Échec

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 Il rejoignit sa place à la lisière du bosquet et désactiva « le truc ». Il s’accroupit, gratta machinalement le sol, puis balaya les alentours du regard.

« Il fait quoi là ? », se demanda-t-elle.

 Après un moment, Hugo reprit tranquillement le chemin de la maison.

— C’est moi ! lança-t-il depuis l’entrée.

— Salut mon chéri, répondit sa mère depuis le salon.

— T’es toute seule ? demanda-t-il en la rejoignant.

— Ambre joue dans sa chambre. Ton père est encore à la menuiserie et Chloé, toujours chez Léa.

— Ah oui, c’est vrai.

 « Ou pas… »

— Ça a été ta journée au collège ?

— Ouais. Normale. On s’est reparlé avec Élodie.

— Pourquoi ? Vous étiez fâchés ?

— Ouais, un peu. Mais ça va finir par s’arranger.

— Tu te rappelles que tu ne pourras pas la voir ce week-end ?

— Oui… je sais.

— Tu as beaucoup de devoirs ?

— Un exercice de maths et une fiche en français à terminer.

— Tu viendras me montrer quand tu auras fini.

—Ok. Je peux gouter ?

 Dans la cuisine, il engloutit rapidement un gâteau et avala un verre d’eau. Il voulait faire le point au calme.

 Au moment où il allait rejoindre sa chambre, Chloé passa la porte d’entrée.

— Saluuut !

— Coucou chérie, répondit sa mère.

— Ça a été votre exposé ? poursuivit-elle quand sa fille la rejoignit.

— Oui, on a déjà bien avancé.

 Hugo remonta lentement les escaliers, sans se retourner.

 À sa fenêtre, adossé au mur, il observait la rue sans la regarder vraiment. Pourquoi elle le surveillait ?

 Il faisait tourner frénétiquement un stylo entre ses doigts.

 Elle ne le lâcherait jamais.

 Il reposa le stylo sur le bureau et s’assit lourdement sur son lit. Elle n’avait pas pu deviner. C’était impossible.

 Machinalement, il tourna la tête vers le réveil posé sur le chevet.

 Il devait savoir.

 Il se releva d’un coup.

 Il pouvait savoir.

 Ce soir, quand la maison s’endormirait doucement, il irait chercher. Pour comprendre.

  Sa décision arrêtée, d’autres pensées s’imposèrent. Un bref sourire s’esquissa sur ses lèvres. Elle cachait bien son jeu, Chloé. Peut-être pas si parfaite ?

 Buée sur les vitres de la cuisine. Le plafonnier qui diffusait sa douce lumière. Bruits de fourchettes et de casseroles. Odeurs de tomates farcies.

— Ça remonte les notes, Hugo ? lui demanda calmement son père, gardant le nez dans son assiette.

— Ben… j’ai pas eu de contrôle ces derniers jours, répondit Hugo, un peu surpris par la question.

— Tu te souviens de ce qu’on t’a dit la dernière fois ?

— Oui…

— N’oublie pas, jusqu’à la fin du trimestre.

— Oui, je sais.

 Chloé n’avait pas souri. Elle continuait à mâcher silencieusement.

 Le calme et le silence régnaient à nouveau dans le foyer. Chaque membre de la famille s’était isolé et se préparait pour la nuit.

 « L’heure du crime », songea Hugo avec dérision.

 Il écouta une dernière fois les bruits de la maison. Rien d’inhabituel.

 « Allez, c’est parti », se dit-il, sans parvenir à se rassurer.

 Planté au milieu de sa chambre, il enclencha le processus. Pourtant, il ne perçut pas, comme les fois précédentes, de différences sonores. Incertain, il rouvrit les yeux et consulta son portable. Les secondes restaient figées.

 « Ben oui… vu qu’il n’y avait déjà plus de bruit… »

 Hésitant, il sortit la tête dans le couloir. Silence. Calme. Il s’y engagea et avança jusqu’à la chambre de Chloé.

 La main levée au-dessus de la poignée, il hésita. Cela faisait bien longtemps que sa sœur lui avait interdit l’entrée de sa chambre. Il acheva son geste.

 Restant en retrait, il poussa doucement la porte. Un grincement lugubre s’éleva. Il se figea aussitôt.

 Noir. Seul le réverbère de la rue éclairait partiellement la pièce. Il devina une forme allongée dans le lit. Ses mains étaient moites, son front perlait des gouttes de sueur.

 Il tenta de s’accoutumer à l’obscurité, en vain. Alors, il se saisit de son téléphone et activa la fonction torche, tout en masquant partiellement la LED de sa main.

 « Maintenant que t’es là… »

Il fit d’abord pénétrer à l’intérieur de la pièce le portable, enserré entre ses deux mains. Un pas, puis deux. Son estomac se tordit un peu plus.

Lentement, il amena le halo vers le lit. Aucun mouvement perceptible. Il avança jusqu’au bureau. La lumière affichait un léger tremblement. Livres de cours, cahiers, stylos, surligneurs, Post-it.

Avec mille précautions, il tira sur le premier tiroir. Quelques feuilles volantes plus ou moins griffonnées, deux ou trois produits cosmétiques, rien de bien intéressant. Les deuxième et troisième tiroirs révélèrent le même constat.

« Tu t’attendais à trouver quoi ? »

 Son rythme cardiaque s’était un peu ralenti.

 Il s’approcha de l’armoire à vêtements. Coup d’œil rapide vers le lit. Il ouvrit délicatement les deux battants. Tee-shirts, petits hauts, accessoires, pantalons, piles de pulls. Accrochés à la penderie, robes, manteaux, vestes. Il apprécia l’ensemble d’un regard circulaire. C’était décevant.

 En refermant les portes du meuble, il se trouva, soudain, face à son reflet que renvoyait le miroir sur pied. Une silhouette, mal éclairée, obscure et hésitante, semblait avoir été surprise. Une culpabilité désagréable monta aussitôt en lui.

 « Tu fais quoi là ? »

Il fit demi-tour précipitamment et regagna sa chambre sans bruit.

Hugo fit repartir le temps, se mit au lit et éteignit la lumière.

Les yeux grands ouverts, il fixait le plafond.

Ça avait encore fonctionné.

Mais ça n’avait servi à rien.

Il n’était pas plus avancé.

Son reflet dans le miroir lui revint à l’esprit.

Ok. Il était certain, à présent, de pouvoir arrêter le temps.

Pourtant, ce soir, tout le reste avait été un échec.

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