Cache-Cache

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Il y a des journées où dès le départ, on sait que rien n’ira. Certaines sont pire que d’autres... Et particulièrement celle d’Amélie.

- Maman, tu ne m’emmènes pas à l’école ?

Amélie se réveille en sursaut le cœur battant en regardant le réveil !

- Oh merde, je me suis rendormi ! Habille-toi, j’arrive !

Se précipitant, elle s’habille en quelques instants avec ce qui lui passe sous la main, avant de s’empresser de rejoindre la cuisine.

Elle pousse un cri de douleur quand son petit orteil percute à pleine vitesse le coin du lit.

- Fais chier, grommelle-t-elle en boitant.

En terminant de s’habiller, elle avale à la volée des pâtisseries industrielles, en enfilant son manteau, puis en attrapant son sac s’empresse de quitter la maison avec Léo pour rejoindre la voiture.

Un peu trop pressée, elle recule et le rétroviseur de la voiture éclate face au pilier en béton.

En ramassant rapidement, les éclats de plastiques sur le sol, Amélie a le cœur battant déjà chargée par les premiers évènements de la journée.

Une dizaine de minutes plus tard, elle arrive enfin devant la maitresse de Léo, mille excuses, avant de repartir comme une furie affronter son propre patron, beaucoup moins compréhensif et cordial :

- 45 minutes de retard ? Tu as loupé la réunion quotidienne ! En fait tu te crois où ? Je te paie pour bosser, pas...

Amélie subit la tempête sans ne savoir que répondre. Elle est désolée, mais que peut-elle faire de plus pour s’excuser ?

Après une dizaine de minutes à se faire détruire devant tout le bureau, elle rejoint son poste les yeux brillant de larmes.

Son métier, elle le déteste mais c’est tout ce qu’elle a trouvé pour gagner suffisamment afin que Léo puisse vivre convenablement. Toute seule pour l’élever, il est tout son monde, elle ne vit quasiment que pour lui. Ce soir c’est son anniversaire, elle a sauté plusieurs repas pour lui offrir le séjour à Disneyland qu’il souhaitait depuis si longtemps.

La journée semble éternelle, mais quand l’heure arrive enfin. Amélie quitte son poste, épuisée mais impatiente de voir la tête de Léo quand il saura où ils iront le week-end prochain.

Un petit passage rapide à la maison pour mettre en place les décorations, et elle se dépêche d’aller le chercher, lui et ses amis à la sortie de l’école.

De retour à l’appartement les enfants courent partout. De vraies piles électriques, tout à l’opposé d’Amélie éreintée par sa barbante journée de travail, son manque de sommeil, et la liste à rallonge de chose à faire d’une mère célibataire.

Une migraine pointe le bout de son nez au grès des cris, alors pour doucement calmer l’ambiance, elle propose :

- Les enfants ! Les enfants ! Ça vous dit de faire un cache-cache ?

Il en faut peu pour les convaincre, que tous partent se cacher silencieusement tandis qu’un reste à compter.

Elle peu enfin souffler, et vaquer à ses occupations dans un peu plus de calme. Après quelques minutes, assises à chasser la migraine, elle se relève et profite du lapse de temps où les enfants sont occupés, pour terminer quelques corvées.

Saisissant le bac à linge sale et récupérant les affaires qu’à oublié Léo dans sa chambre, elle rejoint la salle de bain où machinalement elle ouvre le couvercle de la machine, vide le bac dans l’ouverture de la machine à laver, jette la lessive, referme et lance la machine.

Pour ne pas embêter les enfants, elle ferme la porte de la salle de bain pour qu’on n’entende pas trop la machine.

Le tout en une fraction de seconde rôdé par la routine.

Si seulement elle savait…

---

Le décompte commence, Léo comme le reste de ses amis s’élance pour trouver une cachette, mais lui contrairement aux autres à l’idée de l’endroit idéal.

Il se rue dans la salle de bain, escalade le lavabo pour atteindre la machine à laver. Il ouvre le couvercle difficilement, avant de s’engouffrer dans le ventre de la machine.

Il referme le couvercle en pouffant, persuadé que personne ne le trouvera. Pas même sa mère d’ailleurs…

Quand le linge, lui tombe dessus, il est content. Sa cachette est encore meilleure. Mais son sourire disparait rapidement quand la machine commence à vrombir.

Aussitôt son petit cœur, se met à battre la chamade tandis qu’il hurle :

- Maman !

Froidement la machine continue de s’activer, l’eau remplit la machine qui se met à tourner de plus en plus vite.

Il continue d’hurler mais rien n’y fait, rien ne s’arrête, tout s’empire.

Il est très rapidement désorienté, la machine, en boucle l’emportant en haut avant qu’il ne retombe lourdement à chaque fois.

La douleur l’inonde comme l’eau dans ses poumons. Les T-shirt mouillés étouffent maintenant ses cris et sa respiration.

Léo est terrifié, quand il percute en pleine tête l’acier.

Il manque d’air, mais sans répit la machine tourne et semble le frapper de tous les côtés tandis qu’il s’étouffe.

Le sang se mêle maintenant à la lessive et à l’eau chaude, tandis que les plaies douloureusement ouvertes continue de faire fuiter sa vie.

Dans un énième choc, Léo percute de pleine face une barre de la machine. Ses dents de lait explosent et volent dans sa gorge déjà serrée.

Enfin la machine l’achève d’un coup à la nuque, stoppant presque net le dernier combat de ce petit être vivant.

Ce n’est qu’une vingtaine de minute trop tard, que sa mère revient s’étonnant du bruit de la machine.

Le temps s’est comme arrêté quand ses yeux se sont fixés sur le visage de son fils tuméfié, défiguré et couvert de sang.

Tout ce qu’elle avait, tout ce qui comptait pour elle, tout ce qu’elle voulait. Elle venait de le détruire, de le perdre à jamais.

Il ne lui reste plus rien, plus la passion d’un métier, d’un homme, ou même l’amour d’un ami. Juste le néant d’une vie détruite à jamais.

Notes de l'auteur :

Sacrée histoire, hein ? Pas beaucoup la connaisse comme moi, comme ceux qui l’on vécut. C’est le privilège d’être le diable. J’en ai plein d’autre sous le pied. Je vous les partagerais à l’occasion. C’est toujours marrant des anecdotes comme ça. Et puis pour vous mortels, vous pouvez relativiser. Vos vies misérables ne sont jamais les pires, je peux toujours vous trouvez pire. C'est le principe de l'Enfer non ?

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