Cain et la voix du vide

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Caïn et la Voix du Vide

Quand j’ouvris les yeux, je constatai avec étonnement que je me trouvais dans un endroit calme, seul, une mer d’étoiles dans laquelle je flottais.

Je ne saurais dire comment ou quand j’ai pu atterrir ici, mais le calme présent en cet endroit était unique.

Étrangement, je ne ressentis rien en pensant à l’énormité du vide qui s’étalait devant moi. Rien… ni peur, ni joie, aucune émotion ne me traversait en cet instant.

L’air y était étrangement doux, je ne sentis aucune odeur également. J’eus beau humer l’air à de nombreuses reprises, je ne sentis rien, et même face à cela aucune émotion ne m’obscurcit l’esprit.

J’eus beau essayer de me souvenir, j’eus beau essayer de toutes mes forces de penser, mais rien, mon esprit était comme absent de mon corps.

Je me mis à marcher, longuement sans aucune notion du temps, je marchai sans que la fatigue ne me retienne.

Alors que je traçais mon chemin sur cette mer d’étoiles, je constatai que, bien que je fusse vigoureux dans ma marche, rien ne semblait bouger.

Je me mis à courir en me disant que cela changerait quelque chose, mais je ne pus constater que l’immobilité de cet endroit.
Je marchais sans marcher, j’avançais sans avancer.

Je ne pus que m’asseoir et attendre, attendre encore et encore ce qui me parut être de longues heures…

Étais-je piégé ?
Assis sur cette mer d’étoiles, je ne pus qu’attendre.

Une introspection forcée sans que je pusse mobiliser mon esprit à penser, comme si le vide extérieur avait pris possession de moi…

Aucune émotion, pas de temps, pas de pensée.

Après ce que je supposais des heures à ne rien faire, le silence fut rompu lorsque je vis les étoiles se mettre à bouger dans un chaos ordonné, une danse stellaire qui attisa mon attention.

Je vis le soleil se lever et dominer cette place impossible, puis quand il fut à l’apogée, je le vis changer sa couleur, puis briller de plus en plus fort.

Bien que je fusse aveuglé, mes yeux ne pouvaient se clore et je ne ressentis aucune douleur.

Je ne pus que supposer l’incroyable force avec laquelle il se mettait à briller, pour finalement atteindre la force suprême d’un dieu avant de… s’éteindre…

Je restai là à contempler le vide désormais exempt de toute étoile…

Quand une voix brisa le silence jusque-là omniprésent.

Cette voix me fut comme étrangère mais en même temps… familière comme si depuis toujours j’eusse connu cette personne.

Elle m’adressa une phrase d’une simplicité complexe :
« Comment te sens-tu ? »

Une question à la fois simple et pleine de sens étant donné le contexte dans lequel je suis arrivé.

Ma bouche arqua un début de réponse mais aucun mot ne semblait pouvoir sortir de mes lèvres fermées…

La voix continua :
« Sais-tu pourquoi tu es ici ? »

Cette question sonna comme un coup de massue sur moi, et pourtant rien…

« Il est vrai que cette question doit en amener une myriade d’autres… mais te souviens-tu ? »

Un second coup de massue s’abattit sur moi…

« Encore une fois, je ne m’attends pas à une réponse. »

Le silence devint lourd et pesant sans pour autant faire croître un sentiment d’inconfort.

Apaisé et calme, je décidai d’écouter la voix dans son monologue involu.

« Oh… tu as compris alors ? »

Une foule de questions se mit à brusquer le silence de mon esprit jusque-là absent…

« Enfin… j’aimerais t’offrir ce que je sais, mais c’est un chemin que tu dois prendre par toi-même. »

Il était imperceptible, une voix perdue dans la profondeur du vide et pourtant il me semblait à côté de moi, mais en même temps partout.

« Tu es ici chez toi et dans l’inconnu, tu es dans un endroit qui existe sans exister… »

Je fus comme un enfant qui apprend à parler, je fus comme un bébé qui ne fait qu’écouter.

« Tu évolues comme un enfant… je comprends que cela soit déroutant. »

Ses paroles étaient comme les mots d’un parent envers son enfant, à la fois simples et réconfortants.

Peu à peu, je fus capable de formuler une presque pensée :
« Qui su… »

« Comme un enfant, tu commences à comprendre que ce monde ne fonctionne pas comme celui que tu as connu… »

« Inutile de chercher à me définir, je suis un tout comme je ne suis rien… »

J’abandonnai l’idée de définir cette créature peu à peu…

« Inutile de lutter, inutile de garder le passé, à ton tour tu es sans être. »

Je luttai longuement dans un silence et une absence…

Peu à peu, je finis par redevenir un bébé, incapable de lutter contre mon environnement, silencieux, éphémère.

« À chaque fois, tu luttes si fort pour t’accrocher… »

« Je me doute que tu te poses des questions, mais je ne peux y répondre car cela n’est pas le but. »

Peu à peu, je sentis un flot de conscience me submerger…

Pour la première fois depuis que je suis ici, je compris que j’avais un nom : Caïn.

Submergé par un flot ne cessant de continuer… les souvenirs, les émotions, les sensations affluaient…

Quand ce fut fini, j’eus l’impression d’émerger de l’eau, de naître de nouveau…

« Tu as fini par comprendre alors… Caïn. »

J’articulai quelques bribes de mots :
« Je… qui… suis-je ? »

« Ce que tu ressens, le flot que tu as laissé entrer en toi n’est autre que ta vie, Caïn… »

Figé face à cette révélation…

Pour la première fois, ce monde fut une deuxième fois changé par l’apparition d’une lumière flottant au-dessus de moi.

Elle était douce, chaude et sucrée…

« Ton esprit t’offre ce que ton ‘toi’ connaissait du monde… »

« Tu fus humain autrefois et encore autrefois… tu fus l’humain entier et unique. »

La voix reprit :
« Je confesse que c’est un petit peu abrupt comme révélation alors laisse-moi apaiser ton esprit… »

La lumière se mua en une forme nue…

« Où penses-tu être ? »

Cette question fit naître en moi une sensation nouvelle…

« J… je suis mort ? »

« Oui et non, c’est plus compliqué que ça. Ton ‘toi’ est mort mais ce que tu es a perduré jusqu’ici. »

« Mais… pourquoi suis-je mort ? Comment ? Où ? Ai-je été méchant ? Mauvais ? »

Des concepts nouveaux émergeaient…

Soudain mon esprit s’embrasa d’une émotion nouvelle et je hurlai :
« MAIS QUI SUIS-JE À LA FIN ! »

Je compris lentement que cette émotion de pure chaleur se nommait « colère ».

« Caïn… tu sais déjà pourquoi tu es ici, nous en avons parlé tant de fois… »

Puis plus rien… de nouveau je ne sentis que le silence assourdissant de ce lieu…

La voix entama un long monologue :
« Caïn, tu es un et tout, tu es l’humanité entière et tu es toi… »

« Tu es plus que cela, tu as été le premier homme… tu es un éternel œuf. »

Un silence profond apparut…

« Tu n’es pas mort, Caïn, mais tu n’es pas vivant non plus. Tu es ceci tout. »

Une lumière étrange se mua au plus profond des ténèbres…

« Nous y voici, tu vas vivre à nouveau et quand il sera temps, nous nous reverrons… encore. »

Tandis qu’il marquait la fin de sa phrase, je me sentis absorbé vers cette lumière de plus en plus grandissante…

La force fut de plus en plus puissante, brûlante, aveuglante jusqu’à ce que je perdisse connaissance.

C’est un garçon, madame !

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Cain et la voix du videChapitre2 messages | 10 heures

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