Chapitre V : Maîtres d'un peuple brisé
Loukas commença son récit, avec en premier lieu sa propre présentation et celle de Claod, ainsi que la présentation de la plupart des personnes qu'il connaissait, dont Amanda, Yann et beaucoup d'autres Maîtres. Au passage, il garda sous silence la relation qu'il avait eu avec la jeune Maître du Feu, ainsi que les complications que cela avait engendré. Il parla des événements géopolitiques de ces dernières années, les tensions et les alliances, les conflits et les combats.
Il renseigna les événements du conseil des Maîtres, en parlant du plastium, la plante dévoreuse de magie, puis de Vinc, le dragonnier et Maître de l'Air en exil.
Pour ce qui était de sa présence dans les Montagnes du Nord, il ne lui dit pas exactement toute la vérité. Il parla de May et de Jorass, de Millenott, le dragon de Lumière, du plan des nécromanciens et des chevaliers de la mort. Néanmoins, il ne lui confia pas sa sorte de rêve, ou plutôt son éveil dans le monde d'Anava et les recommandations qu'elle lui avait données, pour cela, il avait encore besoin de réfléchir. C'était encore trop frais dans son esprit, les paroles de la déesse étaient toujours encrées au plus profond de son être, sans parler des visages de tous les anciens Maîtres de la Terre qu’il avait pu voir. Rien que d'y repenser, il eut la nausée, sa tête commença à tourner.
« Tu aurais un verre d'eau, s'il te plaît ? », demanda-t-il à Marianne pour tenter d'apaiser son mal.
Elle se leva pour prendre la porte menant à la suite de l'habitation, Loukas entendit un bruit de vaisselle.
Soudain, la porte d'entrée s'ouvrit, à sa grande surprise, ce qui le fit sursauter. Une très jeune fille d'environ dix ans se tenait dans l'encadrement, la main toujours sur la poignée et le regard braqué sur lui.
De prime abord, il eut l'impression qu'il s'agissait d'un garçon, à cause de ses cheveux lisses et très courts, toujours poivre et sel, encadrant son visage de poupée. Mais la demoiselle commençait à développer certains attribues propres aux femmes. Quoi qu’il en soit, elle avait tout de même un air assez androgyne. Elle portait une sorte de tunique de prière argentée, brodée de symboles bleu électrique. Une petite dague ceignait sa ceinture de cuir.
Un énorme sourire illumina son visage, elle lâcha la poignée et s'approcha de lui, l'air curieuse. Vu qu'il était assis, elle faisait sa taille.
« Bonsoir ! C'est toi le monsieur dont les autres parlent ? ».
« Euh bonsoir, oui c'est bien moi, j'imagine. Je m'appelle Loukas ».
« Oh, bonsoir Ajna, tu viens saluer notre invité ? », déclara Marianne en revenant dans la pièce, deux écuelles dans une main et un pichet dans l'autre.
« Oui ! Tu sens son odeur magique ? Je ne sais pas ce que c'est mais ça sent bon ».
« C'est de la framboise, un fruit qui pousse dans les régions un peu plus chaudes. Nous n'en avons pas par ici, en tout cas pas depuis longtemps ».
Interloqué, Loukas projeta son esprit vers l'adolescente. Il sentit une forte odeur de grillé et des picotements lui engourdirent les doigts.
Avant qu'il ne réagisse, Marianne posa la vaisselle sur la table en déclarant, « Ajna est aussi une Maître de la Foudre. C'est assez récent, cela fait deux ans, elle en a douze. Nous ne sommes que deux je te rassure, tu n'auras pas d'autre surprise de ce genre ».
La petite, fière d'elle, se fendit d'un large sourire et un petit rire cristallin s'échappa de sa bouche. Elle trottina vers l'intérieur et s'arrêta à la porte d'où venait Marianne.
« Je peux rester dîner ? Mes parents sont d'accord ».
« Si tu veux. Mais ne reste pas trop tard, nous devons parler de sujet de grande personne ».
« Si ce sont des sujets de Maître alors je peux rester », souligna-t-elle en haussant les épaules, disparaissant dans la pièce adjacente en décochant un clin d’œil à Loukas.
Ce dernier en avait presque les larmes aux yeux : Découvrir une nouvelle tribu naine, cachée au sein des Montagnes du Nord, apprendre que les habitants du royaume de la Foudre n'était pas tous partie vers Nienlass, et qu'il y avait parmi eux deux Maîtres. Tout cela faisait beaucoup, il se sentit soudain très fatigué et manqua d’air.
Marianne sortit un instant de la maison, pour revenir avec le pichet rempli. Ajna rajouta une assiette pour elle et entreprit d'aller chercher des tasses en acier, finement ciselées et gravées de runes. Ils se servirent à boire, le garçon vida son verre d'une seule traite, tant sa gorge était sèche.
« J'espère que tu as faim », avoua la guerrière en débarrassant son épée de la table.
« Pour tout vous dire je ne me sens pas très bien. Je suis encore sous le choc ».
« Oh. Si tu veux va t'allonger à côté, le temps que je prépare à manger. Nous reparlerons ensuite ».
« Volontiers, merci ». Il l’a suivie dans ce qui semblait être une cuisine, un bloc de pierre lisse était posé en plein milieu, servant de plan de travail. Des étagères renfermaient de la vaisselle, ainsi que divers bocaux, remplis d'ingrédients culinaires, comme du sel, du poivre, des épices ou des plantes aromatiques.
Dans un coin, une marmite trônait, attachée par deux solides chaînes en fer, au-dessus des restes d'un feu éteint. Une cheminée perçait le plafond, sûrement pour évacuer les fumées et éviter les odeurs persistantes.
Des sortes de champignons étaient suspendus à de longues ficelles, mais Loukas ne les reconnus pas tous, certains avaient des couleurs pour le moins étranges. Ajna se mit sur la pointe des pieds et en décrocha un, couleur olive avec des pois jaunes. Elle prit un couteau et s’affaira à le découper en fines tranches.
« Viens par ici », lui indiqua Marianne en désignant l'une des deux autres portes fermées.
« Là-bas c'est le cellier et la salle de toilette, si tu en as besoin n'hésite pas. Tu es ici chez toi », dit-elle en indiquant la première porte. Elle poussa la deuxième, menant visiblement à une chambre simple, pauvrement meublé mis à part les deux bibliothèques, le lit, l'armoire et la table de chevet, sur laquelle tenait une bougie éteinte, à moitié fondue. Une peau duveteuse faisait office de tapis.
« Repose toi. Je viendrais te chercher lorsque le dîner sera prêt, il n'y en a pas pour longtemps ». Elle le dirigea amicalement vers le lit.
Il s'assit sur celui-ci, recouvert d'une couverture en tissu épais, visiblement du simple coton.
« D'accord, je t'attends alors ».
Marianne s'en retourna à la cuisine en fermant la porte, le laissant dans la pénombre de la chambre.
« Je me sens si faible... ».
Il s'allongea, ramenant la couverture sur ses épaules. Le parfum de la Maître de la Foudre embaumait l'air, il lui fallut quelques secondes pour s'en rendre compte. Cette odeur d'encens et de parchemins l’apaisait, il ne sut dire pourquoi mais il la trouvait particulièrement agréable en cet instant.
Enfouissant sa tête dans l'oreiller de plume, il inspira profondément, ressassant encore et encore les paroles de sa déesse. L'Arbre Éternel, il se devait d'aller auprès de lui, c'était le seul moyen pour qu'Anava le laisse enfin en paix. Mais il avait également d'autres choses à faire, May et Jorass l'attendaient sans doute, bien qu'il n’eût pas eu l'idée de demander depuis combien de temps il avait dormi.
« Ils sont peut-être parti sans nous ».
Ses pensées se tournèrent vers Claod. La première chose qu'il voulait faire était de le retrouver. La chirurgienne naine avait affirmé qu'il allait bien, mais avec toutes les questions qu'il s'était posé, l'opportunité de parler du dragon ne c'était pas encore présenté. Or, maintenant qu'il était calme, allongé et songeur, la localisation de son ami de toujours était la seule et unique chose à laquelle il arrivait à penser.
Le sommeil trouva son chemin après une dizaine de minute. Ne pouvant plus lutter, le garçon s’endormit. Son esprit entra en résonance avec ceux des deux Maîtres de la Foudre à proximité.
Il rêva d'un orage, une tempête d'éclairs ou le tonnerre sonnait, assourdissant les cieux de son cri terrifiant, déchirant la terre, fendant les montagnes en deux, carbonisant les forêts. Les rivières sortaient de leurs lits sous l'assaut de la pluie, le vent arrachait les branches, les feuilles et les nids d'oiseaux.
Loukas vit une corneille, de couleur bleu électrique. Elle le fixait, agitant ses ailes immenses, provoquant d'avantage de bourrasque.
La créature cria, perçant les tympans du Maître de la Terre, qui reconnut la forme physique de Gorgothïn, le dieu primaire de la Foudre. Puis plus rien.
Il ouvrit les yeux, Marianne était assise sur le bord du lit, la main posée fermement sur son épaule, son visage grave trahissait son inquiétude.
« Loukas ? Tout va bien ? ».
Le jeune homme sentit qu'il avait transpiré, sa température semblait élevée mais il n'avait mal nul part. « Je crois, oui », il s'assit sur le bord, à ses côtés.
« Tu as dû faire un cauchemar, tiens », elle lui tendit son verre, de nouveau rempli d'eau fraîche.
Après avoir bu quelques gorgées, il se sentit déjà mieux. La chaleur redescendait lentement, il reprenait ses esprits.
« J'ai dormi longtemps ? ».
« A peine trois quart d'heure, il me semble. Ne t'en fait pas, demain tu seras en meilleure forme. Je doute que cette petite sieste t'ait réellement reposé. Il faudrait que tu dormes vraiment pour ça », lui murmura Marianne en se redressant.
« J'espère, oui. Nous verrons bien ».
« As-tu faim maintenant ? Le repas est prêt ».
Il sentit effectivement une forte odeur émaner de la cuisine, juste à côté. Cependant il ne reconnut pas la nourriture qui dégageait ce fumet appétissant.
« Oui, j'avoue. J'imagine que je n'ai pas mangé depuis longtemps ».
« Nous t'avons trouvé ce matin, tu n'as simplement pas mangé au déjeuné, mais il est vrai que nous ne savons pas vraiment quand es-que-tu t'es évanouie dans les montagnes », commenta la jeune fille.
« Je ne saurais te le dire ».
Ils traversèrent la cuisine. La marmite était à présent remplie et le feu la réchauffait, la délicate odeur provenait d'elle. Le plan de travail était jonché de morceaux de champignons, d'épices et de poudres, ainsi que de quelques restes d'une viande blanche, d'apparence plutôt grasse.
Dans le salon, la table était mise, et Ajna attendait patiemment, fourchette et couteau à la main. Elle avait posé sa dague contre une étagère.
Les adultes s'assirent et Marianne fit le service, depuis un plat en fonte à l'aide d'une grosse cuillère. Il s'agissait d'un plat en sauce, probablement fait avec les champignons que l'adolescente découpaient plus tôt, ainsi qu'avec la fameuse viande.
Ajna la remercia et attaqua directement, piquant un morceau de viande imbibé de liquide rouge qu'elle porta goulûment à sa bouche. Empoignant une miche de pain, elle le rompit, avant de le faire passer autour de la table.
Le plat était délicieux, la viande fondait littéralement dans la bouche et bien que Loukas n'aimait pas spécialement les champignons, il dû avouer que ceux-ci étaient particulièrement savoureux, mélangé avec les épices et la poudre.
« Tout le monde se régale ? », questionna Marianne.
Les réponses furent toutes affirmatives, ce qui la fit sourire de plus belle, ses joues rougirent quelque peu.
Le garçon avait l'impression d'être en famille. Il repensa à ses proches, sa mère, son frère et sa nièce. Il ne put s'empêcher de porter une main au médaillon en éternite, celui que son cousin lui avait offert, lorsqu'ils s'étaient dit adieu.
« Je repense à ce que tu m'as dit tout à l'heure », déclara Marianne entre deux bouchées, « ton projet de rejoindre les elfes, à l'est ».
« Oui ? ».
« Que feras-tu une fois là-bas ? Même avec les deux autres dragonniers, s'ils sont attaqués vous ne tiendrez pas, si ? Les elfes sont-ils aussi fort que le raconte les histoires ? ». Ajna ne semblait pas interloqué par ce début de discussion, mais plutôt curieuse, la question l'intéressait. Marianne avait dû la mettre au courant de la situation pendant qu'il dormait.
« Je ferais ce que je peux, je n'ai pas d'idée particulière. Bien sûr ils sont de bon combattant, mais du renfort ne leur fera pas de mal, je pense ». Il ne partagea pas ses intentions réelles, n'y ses inquiétudes. Après tout, il était assez impensable qu'il avoue vouloir mourir là-bas.
« Tu as déjà failli y passer dans les montagnes, tous les Maîtres de la Terre sont aussi intrépides ? Ou inconscients ? », lui demanda Ajna. Son regard était difficile à soutenir malgré son jeune âge. Loukas n'en fut pas particulièrement étonné, les gens du royaume de la Foudre étaient historiquement réputés pour être inconstant, comme les orages, leurs humeurs survenaient par surprise, ils pouvaient tout aussi bien être des personnes adorables que devenir rapidement hostile ou en colère.
« Non, disons que je suis un cas à part ».
« Quoi qu'il en soit, Lynya Tisse-Murmure voudra sans doute te parler lorsque tu auras repris des forces. C'est la reine des nains de cette tribu. Elle est très occupée et le château est assez loin, sinon elle serait directement venue te voir lorsque tu t'es réveillé. Comme tu es un humain, j’ai bataillé avec elle pour que tu sois soigné près d’ici », reprit Marianne en épongeant son écuelle à l'aide d'un gros morceau de pain, avant de se resservir. Elle en profita pour remettre une ration à chacun.
« Je la rencontrerait sans doute demain alors, une fois que j'aurais dormi une nuit entière. Mais il faut que je voie mon dragon avant, c'est primordial. Savez-vous ou je peux le trouver ? ».
Les Maîtres de la Foudre échangèrent un regard.
« J'étais avec lui il y a quelques heures, si vous voulez on ira le voir après manger, tu viendras avec nous Marie ? ».
« Oui, si tu veux, mais ne m'appelle pas Marie ! », elle rougit.
« D'habitude tu ne dis rien quand je t'appelle comme ça ! », souligna l'adolescente d'un air revêche, en agitant sa fourchette.
La petite dispute ne manqua pas de faire sourire Loukas, elles avaient l'air de bien se connaître, mais ce n'était guère étonnant si elles passaient du temps à s'entraîner ensemble. Des liens se tissent facilement entre les Maîtres d'un même élément, en tout cas, entre certains. Il repensa à son cousin, à Yann ainsi qu'au deux frères, Field et Foeld, se demandant ce qu'ils faisaient en ce moment. Son parent proche devait toujours être sur le front, à la tête de l’armée de son royaume ; Yann devait travailler dans une mine quelconque, peu lui importait réellement où il était, vue que ce dernier avait trahi sa confiance. Quant aux deux frères, ils se prenaient pour les meilleurs éleveurs du monde, alors ils devaient sans aucun doute exercer encore cette activité.
Ils finirent leur repas tranquillement, en discutant de tout et de rien, les deux jeunes femmes voulaient savoir comment était les autres royaumes élémentaires, alors le garçon dû leur narrer des anecdotes et leur donner des descriptions, surtout en ce qui concernait sa propre patrie. Elles voulurent également une description très précise de Séclairis – la capitale de leur ancien royaume – à savoir : l’emplacement de divers bâtiments, la topographie de certains quartiers, l’état de certains autres, les positions fortifiées et la hauteur des murs d’enceinte, ainsi qu’une description des jardins de ronces, qui faisaient la renommée de la ville, au temps jadis. Ils n’existaient quasiment plus, désormais, les monstres les avaient détruits, ce qui attrista quelque peu les deux femmes.
Marianne lui servit un verre de vin épicé. Le liquide à la forte odeur lui piqua la langue, néanmoins il s'habitua rapidement et en reprit plusieurs fois, jamais il n'avait goûté ce genre de breuvage. Ajna voulut en prendre un peu, mais malgré ses arguments et ses protestations, son ainée ne céda pas.
Lorsqu'il eut fini de parler et que la curiosité de ses dames était satisfaite, Ajna somnolait quelque peu, ses paupières semblaient plus lourdes. Néanmoins à la mention d'aller rendre visite à Claod, elle se réveilla complètement, attacha sa dague et sortie directement dehors, sans même les attendre.
Sans prendre la peine de ranger les couverts et la vaisselle, ils arpentèrent les rues de la ville naine. Un petit vent frais, venu de nulle part, balaya la place principale ou siégeait les statues, et bon nombre des braseros présents émettaient des flammes bleutées à la place des flammes jaunes habituelles.
Le chemin qu'ils empruntèrent descendait plus profondément dans la montagne, en suivant le cours d'une rivière artificielle qui passait au milieu d’un canal creusé au milieu de la route. Peu de gens se promenaient dans les rues à présent, ils devaient être assez tard, les nains semblaient avoir une sorte de boussole interne leur permettant de savoir l'heure qu'il était, car pour Loukas, c'était absolument impossible. Au fur et à mesure qu'ils avançaient, les maisons se faisaient plus rare, laissant place à une région d'alpage souterraine, recouverte de gravier, ou des troupeaux entier d'étrange mouflons galopaient tranquillement.
« Ce sont des karicornes », commenta Marianne, « Fait attention à tes doigts, ils sont carnivores. C'est pour ça que nous n'avons pas besoin d'avoir d'étendues herbeuses. C’est une espèce importée par les nains, il a fallu des dizaines d’années pour les habituer à l’obscurité ».
Avec ces nouvelles informations, Loukas considéra différemment les mammifères et resta à l'écart. Il en vit un courir à toute allure pour attraper un petit rongeur grâce à son long museau, visiblement garnit d'une multitude de dents pointues.
« C'est ici ! », indiqua Ajna en pointant la façade d'un bâtiment, de l'autre côté de l'alpage. Deux nains étaient en train de rassembler les bêtes, ils saluèrent les trois humains lorsqu'ils passèrent dans leur champ de vision juste avant que l'adolescente pousse l'énorme porte qui barrait l'entrée.
Il s'agissait de l'écurie des karicornes, des boxes renfermaient des tas de foin et de paille ainsi que des déjections dégageant une forte odeur.
Au fond de l'écurie se trouvait Claod, allongé sur le carrelage froid, recouvert d'une demi-douzaine de couverture en laine noire. Ses yeux étaient fermés et ses ailes repliées, alors que sa queue battait contre les dalles.
Loukas se jeta contre son compagnon à la seconde ou il le vit, des larmes lui montèrent aux yeux.
« Claod ! ».
Le dragon ronronna faiblement.
« Oui ! C'est moi mon grand, je suis là ! », il souleva quelques couvertures pour palper ses écailles, cherchant les éventuelles cicatrices et blessures, mais il ne trouva rien.
Les yeux de l’éclair invisible s'ouvrirent en grand, révélant ses pupilles bleutées qui se posèrent immédiatement sur son maître. Sa bouche se contracta en une sorte de grimace qui découvrit ses crocs luisants.
« Je devais te soigner mon beau, je n'ai pas pu faire autrement... Je suis désolé de t'avoir inquiété » s'excusa le dragonnier. L’espace d’un instant, il fût content d'être en vie pour pouvoir le serrer dans ses bras.
Les deux Maîtres de la Foudre s'approchèrent en silence, en échangeant des regards attendrit. Les deux compagnons étaient touchants.
La tête du dragon se releva dans leur direction. Il ronronna de plus belle, tout en passant sa langue orangée sur le visage de Loukas.
Le jeune homme esquissa un sourire, « J'ai beaucoup de chose à te raconter, mon beau. Vous voulez bien nous laisser seul, juste un instant ? ».
Elles s’exécutèrent, non sans que Marianne ne fronce légèrement les sourcils. Leur solitude relative lui permis de raconter à son compagnon ce qu'il avait vu : la discussion avec Anava sur Filaine, ses impressions concernant cette nouvelle tribu naine, mais surtout, des survivants du royaume de la Foudre.
Bien qu'il eût parfois l'impression de parler tout seul, la bête avait l'air de l'écouter. Même si elle se contentait – la plupart du temps – de lui lécher la tête de haut en bas.
« Je suis encore sous le choc. J'ai presque la sensation d'être encore en train de rêver », dit-il pour finir en s'essuyant les joues avec ses manches.
Claod ne réagit pas. Ses yeux se fermaient lentement, il semblait sur le point de s'endormir. Sa fatigue prenait le dessus.
Loukas ajusta les couvertures sur son dos et se leva. Il sortit de l'écurie en traînant des pieds, les choses se bousculaient dans son esprit ; dernièrement, il n'avait pas eu beaucoup de temps pour se poser, et penser à tous ces événements. Seul son destin lui apparaissait plus clairement qu'auparavant.
S’il voulait que les choses s'arrêtent, il n'avait cas aller directement auprès de l'Arbre Éternel, comme le voulait la déesse de la Terre. Mais s'il mourait chez les elfes, il n'aurait pas à le faire, et les plans de la divinité seraient bouleversés. Cette perspective lui plaisait beaucoup plus.

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