La douleur partie 3
L'homme s'inclina et se tourna vers Malaya. Ses yeux étaient remplis de violence, et c'est avec un grand sourire qu'il ressorti de la maison, comme s'il venait de conclure une importante affaire de travail.Fatima Aziz, France, 1998
Le soleil de l'hiver pointait à peine ses premiers rayons lorsque Fatima se réveilla. Elle était heureuse, le soleil la rempliss d. e joie, même lorsqu'il faisait froid. Elle entrouvrit ses paupières, eut un sourire et sentit la chaleur de ses deux enfants contre elle. Il lui fallut quelques instants pour que ses yeux s'habituent à la lumière et qu'elle réalise où elle était : par terre dans une rue sale de Paris. Elle se redressa un peu et leva les yeux. Son cœur rata un battement. François, son oncle, se tenait là, devant elle, les yeux pleins de mépris. Il était debout et regardait Fatima de haut, les bras croisés, son costume impeccablement lissé. Fatima déglutit. Elle décala avec douceur la tête d'Elouan de sa jambe et se leva. Elle se tint face à l'homme. Celui ci semblait embêté. Il fronça les sourcils, passa une main sur sa nuque et souffla :
- Ma femme a insisté pour que vous dormiez chez nous. Il y a une petite pièce au fond notre appartement qui ne nous sert plus. Vous pouvez loger là.
Il jeta un œil vers Fatima. Celle-ci retint un sourire et ouvrit la bouche pour le remercier, mais François l'interrompit.
- Si j'entends le moindre bruit…
Il ne finit pas sa phrase. Il regarda Nine et Elouan, endormi sur le trottoir sale et une pointe de pitié apparut durant une seconde dans sa la tête et jeta un regard plein de mépris à Fatima, avant de s'en aller. La jeune femme resta là, immobile. Elle se sentait bête, tellement bête. Elle s'agenouilla au près de ses enfants et leur embrassa le front. Elle dégagea une mèche du visage d'Elouan et sourit. Qu'ils étaient beaux tous les deux. Elle espérait simplement que jamais Elouan n'apprenne la vérité à son sujet. Elle soupira.
- Mes poussins, c'est le matin. Il faut se réveiller.
Nine fut la première à ouvrir les yeux. Elouan fit de même quelques instants après, et les deux enfants se regardèrent sans comprendre.
- On est où maman ? demanda Nine.
- À Paris ! Suivez moi, il faut se dépêcher.
Les bambins se levèrent et marchèrent sagement derrière leur mère. Elle ne mit pas longtemps à retrouver la porte de l'immeuble. Tous trois grimpèrent une deuxième fois l'escalier et arrivèrent devant la petite porte rouge. Fatima tremblait, alors elle lâcha la main de Nine afin que celle-ci ne s'en aperçoive pas. Ce fut Elouan qui eut le courage de toquer, et sa mère lui en fut reconnaissante. La porte s'ouvrit et Julia apparut.
- Bonjour dit Fatima, essayant de contenir l'hésitation dans sa voix. Votre mari m'a dit que…
- Oui, dit elle. C'est par là.
Elle fit entrer Fatima et lui indiqua une petite porte au fond d'un couloir.
La petite famille entra. Julia referma la porte derrière eux et ils se retrouvent dans le noir. Fatima aurait voulu pleurer, au lieu de quoi elle sera ses enfants contre elle, toujours forte. La jeune femme trouva l'interrupteur et une faible lumière orangée s'alluma dans un coin. La pièce était minuscule. Un matelas traînait sur le sol poussiéreux et des dizaines de cartons étaient entassés sur le peu de place qu'ils restait.
- Regardez les enfants, souffla t'elle. C'est comme une cachette secrète juste pour nous !
Elle tenta de se ressaisir. Elle avait un toit sur la tête, et c'était déjà ça. Elle tourna la tête. Nine et Elouan s'étaient endormis sur le petit matelas. Fatima sourit. Que c'était beau l'enfance !
Elle songea qu'elle ferait mieux de profiter que ses enfants dorment. Elle se hâta d'attraper sa valise et s'assit par terre dans un coin. Elle ouvrit le bagage et en sortit un énorme ouvrage qui s'intitulait : "Lettres modernes". Ce livre là, c'était le petit trésor de Fatima, celui qu'elle gardait caché à l'abri des regards, le trésor qui parvenait à allumer en elle un parfum d'étoiles.
Elle parcourut les pages et parvint jusqu'à celle qu'elle attendait. En lettres dorées, on pouvait lire : Littérature à travers le temps.
Le cœur de Fatima palpita. C'était sa partie favorite de la langue française : les textes, les mots placés les uns à la suite des autres et formant un puzzle sublime, les poèmes aux rimes enchantées, les nouvelles et leurs chutes palpitantes. Pour elle, là était la définition de la beauté.
Elle parcourut la page, dévorant des yeux chaque mot, chaque conseil. Qui sait, elle pourrait en avoir en avoir besoin plus tard ?
Fatima savait bien que c'était en partie grâce à ce livre qu'elle était plus douée que quiconque en français, même en ayant grandi à l'autre bout du monde. Elle connaissait chaque accord, chaque conjugaison et orthographe sans avoir été à l'école.
La jeune femme jeta sa chevelure ondulée en arrière et enfila sa paire de lunettes qu'elle avait glissé dans la valise.
Alors son cœur s'arrêta. Un cri s'élevait dans le silence de la pièce; un cri aigu, frêle et innocent.
Un cri d'enfant.
L'homme s'inclina et se tourna vers Malaya. Ses yeux étaient remplis de violence, et c'est avec un grand sourire qu'il ressorti de la maison, comme s'il venait de conclure une importante affaire de travail.

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