La Belle Est Arrivée
- Mademoiselle ? Mademoiselle ? S’il vous plait Mademoiselle, réveillez-vous. Nous sommes arrivés.
- Hein, de quoi ? Où sommes-nous ?
- Nous venons d’arriver il y a quelques minutes à Perpignan. Je vous demanderais de bien vouloir descendre du bus maintenant.
Kalyara, la bouche pâteuse, se permet de bailler avant de prendre son sac en direction des marches de sortie. En dehors du bus il fait un froid glacial, nous sommes en plein de Février et elle n’a jamais connu de températures aussi basses. C’est quand elle commence à greloter qu’une voix d’homme se fait entendre à quelques mètres derrière elle :
- La belle est arrivée !
- Euh pardon, mais nous nous connaissons ?
- Oui, enfin non, mais je suis Rayan, le petit frère de l’officier de police qui t’a aidé à venir jusqu’ici. Je suis chargé de te conduire à Paris et aussi de te dire qu’Ismaël et ses collègues se sont occupés de ton père et de tes frères, je peux t’assurer que tu ne risques plus rien.
- Ah… Donc tu connais mon histoire.
Elle baisse les yeux et n’écoute plus un seul mot qui sortira de la bouche du jeune homme et ne lui adressera plus la parole jusqu’à arriver à Paris. Pendant tout le trajet qui dure près de huit heures, Rayan lui explique que l’appartement dans lequel elle sera logé ne lui coutera rien, qu’elle n’aura pas à s’inquiéter des charges ni même des courses. Si elle a plus de questions il y a un bout de papier sur une table à l’appartement, elle n’aura qu’à appeler et il répondra, il habite dans celui qui est juste en dessous.
Arrivés en bas de l’immeuble Rayan jette un trousseau de clés à Kalyara et lui dit :
- Prends ton sac dans le coffre et monte. C’est l’appart du dernier étage. Entre et attends-moi, j’ai encore deux ou trois instructions à te donner. Et surtout ne laisse rentrer personne d’autre que moi.
- Comment je saurais si c’est toi ?
- Notre code secret sera… Loukoum. Aller maintenant file, j’ai un appel à passer.
- Nan mais pour qui se prend-t-il celui-là, chuchote-t-elle, il commence à me taper sur le système.
- De quoi ? Tu as parlé ?
- Nan, nan rien, je monte.
Pendant qu’elle monte les escaliers, qui grincent d’ailleurs, elle repense à tout son voyage pour arriver jusqu’ici, tous les kilomètres de marche qu’elle a fait, tous les gens qu’elle a croisé. En arrivant dans l’appartement elle pose ses affaires, ferme la porte à double tours derrière elle et commence une visite. Plus elle s’y aventure mieux elle se sent.
La dernière pièce qu’elle découvre est la chambre, SA chambre. Elle quitte ses chaussures du plus vite qu’elle peut et se jette dans le lit. Ça fait une éternité qu’elle n’en n’a pas vu. Elle se sent bien, si bien qu’au bout de quelques secondes elle se rendort.
Le lendemain matin elle entend qu’on tambourine sur sa porte d’entrée. Elle se lève, l’air reposé mais les cheveux en bataille, et toujours habillée de ses vêtements de la veille. Se changer n’a pas été une priorité, elle a juste pris soin d’enlever son voile.
- Loukoum, ouvre c’est moi.
En ouvrant la porte elle lui jette un regard noir suivi d’un :
- J’espère que Loukoum comme tu l’emploi n’est qu’un code, et non un surnom que tu me donne.
- Oh la petite est dure en affaire mais bonjour d’abord, ensuite, comment veux-tu que je te t’appelle ? Madame ANMAR ?
- Kaly suffira.
- Très bien, Kaly. Je te propose d’aller prendre une douche pendant que je te prépare un bon petit déjeuner.
Elle retourne dans sa chambre, prend le dernier t-shirt de policier propre de son sac mais avant de se rendre à la salle de bain elle refait un saut dans la cuisine.
- Le port du voile est autorisé ici ?
- Oui bien sûr, par contre se serait un crime de ma part de te laisser avec ces vêtements de police. Après manger je t’emmène faire les boutiques, j’espère que tu as des trucs plus chauds que ça, sinon j’irais te chercher un ou deux pulls chez moi.
Sous la douche, la jeune fille réalise ce qui est en train de se passer, elle se dit qu’elle va enfin pouvoir être heureuse et que finalement Rayan ne sera pas si dur à vivre.
- Je devrais sans doute être plus gentille avec lui, il doit me prendre pour une sauvage.
En sortant de la salle de bain elle sent la bonne odeur de ce que son voisin a préparer, et juste devant la porte, posés sur une chaise, des sous-vêtements ainsi qu’un jogging et un gros sweat à capuche l’attendent. Elle les prend, re rentre dans la salle de bain et se change à nouveau.
Arrivée dans la cuisine elle le regarde et lui dit :
- Merci pour les habits.
- Les sous-vêtements sont à mon ex, elle ne les a jamais mis parce que je n’ai pas eu l’occasion de les lui donner, si tu veux ils sont à toi.
- Et ce que tu as préparé sent divinement bon, comme ton pull d’ailleurs, j’adore ton parfum.
Rayan, qui maintenant sourit comme un idiot, lui dépose une assiette sous le nez. Œuf sur le plat, tartine de beurre demi-sel avec un donut et un croissant sont accompagnés d’un verre de jus de pomme. Kalyara dévore tout sous l’œil amusé du jeune homme qui en profite pour l’admirer. Elle n’a que quinze ans mais ressemble déjà à une petite femme et Rayan serait un menteur de dire qu’il ne la trouve pas charmante.
- Kaly ?
Elle se stop dans son repas, la bouche encore pleine elle arrête de macher et lève les yeux vers lui.
- Mmh ?
- Tu es très jolie.
Elle rougit et continue de manger.
- Bon du coup à quinze ans tu es censée être en seconde, la première année du lycée, sauf que nous sommes en Février et je comprendrais qu’arriver dans un nouveau pays et en milieu d’année scolaire n’est pas facile. Dans le protocole qu’Ismaël m’a demandé de suivre pour ton accueil je dois te parler des cours mais si tu ne veux pas y aller, ou en tout cas pas tout de suite et ne reprendre qu’en septembre c’est pas un problème.
- Je ne connais pas mon niveau, en Algérie je n’allais pas à l’école, mais parfois je voyais mes frères y aller. Les seules choses que je connais c’est un oncle qui me les lisait dans ses livres de cours.
- D’accord. Donc emploi du temps de la journée. Un, finir de manger. Deux, faire les boutiques et te trouver des fringues sympas à te mettre sur le dos.
- Je peux garder ton pull ? Enfin si tu veux bien, si ça ne te dérange pas bien sûr…
- Oui, si il te plaît il est à toi.
Avec un sourire taquin il ajoute :
- En revanche plus jamais tu me coupe la parole.
Elle esquisse un regard qui la rend irrésistible et laisse s’échapper un petit rire qui accentue encore plus son charme. Il regarde ailleurs pour essayer de reprendre ses esprits.
- Hum du coup qu’est-ce que je disais… Ah oui. Trois, je te test au niveau des cours pour voir où tu en es et quatre, si ça te va on va chercher un dossier et on t’inscrit au lycée qui est à deux pas d’ici.
- Tant que tu restes avec moi et que tu m’aides tout me va.
- Va mettre tes chaussures, je fais la vaisselle et on y va.
Pendant les trois prochaines années tout se passera très bien pour Kalyara. Tous les jours et dès qu’elle a besoin Rayan est présent. La jeune femme devient de plus en plus indépendante ce qui attire toujours plus son voisin du dessous à passer toutes ses soirées avec elle. Avec le temps ils deviennent inséparables ce qui n’est pas pour déplaire ni à l’un ni à l’autre.

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