Entrée apocryphe — Dies natalis
1986 — avril.
Je crois que mon heure approche.
Je suis resté stable, un temps. Naviguant comme je le pouvais à partir de 2050.
Puis, sans prévenir, alors que je vieillissais inéluctablement, je me retrouvai propulsé dans les années 80.
Vous les connaissez fort bien. Inutile de les détailler.
Mais aujourd’hui, une dernière ironie subsiste.
Nous sommes à la mi-avril.
À la quasi-veille de Tchernobyl.
Mais aussi — et surtout — à celle de mon dies natalis.
Que Lucius mettait un point d’honneur à célébrer.
L’ironie en question ?
Je suis né en 1986.
Mi-avril.
Et je vis — vous l’aurez deviné — à Bourges.
Je jouis d’un petit appartement, modeste mais confortable, en plein centre-ville.
Dans une rue où quelques colombages tiennent encore debout, comme pour me rappeler que rien ne disparaît jamais complètement.
Je crois avoir écrit, à Avaricum, que mourir là-bas — là où je suis né, même deux mille ans en arrière— me rassurait.
Aujourd’hui…
Je jubilerais presque.
Je puise dans ce dernier sursaut de panache pour écrire ces lignes :
Je vais mourir à Bourges.
Là où je suis né, et où je m'apprête à naître.
L’année où je suis né.
Et… le jour où je suis né.
Je vous laisse.
Car déjà, j’entends un chant.
Une voix.
Un Ave Maria.
Et son visage.
Ses cheveux couleur flavum.
Son sourire — qui n’en est pas un, mais une remarque.
— Tu as vieilli.
Et tu es négligé.
Je crois sentir une main remettre en place ce qui me reste de cheveux.
Puis s’attarder sur mon visage.
Je délire.
Je le sais.
Ou peut-être pas.
Mon Apollon.
Mon Lugh.
Et, finalement… mon Charon.
Mon Lucius.
Il m’étreint de cette lumière.
Je réponds comme je peux :
— Bene.
Adieu.

Annotations