Chapitre 26
Ils reprirent finalement leur remontée.
Lentement.
Comme des survivants quittant les ruines d’un monde vivant.
Le sanctuaire continuait de vibrer autour d’eux maintenant. Certaines arches grinçaient dans les hauteurs tandis que des fissures blanches pulsaient encore sous la pierre noire dans une lumière maladive.
Et Selen…
changeait encore.
Lythra le remarqua d’abord dans sa manière de respirer.
Par moments…
la jeune femme ralentissait brusquement.
Comme si elle écoutait quelque chose.
Puis elle levait les yeux vers les profondeurs du sanctuaire avec une expression vide avant de reprendre sa marche quelques secondes plus tard.
Le froid traversa lentement la poitrine de Lythra.
Puis elle aperçut les fissures.
Elles avaient progressé.
Très légèrement.
Mais suffisamment pour que son ventre se noue immédiatement.
La pierre remontait maintenant jusqu’au milieu des avant-bras de Selen. Certaines zones de peau semblaient totalement minérales sous la lumière des lanternes.
Puis Selen s’arrêta brutalement.
Le groupe aussi.
Le silence retomba immédiatement dans la galerie noyée.
Le battement vibrait encore très loin sous les profondeurs du sanctuaire.
Et Selen ferma lentement les yeux.
Le souffle de Lythra ralentit brutalement.
Parce qu’une émotion étrangère traversa soudain le visage de la jeune femme.
Pas de la peur.
Quelque chose de beaucoup plus immense.
Plus ancien.
Puis Selen murmura très bas :
— Il est seul.
Le silence explosa immédiatement autour d’eux.
Kael fronça brutalement les sourcils.
— Quoi ?
Mais Selen gardait encore les yeux fermés.
Sa respiration semblait irrégulière maintenant.
Puis elle ajouta :
— Je le sens dormir…
Le froid traversa immédiatement tout le corps de Lythra.
Le battement vibra encore.
Et Selen porta lentement une main pierreuse contre sa poitrine.
Comme si quelque chose d’énorme respirait directement à travers elle.
Puis elle murmura :
— Il a faim aussi…
Kael pâlit immédiatement.
Vaelith se rapprocha aussitôt.
Son regard se fixa sur les fissures blanches visibles sous les bras de Selen.
Puis il demanda doucement :
— Qu’est-ce que tu ressens exactement ?
Selen resta silencieuse plusieurs secondes.
Le sanctuaire craquait doucement autour d’eux.
Puis elle répondit finalement :
— Pas des mots.
Sa voix tremblait légèrement.
— Des émotions.
Le battement vibra sous les fondations.
Et Selen sursauta légèrement.
Comme si elle venait de ressentir quelque chose de trop immense pour être humain.
Puis elle murmura :
— Quand il rêve…
les seuils bougent avec lui.
Le silence semblait devenir vivant autour du groupe.
Puis Selen ouvrit finalement les yeux.
Et pendant une seconde…
Lythra aperçut des fissures blanches se refléter dans ses pupilles.
Ils atteignirent enfin les galeries supérieures du sanctuaire plusieurs heures plus tard.
Ou peut-être plusieurs jours.
Le temps n’existait plus correctement ici.
Mais l’air changeait maintenant.
Moins humide.
Moins lourd.
Et surtout…
la lumière grise du seuil réapparaissait lentement entre certaines arches effondrées.
Puis Kael fut le premier à apercevoir l’extérieur.
Le souffle de Lythra ralentit brutalement lorsqu’ils franchirent finalement les dernières fondations du sanctuaire.
Le seuil avait changé.
Complètement.
Le ciel n’était plus gris pâle.
Il était rouge sombre maintenant.
Un rouge malade traversé de nuages noirs mouvants au-dessus des arches gigantesques du sanctuaire.
Et les cendres…
les cendres tombaient partout désormais.
En quantité énorme.
Le vent les soulevait continuellement autour des ruines blanches pendant que le lac noir entourant les fondations du sanctuaire bougeait sans arrêt.
Comme une mer respirant lentement.
Puis le battement résonna encore.
Immense.
Et les arches noires vibrèrent toutes ensemble.
Le souffle de Lythra se coupa brutalement.
Parce qu’elles semblaient plus grandes maintenant.
Impossible.
Mais réel.
Les structures noires traversaient les nuages rouges beaucoup plus haut qu’avant. Certaines nouvelles fissures blanches grimpaient même directement dans le ciel comme des racines lumineuses.
Kael recula immédiatement d’un pas.
— Dites-moi que c’était pas comme ça avant.
Personne ne répondit.
Parce qu’ils savaient tous que non.
Le sanctuaire grandissait.
Puis quelque chose bougea dans le lac noir.
Immense.
Une longue masse traversa lentement les profondeurs sous l’eau avant de disparaître.
Le souffle de Lythra ralentit douloureusement.
Parce qu’elle comprenait enfin une chose horrible :
Le dormeur n’était plus totalement endormi.
Le feu craquait faiblement dans la nuit rouge du seuil.
Le bruit semblait minuscule face à l’immensité du silence autour d’eux.
Très loin derrière le campement, le sanctuaire traversait encore les nuages sombres comme une cicatrice gigantesque plantée dans le monde. Les arches noires montaient si haut qu’elles disparaissaient dans les cendres et les nuées rouges, tandis que les fissures blanches pulsaient parfois dans les profondeurs comme des éclairs enfermés sous de la pierre humide.
Et même ici…
le battement existait encore.
Faible.
Lointain.
Mais vivant.
Lythra le sentait parfois dans sa poitrine lorsqu’elle cessait de parler ou de bouger trop longtemps.
Comme si quelque chose dormait toujours sous le seuil entier.
Le vent souffla doucement à travers les ruines blanches entourant leur campement improvisé. Les cendres dérivaient lentement dans l’air avant de venir mourir contre les couvertures humides et les pierres froides autour du feu.
Personne ne dormait.
Kael avait essayé.
Pendant quelques minutes seulement.
Mais chaque fois qu’il fermait les yeux, il relevait brusquement la tête quelques instants plus tard, le souffle court, comme s’il venait de tomber dans l’eau noire du sanctuaire.
Selen restait assise contre une pierre effondrée près des flammes. Ses bras étaient repliés contre elle depuis longtemps maintenant, presque comme pour cacher les fissures visibles sous sa peau grise.
Et Vaelith…
Vaelith regardait uniquement le sanctuaire.
Depuis presque une heure.
Immobile.
Le vent souleva légèrement ses cheveux sombres pendant que les arches noires pulsaient au loin dans la nuit rougeâtre.
Lythra l’observait discrètement depuis plusieurs minutes maintenant.
Et plus elle le regardait…
plus quelque chose lui serrait doucement le cœur.
Parce qu’il avait l’air fatigué d’une manière qu’elle n’avait encore jamais vue chez lui.
Pas physiquement.
Quelque chose de plus profond.
Comme quelqu’un ayant passé beaucoup trop de temps à survivre.
Puis Kael finit par briser le silence.
Sa voix semblait râpeuse maintenant.
— J’ai l’impression qu’on a quitté un tombeau vivant.
Les flammes crépitèrent doucement.
Personne ne répondit immédiatement.
Puis Kael eut un rire faible.
Cassé.
— Franchement…
je crois que j’aurais préféré retourner dans le seuil des copies.
Le souffle de Lythra ralentit légèrement.
Parce qu’elle savait qu’il plaisantait seulement pour empêcher le silence de devenir trop lourd.
Kael fixa quelques secondes les flammes avant d’ajouter :
— Au moins là-bas…
je savais exactement ce qui essayait de me tuer.
Un très léger sourire traversa finalement les lèvres de Selen.
Presque invisible.
Puis il disparut aussitôt.
Le vent souffla doucement entre les ruines.
Et le regard de Lythra glissa malgré elle vers les avant-bras pierreux de la jeune femme.
Les fissures pulsaient encore.
Même ici.
Même loin du sanctuaire.
Le froid traversa immédiatement sa poitrine.
Puis Selen murmura soudainement :
— Je le sens encore.
Le silence retomba brutalement autour du feu.
Même Kael releva lentement les yeux vers elle maintenant.
Selen gardait son regard fixé sur ses mains.
Comme si elle craignait de les voir changer davantage à chaque seconde.
Puis elle ajouta beaucoup plus bas :
— Pas clairement…
juste…
Sa gorge bougea difficilement.
Le battement résonna faiblement au loin.
Et immédiatement…
les fissures visibles sous ses bras pulsèrent légèrement plus fort.
Le souffle de Lythra se coupa.
Selen se crispa aussitôt contre la pierre derrière elle.
Puis murmura :
— Comme une présence immense…
endormie très loin sous l’eau.
Le vent souleva les cendres autour du campement.
Et pendant une seconde…
personne ne parla.
Parce qu’ils avaient tous senti cette chose.
Cette solitude gigantesque dans les profondeurs du sanctuaire.
Puis Kael demanda finalement :
— Ça va disparaître hein ?
Sa voix semblait plus jeune soudainement.
Plus fragile.
Le silence explosa doucement autour des flammes.
Vaelith détourna légèrement les yeux du sanctuaire.
Puis répondit finalement :
— Peut-être.
Kael fixa le feu plusieurs secondes.
Puis souffla :
— Super.
On adore les réponses terrifiantes.
Mais même lui n’avait plus réellement la force de plaisanter maintenant.
Le groupe retomba lentement dans le silence.
Les flammes crépitaient doucement.
Les arches du sanctuaire pulsaient au loin.
Et le ciel rouge semblait écraser le seuil entier sous une lumière malade.
Puis Selen leva lentement les yeux vers Vaelith.
— Tu savais que ça pouvait arriver ?
Le souffle de Lythra ralentit brutalement.
Vaelith resta silencieux quelques secondes.
Le vent souffla doucement entre les ruines.
Puis il répondit :
— Je savais que les seuils laissaient des traces.
Sa voix semblait distante maintenant.
— Mais pas à ce point.
Selen baissa lentement les yeux vers ses bras pierreux.
Et pendant quelques secondes…
elle sembla terriblement jeune.
Fatiguée.
Perdue.
Puis elle murmura :
— J’ai cru mourir là-bas.
Le silence sembla se figer autour du feu.
Et cette fois…
même Vaelith détourna les yeux.
Parce qu’aucun d’eux ne savait réellement quoi répondre à ça.
Puis le battement vibra encore au loin.
Faible.
Immense.
Et Selen ferma immédiatement les yeux.
Le souffle de Lythra se coupa brutalement.
Parce qu’une émotion étrangère traversa soudain le visage de la jeune femme.
Une faim immense.
Un vide.
Un sommeil écrasant.
Puis Selen rouvrit brusquement les yeux.
Comme si elle venait de tomber dans un cauchemar.
Kael se redressa immédiatement.
— Hé.
Mais Selen passa lentement une main contre son visage.
Tremblante.
— Il rêve encore…
Le vent souffla doucement autour du campement.
Puis Lythra sentit quelque chose se nouer lentement dans sa poitrine.
Parce qu’elle comprenait enfin que rien ne se terminerait réellement ici.
Même loin du sanctuaire…
ils avaient ramené une partie des profondeurs avec eux.
Puis elle releva lentement les yeux vers les arches noires au loin.
Et murmura :
— On ne peut pas laisser ça continuer.
Le silence retomba doucement.
Vaelith ne bougea pas.
Mais Kael releva lentement les yeux vers elle.
Alors Lythra continua :
— Les seuils.
Les disparitions.
Le sanctuaire.
Sa voix tremblait légèrement maintenant.
— Si personne ne comprend ce qu’il y a réellement sous le monde…
ça recommencera encore.
Le battement vibra au loin.
Et les fissures du sanctuaire pulsèrent brièvement dans la nuit rouge.
Puis Selen murmura doucement :
— Leomio avait raison sur une chose.
Kael fronça légèrement les sourcils.
Selen fixait toujours les flammes.
— Le palais ignore totalement ce qu’il y a réellement derrière les seuils.
Le silence sembla se resserrer autour du groupe.
Et lentement…
Lythra pensa à la reine.
Au royaume.
Aux disparitions.
Aux mensonges.
Ils devaient savoir.
Ils devaient comprendre.
Puis elle murmura finalement :
— Alors il faut leur montrer.
Et cette fois…
Vaelith se figea immédiatement.
Lythra le sentit avant même qu’il parle.
Sa respiration.
Ses épaules.
Ses mains.
Quelque chose venait de se tendre brutalement en lui.
Puis lentement…
il détourna enfin les yeux du sanctuaire pour regarder Lythra.
Et le froid traversa immédiatement sa poitrine.
Parce qu’il avait l’air terriblement fatigué soudainement.
Comme si cette conversation existait depuis beaucoup plus longtemps que cette nuit.
Puis Vaelith murmura enfin :
— Ce ne sera pas aussi simple.
Le feu crépita doucement entre eux.
Lythra fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
Le silence dura plusieurs secondes.
Trop longues.
Puis Vaelith passa lentement une main contre son visage fatigué.
Comme quelqu’un hésitant encore à rouvrir une blessure ancienne.
Et lorsqu’il parla finalement…
sa voix semblait beaucoup plus lourde.
— Parce que tu ne pourras probablement jamais entrer au palais comme princesse.
Le souffle de Lythra ralentit immédiatement.
Le feu crépita doucement entre eux.
Puis elle fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
Le silence retomba aussitôt.
Vaelith resta immobile plusieurs secondes.
Le vent traversa les ruines blanches autour du campement pendant que les cendres continuaient de tomber lentement du ciel rouge.
Puis il passa lentement une main contre son visage fatigué.
Comme quelqu’un essayant encore de décider s’il devait réellement ouvrir cette porte-là.
Et lorsqu’il parla enfin…
sa voix semblait plus vieille soudainement.
— Parce que je t’ai vue avant même de te rencontrer.
Le froid traversa immédiatement la poitrine de Lythra.
Kael releva lentement les yeux vers lui.
Mais Vaelith fixait toujours les flammes.
Puis il reprit :
— Dans les visions des seuils.
Le silence explosa doucement autour du feu.
Le battement vibra faiblement au loin.
Puis Vaelith releva enfin les yeux vers Lythra.
Et quelque chose dans son regard lui serra immédiatement le cœur.
Pas de la peur.
De la certitude.
Puis il murmura :
— Arich les voyait aussi parfois.
Le vent souffla doucement entre les braises.
Et Vaelith continua lentement :
— Des morceaux du futur.
Du passé.
Des choses mélangées dans les rêves des seuils.
Le souffle de Lythra devenait irrégulier maintenant.
Parce qu’elle comprenait où cette conversation allait avant même qu’il prononce les mots.
Puis Vaelith ajouta :
— Et toi…
tu revenais souvent.
Le silence semblait immense.
Kael fronça brutalement les sourcils.
— Attends.
Tu veux dire qu’il l’avait vue AVANT ?
Vaelith acquiesça lentement.
Puis il murmura :
— Une enfant entourée de racines rouges.
Le palais.
Le sang.
Et une autre fille assise à sa place.
Le cœur de Lythra s’écrasa brutalement dans sa poitrine.
Le feu crépitait faiblement maintenant.
Puis elle murmura difficilement :
— Une autre fille…
Vaelith baissa légèrement les yeux.
Et cette fois…
sa voix sembla réellement lourde de fatigue.
— Tu as été échangée à la naissance.
Le monde sembla se figer brutalement autour du feu.
Même le vent paraissait plus lointain.
Lythra sentit son souffle se bloquer dans sa gorge.
Puis elle secoua lentement la tête.
Comme si son corps refusait cette vérité avant même que son esprit puisse l’accepter.
— Non…
Sa voix trembla immédiatement.
Mais Vaelith ne détourna pas les yeux.
Et c’était probablement le pire.
Parce qu’il ne semblait pas raconter une hypothèse.
Il parlait comme quelqu’un portant cette vérité depuis longtemps.
Puis il continua doucement :
— Quelqu’un t’a sortie du palais après ta naissance.
Le battement vibra faiblement sous le monde.
— Et une autre enfant a pris ta place.
Le silence explosa autour du groupe.
Kael passa brutalement une main contre son visage.
— Bordel…
Mais Lythra ne l’entendait presque plus.
Parce qu’une partie d’elle comprenait soudain énormément de choses.
Les rêves.
Les regards étranges.
La manière dont Vaelith l’observait parfois depuis leur rencontre.
Puis elle murmura difficilement :
— Comment tu peux être sûr…?
Le vent souleva lentement les cendres autour du campement.
Et Vaelith répondit immédiatement cette fois.
Comme s’il avait attendu cette question depuis longtemps.
— Parce que les visions ne montraient jamais deux héritières.
Le souffle de Lythra ralentit brutalement.
Puis il ajouta :
— Elles montraient une absence.
Le silence devint immense.
Vaelith fixa quelques secondes les flammes avant de reprendre.
— Arich pensait au début que les seuils mentaient.
Que les rêves mélangeaient simplement les possibilités.
Sa gorge bougea difficilement.
— Puis nous avons commencé à voir les mêmes choses.
Encore.
Encore.
Le battement vibra au loin.
Et Vaelith continua :
— Une enfant disparaissant du palais.
Une autre prenant sa place.
Le royaume continuant comme si rien n’avait changé.
Le froid traversa immédiatement le ventre de Lythra.
Puis Selen murmura doucement :
— Donc officiellement…
Vaelith acquiesça avant même qu’elle termine.
— Officiellement…
Lythra n’existe pas.
Le feu craqua doucement.
Et pendant quelques secondes…
personne ne parla.
Parce que ces mots semblaient trop énormes maintenant.
Puis Kael releva brusquement la tête.
— Et l’autre fille ?
Le regard de Vaelith changea légèrement.
Pas de colère.
Pas de haine.
Quelque chose de beaucoup plus compliqué.
Puis il répondit :
— Elle vit au palais depuis toujours.
Elle porte ton nom.
Ton statut.
Ta vie.
Le souffle de Lythra devenait difficile maintenant.
Parce qu’elle essayait d’imaginer cette inconnue vivant littéralement à sa place.
Parlant à sa mère.
Dormant dans sa chambre.
Grandissant dans un royaume qui aurait dû être le sien.
Puis Vaelith murmura finalement :
— Elle s’appelle Alpine.
Le nom résonna doucement dans la nuit rouge.
Et étrangement…
ça rendait tout beaucoup plus réel.
Plus humain.
Alpine n’était plus une silhouette floue.
Pas une idée.
Pas une usurpatrice sans visage.
Une vraie personne existait désormais derrière ce mensonge.
Puis Lythra murmura faiblement :
— Elle sait ?
Le vent traversa doucement les ruines.
Vaelith secoua lentement la tête.
— Non.
Je ne pense pas.
Et cette réponse faisait presque plus mal encore.
Parce que cela signifiait qu’Alpine aussi avait probablement grandi dans un mensonge.
Puis Vaelith murmura :
— Le palais protège les lignées plus que les vérités.
Le battement vibra encore très loin sous le sanctuaire.
Puis Lythra leva lentement les yeux vers lui.
Le feu mourait presque maintenant.
— Alors je ne pourrai jamais approcher la reine…
Vaelith hésita.
Lythra le vit immédiatement.
Puis il releva finalement les yeux vers elle.
— Il existe peut-être une manière.
Le souffle de Kael ralentit légèrement.
Vaelith poursuivit doucement :
— Les héritiers nobles suivent leurs études dans une institution liée au palais.
Magie.
Politique.
Histoire des seuils.
Le vent souffla doucement entre les braises rouges.
— Alpine y vit encore.
Le cœur de Lythra ralentit brutalement.
Puis elle comprit immédiatement.
Le froid traversa doucement son ventre.
— Tu veux que je m’approche d’elle.
Vaelith acquiesça lentement.
— Si tu entres au palais comme inconnue…
personne ne fera attention à toi.
Le silence semblait immense désormais.
Puis il ajouta :
— Mais si tu deviens proche d’Alpine…
tu pourras atteindre la reine.
Le battement vibra encore sous le monde.
Et quelque chose changea lentement dans le regard de Lythra.
Pas de l’espoir.
Une direction.
Puis elle leva lentement les yeux vers le sanctuaire au loin.
Les arches pulsaient encore sous le ciel rouge.
Et elle murmura finalement :
— Et si elle découvre qui je suis ?
Long silence.
Puis Vaelith répondit très bas :
— Alors le royaume entier changera.
Le feu finit lentement par mourir sous les cendres du seuil.
Autour du campement, le silence semblait immense maintenant. Kael s’était finalement assoupi contre une pierre blanche malgré les battements lointains du sanctuaire. Selen gardait les yeux ouverts près des braises, ses bras pierreux serrés contre elle comme si elle craignait encore d’entendre le dormeur respirer sous le monde. Et derrière eux… les arches noires traversaient toujours le ciel rouge. Immobiles. Vivantes. Comme si le sanctuaire observait encore leur départ.
Lythra, elle, ne parvenait plus à détourner ses pensées du palais.
De la reine.
D’Alpine.
Une autre fille avait grandi dans ses appartements, porté son nom, vécu sa vie entière à sa place pendant qu’elle traversait des seuils oubliés du monde. Cette idée semblait irréelle. Presque absurde. Pourtant elle sentait au fond d’elle que Vaelith disait vrai. Les visions. Les regards. Les silences. Tout prenait enfin un sens terrifiant.
Le vent souffla doucement sur les ruines blanches du seuil.
Puis Lythra murmura sans quitter le sanctuaire des yeux :
— Même si j’approche Alpine… comment je pourrais entrer là-bas ?
Sa voix semblait minuscule face à l’immensité du ciel rouge. Le battement vibra faiblement au loin. Et pendant quelques secondes, Vaelith resta silencieux près des braises mourantes, comme s’il réfléchissait déjà depuis longtemps à cette question.
Puis il releva lentement les yeux vers elle.
— Je peux falsifier ton identité.
Le souffle de Lythra ralentit brutalement. Kael entrouvrit même légèrement les yeux en entendant ça. Vaelith regardait encore les flammes faibles pendant qu’il parlait calmement, presque froidement, comme quelqu’un ayant déjà fait ce genre de chose auparavant.
Il connaissait encore des anciens passages utilisés par les voyageurs des seuils. Des registres oubliés. Des noms effacés depuis longtemps. Suffisamment pour créer une nouvelle existence.
Le silence retomba doucement autour du campement.
Et soudain…
le futur sembla devenir réel dans l’esprit de Lythra. Elle imagina les couloirs du palais. Les salles de magie. Les héritiers nobles. Les regards. Alpine.
Elle imagina devoir sourire à une fille vivant littéralement sa propre vie. Devoir l’approcher. Gagner sa confiance. Peut-être même devenir son amie alors qu’une partie du royaume aurait dû être le sien depuis le début.
Le vent souleva les cendres autour des braises presque éteintes.
Et une question revint lentement dans son esprit. Toujours la même.
Même si elle atteignait enfin la reine… est-ce que le palais écouterait réellement ? Ou chercheraient-ils encore à utiliser les seuils ? À exploiter le dormeur ?
Après tout ce qu’ils avaient vu sous le sanctuaire, Lythra ne savait plus ce qui lui faisait le plus peur : les profondeurs sous le monde… ou les humains prêts à s’en servir.
Très loin derrière eux, le battement du dormeur résonna une nouvelle fois sous le ciel rouge.
Faible.
Immense.
Et tandis que les dernières braises mouraient lentement dans la nuit du seuil, Lythra comprit que leur voyage ne faisait que commencer réellement maintenant. Le sanctuaire existait toujours. Les seuils aussi. Et quelque part derrière les murs du palais… une fille appelée Alpine ignorait encore qu’une autre héritière avançait déjà vers elle dans l’ombre.

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