Sans temps

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Un de mes livres préférés est Alice au pays des merveilles. Non pas pour son héroïne, ni pour son univers bien à lui, mais plutôt pour sa notion de temps. Toute une mentalité au milieu de centaines de pages : On ne perd pas son temps et on se doit de le respecter. Mais moi, malgré mon amour pour ce texte, me voilà des années en arrière à regarder ma vie s'écouler sans rien y faire.

Quand on me demande la date de cet évènement, je réponds toujours de manière évasive. C'était le Covid, ou peut-être pendant mes études. Je crois que c'était dans un précédent travail, non, je ne travaillais pas, je cherchais un emploi ! Non, attends, je vivais une déception amoureuse pour pas changer. Ou bien c'était dans aucun de ces cas, c'était juste un tout.

Un tout où je suis devenue rien.

Je me souviens avoir dormi, beaucoup, longtemps, dans des draps que je m'engageais à changer un éternel demain. Mon oreiller, trempé de larmes, de bave et de sueur, garde sans doute, encore aujourd'hui, les courbes exactes de mon crâne. D'ailleurs, en parlant de ma tête, je suis persuadée qu'elle ne tourne plus rond depuis cette période. Ma mémoire me fait désormais défaut, ma concentration aussi. Comment retenir où je pose mes clefs si je rumine ma journée en parallèle ? Comment me rappeler que je dois sortir, alors que la discographie de Lady Gaga se joue à fond dans mes oreilles sans que je le demande ? Comment vivre en étant totalement déconnectée la moitié du temps ?

Durant cette période trouble, mes émotions ont également déconnecté. Comme si elles jouaient aux chaises musicales, elles prenaient place à tour de rôle, passant de l'agressivité à l'amertume, et de l'ennui à l'ennui. Entre les quatre mêmes murs, décorés des mêmes meubles poussiéreux, l'ennui. L'ennui de ne rien faire, de juste respirer, de vouloir vivre sans y arriver. La vacuité de mon existence se réflétait dans mon inaction. J'avais la sensation d'être retourné dans un état embryonnaire, enfermée dans un cocon rectangulaire. Le moindre mouvement demandait un effort surhumain à la larve que j'étais. Le Diable lui-même n'aurait pas pu signer un contrat avec moi, tant j'étais vide.

Pour être honnête, je me rappelle plus des ressentis de cette période que du reste. Qu'ai-je mangé ?Bu ? Qui ai-je vu ? Entendu ? Aucun souvenir. Mais je peux décrire avec précision cette pression qui me broyait de l'intérieur, cette culpabilité d'être qu'un boulet, cette négativité qui me rongeait. La personne solaire que j'étais voyait un voile sombre atténuer la lueur de ses yeux.

Aujourd'hui, je suis sans doute encore dans cette phase de vide. Je tente de la remplir, petit à petit, de petites victoires anodines. Mes draps sont propres, Lady Gaga baisse parfois le volume et je réussis à suivre une discussion les trois quarts du temps. Le chemin à parcourir est encore long, et je ne guérirai jamais réellement de cet épisode. Mais quand a-t-il commencé déjà ? Ah oui ! Pendant la période Covid. Ou pendant que je cherchais un taf. Pendant une relation amoureuse décevante peut-être. Sans doute que c'était un tout, et que ça le sera toujours, au moins un tout petit peu.

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