Les mots (Poésie)
Et si d'aventure les mots pleuraient,
D'aventure les mots dégoulinaient
Que rien n'arrivât à les contenir
Il faudrait bien alors les accepter
Même si parfois on préfèrerait
Bouleversé par trop d'émotions
Qu'ils restassent toujours dans l'indicible.
Les mots possèdent cette faculté
De pouvoir subtilement nous atteindre
De pouvoir adroitement nous séduire
De pouvoir nous faire croire et accroire
De pouvoir emporter l'imaginaire
Parfois de pouvoir enfin nous convaincre
De l'intérêt majeur de s'exprimer.
Bien trop de personnes en ce bas-monde
Croupissent à vie dans l'indifférence
Derrière des murs réels de prison
Derrière des frontières du silence
Des verbes politiquement corrects
Morales, conventions sociales
Plus personne ne les entend crier.
Je les entends aussi ces mots, pervers,
Qui appellent à plus de violence,
Qui appellent à la lutte, au combat,
Ces mots qui désirent en tuer d'autres
Ces mots qui réécrivent les mémoires
Ces mots que l'on se tatoue sur la peau
Pour afficher son clan, sa différence.
Les mots restent malgré tout importants
Pour formuler des phrases, des idées
Pour éveiller partout les consciences
Pour exprimer et susciter des doutes
Pour se forger une opinion claire
Ils viennent remplir les pages des livres
Que certains poussent à l'autodafé.
Alors si d'aventure les mots pleurent,
Si d'aventure les mots dégoulinent
Et que rien ne puisse les retenir
Faisons cet effort de les accepter
Même si parfois on préfèrerait
Intimement trahi par tous ses sens
Qu'ils restent pour toujours dans l'indicible.
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#JMP 2025/08
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