Des zigzags pour Noël

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Je rentre de l’école. Ça y est, les vacances d’hiver sont arrivées. Quelques minutes de marche suffisent pour rentrer chez moi.

La maison est silencieuse. Mes parents sont encore au travail. C’est parfait. Ça me laissera du temps pour aller sur mon PC.

En passant par la cuisine, je chope un gâteau et file directement dans ma chambre. Devant ma bibliothèque, je prends le livre qui me sert de tirelire.

Quatre billets de vingt euros. Je le savais déjà, mais on ne sait jamais.

Une fois installé sur ma chaise de bureau, j’allume mon PC en jetant un coup d’œil à la porte. Toujours personne.

J’ouvre une fenêtre du navigateur et je tape dans Google : « robot aspirateur ».

Les résultats s’affichent. Je clique, regarde et passe à l’article suivant. Puis à la page d’après.

Ce n’est pas ce que j’attendais.

Premier prix : 149 €. Deux étoiles seulement. Je calcule le prix d’une étoile et je multiplie par cinq.

Je continue mes recherches. Jamais je ne pourrai payer ce cadeau pour ma mère.

Il me faut autre chose, mais je n’ai aucune idée. J’avais tout misé sur ce robot.

Il faut que je me creuse la cervelle. L’année dernière, j’avais bien remarqué que les jacinthes que je lui avais offertes ne lui avaient pas plu. Chaque fois qu’elle passait devant, elle éternuait.

Elles ont fini dehors. Elle ne s’en est pas occupée.

J’éteins l’écran et m’allonge sur mon lit. Je ferme les yeux — arrrf, c’est plus facile d’apprendre une leçon que d’avoir une idée.

Ma mère monte l’escalier. Je me redresse.

— Tu viens m’embrasser ?

— J’arrive.

— Alors, comment s’est passée ta dernière journée d’école ?

— Bien.

— Oulala, t’es pas bavard. Quelque chose ne va pas, Nicolas ?

— Non, je t’assure, ça va.

— Je sais ce qu’il t’arrive.

Je ne bouge plus. « Comment elle a fait ? »

— Quoi ?

— Tu es déçu car tu es en vacances.

— Non, ce n’est pas ça.

— Je sais.

Je reste dans ma chambre jusqu’à ce que ma mère m’appelle pour manger. Durant le repas, je garde le silence. J’imagine les questions que mes parents pourraient me poser, pour répondre d’un air naturel. C’est trop compliqué. Je verrai bien quand ça arrivera.

Face à l’escalier, je me lance un défi tout seul : monter les marches en moins de vingt pas. Si j’y arrive, j’aurai une idée. Au dix-huitième pas, je vois bien que je n’y arriverai pas. Je m’aide de la rampe pour étendre ma jambe le plus loin possible. Ça me fait mal. Je manque de me casser la figure. Il me reste un pas. Je m’allonge pour voir si j’atteins le palier. « Trop nul, ce jeu. »

Au réveil, je vais à la fenêtre. Toujours pas de neige. Je prends le calendrier qui est sur mon bureau. Il me reste quatre jours avant Noël pour trouver un bon cadeau. Je descends les marches quatre à quatre, puis ralentis : plus question de faire confiance à cet escalier. Je prépare mon chocolat. J’essaie de deviner ce que mes parents vont m’offrir. J’aurais bien demandé un chien, pour qu’il prenne le petit déjeuner avec moi. Mais je n’ai pas osé demander.

Les jours passent et j’ai oublié. J’ai dû faire mes devoirs. Nous avons passé une journée au parc. Et aujourd’hui, je suis coincé. Je vois, de la fenêtre de ma chambre, le soleil qui se couche. Dehors, il fait froid, mais toujours pas de neige.

Je sais qu’il ne me reste plus que quelques heures pour un vrai cadeau. Dehors, il fait déjà nuit. Je ne peux plus sortir pour en acheter un. Papa est encore au travail.

Je suis obligé de revenir à l’idée qui me trottait dans la tête et que je refusais jusqu’ici.

Sur une feuille de papier, je dessine un robot aspirateur. J’en ai trouvé un beau sur internet. Je mets le plus de détails dessus. En dessous, j’écris :

CADEAU

1 an de nettoyage du salon.

PS : Je ferai ma chambre aussi.


Autour de la feuille, je trace cinq grandes étoiles.

Maman m’appelle, je lui dis que j’arrive. Je reprends une feuille, fais une enveloppe et mets mon cadeau dedans.

La table est décorée. Un plateau de toasts est placé au milieu. Je vais jusqu’au sapin et je dépose l’enveloppe dessus. Mes parents me regardent faire, sans rien dire. Je monte sur la chaise et pique un toast.

— Nicolas, tu peux manger, mais tu ne peux toujours pas mettre les pieds sur les chaises.

Je descends. Des miettes sont tombées. Je les ramasse immédiatement et me cache sous la table pour les mettre dans la bouche. Je relève la tête.

— C’est bon, on peut ouvrir les cadeaux ?

— Oui, tu peux y aller.

Je me précipite vers le sapin et je donne ma lettre à maman. Elle m’embrasse alors qu’elle ne l’a pas encore ouverte.

— C’est quoi ? dit maman.

— Ouvre.

— C’est un bon pour un nettoyage du salon ? Un an ?

— Je n’avais pas assez d’argent pour un vrai robot, alors le robot, c’est moi.

Ma mère rit. Mon père rit encore plus fort. Je ne sais pas si c’est bon signe.

Je lui demande :

— Tu es contente ?

— Oui, ça me fait énormément plaisir.

— Pourquoi, tu n’aurais pas voulu un vrai robot ?

— Je ne sais pas… Tu vas buguer ?

— Hein ?

— Je veux dire... tourner en rond ?

— Non.

— Tu vas nettoyer dans les coins ?

— Oui.

— Tu feras des zigzags comme un vrai robot ?

— Oui, regarde.

Je lui montre. J’imite le bruit de l’aspiration.

— Dans ce cas, c’est un bien meilleur cadeau que tous les robots du monde.

— Ah bon, pourquoi ?

— Parce que tu nous as offert plus qu’un objet. Tu nous offres de ton temps.

J’ai compris l’essentiel. Ma mère était heureuse.
Toutes les semaines, j’ai tenu ma promesse. Même si la première fois, j’ai hésité. Ramasser toutes les épines du sapin tombées au sol, ce n’était vraiment pas drôle.
Heureusement que Noël n’est qu’une fois par an.

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