Ma chambre d’enfance

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En réponse au défi : un lieu indélébile

Perchée sur mon coffre à jouets jaune, forgé à la paille sèche et coupante, je tentais toujours plus de m'approcher du rebord de ma fenêtre afin d'observer l'immense pin qui trônait derrière la fourrière automobile sur laquelle j'avais une vue royale.

Cette petite fenêtre, celle à la peinture hurlante, dont certains lambeaux décidaient de disparaître après en avoir trop vu, m'offrait tout un réconfort mental lorsque j'avais besoin de m'échapper.

Pas au sens littéral, bien entendu, je vivais au 1er étage, et même si la voisine du dessous avait, pendant un moment, installé un long store de terrasse sur lequel j'ai souvent cru que je pouvais sauter et rebondir pour atterir sur le toit du garage, je n'ai jamais tenté l'expérience.

La tapisserie verte à pois de cette même pièce rongée par l'humidité et la tristesse me rappelait le sol en caoutchouc des chambres hospitalières pas si aimables, et je me disais qu'au final, je faisais bien d'être ici plutôt qu'ailleurs.

Le pin, il abritait au moins 15 familles d'oiseaux ! Et tout autant de moineaux. Ce que je les aimais les moineaux. Je grimaçais à chaque fois que j'en croisais étalés sur le sol de la cour de ma maison.

"Ils sont tombés du nid et ils sont morts." Me disait maman.

Ouais, c'est peut-être que pour ça que j'ai jamais sauté moi..

Mais ce pin, il me parlait. Même quand les fenêtres étaient fermées, dans ma tête ça c'est sûr, pas comme les trains qu'on entendait, eux pour de vrai. Le proprio a mis du temps à installer le double vitrage à la maison.

Le pin lui, je le voyais danser les jours de mistral, il chantait, m'invitait, me rassurait. Il me disait qu'au final même au milieu d'un putain de gros bordel, un cimetière de déchets humains, il peut y avoir de la beauté.

Il me donnait de l'espoir, jamais affecté par toutes les carcasses automobiles qui s'entassaient autour de lui, pas même les plus massacrées.

Il était toujours là, debout, robuste, fier et chantant.

Alors je me disais que moi aussi j'étais ce pin.

Peut-être pas aussi immense je vous l'accorde. Mais mes racines sont solides et mes feuilles vertes. Je me tiens droite et je chante. Peu importe le bordel autour, je reste fière.

Quelle ne fut pas ma surprise, quelques années plus tard lorsqu'en ouvrant pour la première fois les volets de ma chambre d'adulte, je remarquai ce même pin (à quelque chose près) se tenir dans le champ, juste derrière mon jardin.

Toujours aussi beau, solide, fier et joyeux. Mais plus aucune carcasse autour, un champ magnifique de pampa les avait remplacés.

Comme si la vie me faisait, le plus beau clin d'oeil qu'on puisse imaginer.

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