Les grasses ascensions

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Le gravier crissait doucement sous les souliers vernis. La rivière, large et lente, charriait une lumière d’étain. On avait dressé des nappes blanches sous les peupliers. Les dames, ombrelles ouvertes comme des fleurs disciplinées, parlaient de Paris. Les hommes, eux, surveillaient le feu avec une gravité inutile.

La flamme s’élevait, léchant les branches mortes que l’on avait empilées avec soin. Une légère fumée bleutée montait en volutes régulières, comme si elle connaissait déjà le chemin du ciel. L’air était épais de promesses culinaires.

On préparait la brochette avec une application quasi religieuse. Les morceaux de poisson étaient enfilés sur des tiges fines, alternant avec des rondelles de citron. Une main versait lentement l’huile, qui s’étalait en nappes dorées, capturant la lumière perçant la ripisylve. On parsemait enfin d’herbes du maquis, cueillies le matin même : thym, romarin, origan.

Charles-Henri, allongé à l’écart, observait la scène à demi-clos. Il avait refusé le vin, prétextant la chaleur, et s’était laissé glisser dans une somnolence tiède. Le monde autour de lui se déliait doucement.

Le crépitement du feu devint rythme. Les voix se firent lointaines, puis inutiles. Il ne restait que la respiration lente de la flamme et cette fumée qui montait, persistante, insistante. Charles-Henri la suivit.

D’abord des formes simples. Des spirales, des filaments. Puis quelque chose d’autre, une structure presque consciente. La fumée ne se dissipait plus. Elle s’épaississait, se pliait, se recomposait. Elle appelait.

Son esprit s’y engouffra sans résistance.

Il n’y avait plus de nappe, plus de convives. Seulement une élévation lente, portée par une chaleur douce. Les odeurs de poisson, d’huile et d’herbes se transformaient en signes, fragments d’un langage ancien. Chaque parfum devenait une pensée. Chaque pensée, une impulsion.

Et soudain, la danse.

Pas celle des corps. Une danse de flux, de courants invisibles, où la matière elle-même semblait hésiter. Charles-Henri y participa sans comprendre comment. Il n’était plus un homme.

En bas, le feu continuait de brûler.

Quelqu’un retourna une brochette. Une goutte d’huile tomba dans la flamme, provoquant un sursaut vif. La fumée se brisa, dispersée.

Charles-Henri ouvrit les yeux.

Les rires reprirent leur place. Le monde redevint solide, trivial, presque décevant. Une dame lui tendit une assiette.

Il accepta.

Le poisson était parfaitement cuit.

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En réponse au défi

Une Nouvelle Chaque Semaine... UNCS#008

Bonjour à toutes et à tous,

Je vous propose en défi, une saison de nouvelles chaque semaine.

Merci aux 6 contributeurs de la période écoulée.

Merci pour la diversité de vos propositions !

Le défi consiste à écrire une courte nouvelle d'UNE PAGE, soit 450 mots environ, sous la contrainte d'un thème et de six mots clés.

Les mots imposés, selon leur nature, peuvent s'accorder en genre et en nombre ou se conjuguer. Ils sont à utiliser en totalité et dans l'ordre que vous souhaitez.

Merci de les mettre en évidence par une POLICE VISIBLE : gras, italique ou souligné.

Penser à personnaliser le TITRE de votre œuvre ainsi que celui de votre texte.

Entre le 26 Avril 2026 et le 3 Mai 2026,

Avec un thème de saison, la "FLAMME"

Accompagné des mots clés suivants :

Fumée, Brochette, Poisson, Huile, Herbes, Danse.

Belle semaine et à bientôt de vous lire !

Jean-Michel Palacios

PS : Pour ceux qui réalisent un recueil, pensez à laisser un lien en commentaire !!!

Commentaires & Discussions

Expérience chamanique imprévueChapitre4 messages | 3 semaines

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