent s’était pointé, mon cabot échappé.
Pendant que l’un soufflait, l’autre détruisait ma sculpture dorée.
Vaincu et défait, je regagnai mon canapé.
À quoi bon lutter quand la vie s’amuse à tout balayer !

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